Harvesh Seegolam (photo d'archives)
  • Harvesh Seegolam : « L’économie pourrait perdre, sur une base nette, Rs 58 milliards en devises cette année »

Le taux directeur a été maintenu à 1,85% par le comité de politique monétaire réuni hier. C’est ce qu’a annoncé le gouverneur de la Banque centrale, Harvesh Seegolam. Il s’est également appesanti sur les effets perturbateurs de COVID-19 avec un manque à gagner de l’ordre de Rs 58 milliards cette année en termes de devises étrangères à la suite des répercussions du net ralentissement de l’industrie touristique et des exportations des biens et services.

Abordant l’économie nationale toujours confrontée aux effets perturbateurs de la pandémie de COVID-19, la Banque de Maurice fait état que des dépenses prudentes et l’incertitude économique continuent d’avoir un impact à la fois sur les dépenses de consommation des ménages et l’investissement privé. La décroissance économique dans les principaux marchés internationaux entraîne une demande « plus faible » pour les exportations.

« Le Produit intérieur brut mauricien connaîtra une décroissance de 13% au lieu de 12,5% », concède-t-il. Un taux de croissance de l’ordre de 7,5% est prévu pour l’année prochaine. L’inflation reste faible et stable, les pressions de l’offre et de la demande restent faibles également. En l’absence de nouveaux chocs exogènes, les services de la Banque projettent une inflation globale d’environ 2,5% en 2021.

Néanmoins, Harvesh Seegolam a constaté quelques « signes positifs » dans les activités économiques. « Plusieurs indicateurs économiques tels que la masse monétaire, l’immatriculation des véhicules neufs et d’occasion et les transactions monétaires indiquent progressivement une amélioration de l’activité économique. Les indices boursiers tels que SEMDEX et SEM-10 ont partiellement récupéré leurs pertes depuis la reprise des opérations de négociation à la Bourse de Maurice. Le taux du chômage a augmenté mais pas dans la mesure initialement prévue. Le soutien budgétaire a atténué la détérioration prévue du taux de chômage », dit-il.

Toutefois, les résultats médiocres des exportations continuent d’avoir un impact négatif sur la production intérieure. En revanche, les importations ont encore baissé, reflétant les perturbations de la chaîne d’approvisionnement ainsi qu’une baisse de la demande.

S’agissant du marché des changes, le gouverneur de la BoM note une accélération depuis la dernière réunion du MPC, bien que la valeur des transactions reste inférieure à la normale dans la conjoncture tout en notant des interventions de change régulières sur le marché, pour garantir une liquidité adéquate des devises et soutenir l’activité économique, soit un montant total de USD 823 millions depuis mars dernier.

Harvesh Seegolam a indiqué qu’il rencontre des banquiers tous les 15 jours pour examiner et évaluer les conditions du marché des changes. « La Banque reste déterminée à maintenir des conditions ordonnées sur le marché des changes et à soutenir le régime de taux de change flottant », a-t-il dit.

Balance des paiements

Le gouverneur de la Banque centrale ajoute que le déficit de la balance courante atteindrait désormais 14% du PIB pour cette année, contre 13,5% à juillet dernier, en raison de la forte baisse des recettes touristiques. Les réserves en devises étrangères de Maurice s’élèvent à USD 6,93 milliards à ce jour, ce qui représente 12,6 mois d’importations de biens et de services. « La Banque a estimé que le pays pourrait perdre, sur une base nette, environ Rs 58 milliards en termes de recettes en devises cette année, principalement en raison des pertes de recettes du tourisme et des exportations de biens et services », dit-il.

Les investissements directs bruts à la fin d’août dernier sont estimés à Rs 7 milliards. Pour cette année, la BOM prévoit des investissements d’environ Rs 10 milliards. Harvesh Seegolam estime que, pour ce qui concerne les importations, les exportations, la monnaie au sens large et la dette à court terme, le niveau actuel des réserves est « adéquat ». Celles-ci fournissent une protection contre les vents contraires au cours des prochains trimestres.

Marché monétaire

En ce qui concerne le marché monétaire, Harvesh Seegolam estime que la liquidité du secteur bancaire est « suffisante » pour soutenir l’orientation accommodante de la politique monétaire de la Banque. « Cette dernière a progressivement porté l’excès de liquidité à un niveau tolérable », dit-il.

Par ailleurs, les prêts bancaires au secteur privé continuent d’augmenter d’une année sur l’autre de 5,1% en juillet dernier, contre 4,1% en mai dernier, le rythme le plus élevé enregistré depuis mai 2019. La croissance annuelle des prêts bancaires a été soutenue par les emprunts des ménages et des entreprises. Le ratio des prêts improductifs par rapport au total des prêts des banques commerciales est passé à 5,3% en juin dernier, contre 4,5% en mars. La Banque a créé une équipe spéciale sur la résilience bancaire, comprenant la Mauritius Bankers Association Limited et les banquiers, pour suivre de près l’impact de la COVID-19 sur le système bancaire.

Finalement, Harvesh Seegolam s’est réjoui que toutes les banques proposant des paiements de détail aient intégré « avec succès » le système de paiement instantané (IPS) en août dernier. Les sociétés FinTech and PSP sont de plus en plus intéressées à utiliser l’IPS, car celui-ci constitue « une plateforme propice à l’innovation » dans le domaine des paiements. « Alors que Maurice passe à l’ère numérique, je continue d’encourager le grand public à utiliser davantage les canaux de paiements électroniques », conclut-il.