À l’issue d’une séance de travail entre les délégations mauricienne et seychelloise, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le président Patrick Herminie, Chief Guest, ont réaffirmé, mercredi, leur volonté commune d’approfondir la coopération bilatérale. Le tête-à-tête et la séance de travail – dans le cadre de la visite d’État du président seychellois à Maurice à l’occasion des célébrations du 58e anniversaire de l’indépendance et du 34 e de la république – ont débouché sur la signature d’une série d’accords bilatéraux couvrant divers secteurs stratégiques. Dans leurs déclarations à la presse, les deux dirigeants ont relevé la solidité des relations historiques entre les deux États de l’océan Indien et un partenariat accru afin de faire face aux défis communs auxquels sont confrontés les petits États insulaires. Ils ont annoncé l’ouverture de missions diplomatiques dans les deux pays respectivement.
Navin Ramgoolam, a fait ressortir que la présence du président seychellois à Maurice constituait « une expression forte du lien durable entre les deux pays. » Il a indiqué que les discussions avaient confirmé le caractère stratégique d’une étroite collaboration. Il a, par ailleurs, remercié les Seychelles pour leur soutien constant dans la démarche de Maurice visant à compléter son processus de décolonisation et à exercer pleinement sa souveraineté sur l’archipel des Chagos. Il a salué la présence du président du Seychelles Chagossian Committee, Pierre Prosper, dans la délégation seychelloise.
Le Premier ministre a aussi affirmé que « Maurice trouve un réconfort dans la volonté des Seychelles, à travers la compagnie pétrolière seychelloise, de partager son expertise en matière de stockage stratégique de carburant pétrolier et de sécurité énergétique. Nous continuerons à plaider pour un accès plus large au financement privé et pour une gouvernance responsable des océans au niveau international ». Il a également exprimé sa volonté d’accroître la liaison aérienne entre les deux pays. Il a salué les initiatives communes sur le plan de la sécurité et de la connectivité maritimes.
Navin Ramgoolam a aussi fait mention des discussions concernant un « mécanisme régional de transport maritime visant à mieux intégrer les États insulaires et côtiers dans les marchés continentaux ». Il a également été question que, comme Maurice, la contribution des Seychelles au financement des forces de maintien de la paix au niveau de la SADC soit réduite.
Le président des Seychelles a salué l’accueil réservé par Maurice à sa délégation et a évoqué les liens anciens qui unissent les deux nations. Il s’est appesanti sur le point que les discussions avec le Premier ministre avaient été « ouvertes, franches et constructives », portant sur un large éventail de sujets en rapport direct avec les populations des deux pays.
Il a également annoncé la décision de son gouvernement d’établir une mission diplomatique résidente à Maurice. Selon lui, cette présence augmentée permettra d’approfondir la coordination bilatérale et d’intensifier la collaboration dans plusieurs domaines clés, notamment la sécurité maritime, la résilience climatique, l’intégration régionale et la gestion durable des ressources océaniques. Cette initiative devrait aussi permettre aux Seychelles de contribuer plus activement aux priorités régionales, Maurice accueillant plusieurs institutions importantes de la région, notamment la Commission de l’océan Indien.
Navin Ramgoolam et Patrick Herminie ont également abordé la nécessité de renforcer la coopération en matière de sécurité maritime, notamment dans la lutte contre le trafic de drogue et la pêche illégale au sein de l’océan Indien.
Progrès notables
Parmi les avancées majeures enregistrées lors de la visite du président seychellois figure la signature d’une déclaration conjointe sur le développement durable de la zone de gestion conjointe du plateau continental des Mascareignes.
Ils ont mis en exergue l’importance stratégique de cette zone maritime partagée, qui représente un potentiel important en matière de ressources naturelles mais dont l’exploitation doit s’effectuer dans le respect de l’environnement. Ils ont ainsi réaffirmé leur engagement commun à préserver les écosystèmes marins et à assurer une utilisation durable des ressources de cette région.
Par ailleurs, cette visite d’État a été marquée par la signature de plusieurs accords et mémorandums d’entente destinés à améliorer la coopération bilatérale. Ces instruments couvrent notamment : la coopération dans le domaine agricole et les questions sanitaires et phytosanitaires ; l’accès réciproque aux zones de pêche des deux pays ; le développement statistique ; la collaboration entre les services d’incendie et de secours ; un programme de coopération dans les arts et la culture pour la p*ériode 2026-29 ; ainsi qu’un accord de jumelage entre le site du Morne et les ruines historiques de Venn’s Town aux Seychelles.
Ces accords constituent des cadres opérationnels destinés à renforcer les institutions et à approfondir la coopération dans des domaines ayant un impact direct sur la vie des citoyens, notamment l’éducation, l’agriculture, la culture et la pêche. « Tout cela reflète notre volonté d’optimiser les complémentarités de nos ressources », a-t-il été mis en avant.
Tensions internationales
La situation au Moyen-Orient était également au menu des échanges. Les deux dirigeants ont exprimé leur vive préoccupation face aux conséquences économiques des tensions dans cette région. Ils ont lancé un appel en faveur d’un cessez-le-feu immédiat. « Nous croyons fermement que ce n’est que par des efforts diplomatiques que cette crise prendra fin », a déclaré Navin Ramgoolam.
Ils ont tous deux expliqué que les économies insulaires comme celles de Maurice et des Seychelles demeurent particulièrement vulnérables aux chocs externes, notamment au regard de l’approvisionnement en carburant, en produits alimentaires et en médicaments.
Dans ce contexte, les deux gouvernements ont convenu d’intensifier leur coopération afin de mieux anticiper et atténuer les impacts économiques et sociaux d’éventuelles crises internationales, en s’appuyant notamment sur les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19.
Pour Patrick Herminie, cette visite « jette les bases d’un partenariat plus fort et plus moderne », fondé sur des résultats concrets et des priorités partagées.
Un sentiment partagé par Navin Ramgoolam, qui a estimé que les discussions engagées entre les deux pays contribueront à booster la coopération régionale et à promouvoir un développement durable au bénéfice des populations de l’océan Indien.

