Paiement de la pension – Pierre Dinan : « Pressions grandissantes sur la taxe »

«We are on the road to a lot of money having to be spent on old age pensioners, and this is why I dare to say that we have a demographic bomb in front of us "

Le Post-Budget Forum de l’Association of Chartered Certified Accountants (ACCA) et le Mauritius Institute of Professional Accountants (MIPA), réunissant plus de 200 participants, a été l’occasion pour l’économiste Pierre Dinan de mettre en garde contre les effets du vieillissement de la population et le paiement de la pension.

- Publicité -

La conséquence directe se résume à des pressions grandissantes sur les finances publiques, avec le risque accru de voir les impôts augmenter dans les prochaines années. De plus, le vieillissement de la population se présente comme une bombe à retardement sur le plan démographique.

Pierre Dinan a d’abord évoqué l’estimation de croissance pour cette année à 5%, soit un taux plus élevé que les prévisions mondiales, se situant dans la fourchette de 3% à 3,2%. Abordant les mesures sociales, il relève que le Social Protection Budget est estimé pour l’année à Rs 67,58 milliards, alors que les autres dépenses pour le logement, l’environnement, les services de santé, l’éducation, etc. sont nettement inférieures au montant réservé aux prestations sociales. « None of these items equals social protection at Rs 67,58 billion. So, when the Prime Minister talks of socialist budget, is this what he meant ? », dit-il.

- Publicité -

De ce montant , il faut compter Rs 47,6 milliards pour le paiement de la pension de vieillesse et l’année suivante, ce montant atteindra Rs 55 milliards. « This gives us an idea of how costly – or how dear ? – are the old people for our budget makers. We are on the road to a lot of money having to be spent on old age pensioners, and this is why I dare to say that we have a demographic bomb in front of us », renchérit-il.

La situation se corse avec le fait que les couples font moins d’enfants. Et l’économiste se demande « comment allons-nous développer ce pays si nous n’avons que des vieux qui sont contents de leur pension ? » Il ajoutera : « qui va produire cette pension pour eux ? As we go, there will be a lot of pressure for increased taxes, and nobody wants this. »
L’économiste se pose également des questions sur la pertinence d’offrir un chèque de Rs 20 000 aux jeunes fêtant leurs 18 ans cette année, et qui – coïncidence – « are first time voters ». Il estime que le gouvernement devrait donner cet argent sous forme de compte bancaire, « and not just give them Rs 20 000 for whatever they want to do ». Une initiation à la culture de l’épargne, fait-il comprendre.

- Advertisement -

À l’heure des questions, il a expliqué que le gouvernement, à travers le budget, doit agir dans le cadre d’un développement durable, et qu’il n’y a « pas grand-chose dans ce budget » qui réponde à la menace démographique. Au contraire : « Large amounts are to be paid as pensions. We need a decision and measures to favour good demographics which are linked to long term sustainability », dit-il.

Clensy Appavoo, Chief Executive Officer et Senior Partner de HLB Mauritius, a également attiré l’attention sur les prestations sociales, « qui pèsent lourd » dans les dépenses de l’État. À ce chapitre, il fera ressortir : « It is very good to give money to the poor, but we have to make sure that this money is going to poor people. When we are giving across the board, it does not have the same effect. »

Le CEO de HLB Mauritius met l’accent sur l’importance d’un bon fonctionnement des institutions, devant accomplir un travail de qualité et répondre convenablement aux demandes des opérateurs. Citant un régulateur financier, il explique que « quand vous les appelez, vous attendez plusieurs minutes au téléphone et, finalement, personne ne vous répond. »

Il déplore que certains éléments majeurs aient été délaissés dans le dernier budget. « Il n’y a pas de nouveaux secteurs qui ont émergé du budget. Le ministre mise sur les secteurs traditionnels, mais certains secteurs auraient pu apporter du renouveau à notre économie. Il n’y a rien sur le développement portuaire, rien pour apporter des solutions à l’inefficience du port. Beaucoup de lignes maritimes ont quitté Maurice. Rien encore sur l’économie bleue, dont on parle depuis des années. On ne fait que présenter beaucoup de mesures pour les pêcheurs dans le lagon, mais il n’y a rien de nouveau pour le lagon. Combien de temps encore allons-nous exploiter notre lagon sans innover, sans changer nos méthodes ? » s’étend-il.

« Mesures fragmentées »

L’expert-comptable s’attendait aussi à des mesures pour améliorer et moderniser l’agriculture, notamment à travers l’intelligence artificielle. Quant au Biomass Framework, il a été lancé en 2020, et depuis, rien n’a été fait pour le mettre en pratique.
Au chapitre du développement durable et de la décarbonation de l’économie, Clensy Appavoo parle de « mesures fragmentées proposées par le ministre des Finances », insistant sur le fait que le changement climatique est rapide et que la plage à Maurice se retrécit à grande vitesse, comparé à la moyenne mondiale (soit au rythme de 5,6 millimètres par an, contre 3,3 millimètres). « Maurice figure dans les pays qui sont appelés à disparaître. Et il faut comprendre que nous n’avons pas de problème avec les émissions carbone, mais plutôt en termes de “climate adaptation”. Or, rien n’est fait pour tenter de sauver nos plages »,prévient-il.

Ryaad Owodally, Director International Tax and Transaction Services, EY Mauritius, a procédé à une analyse détaillée des mesures fiscales contenues dans le budget et de la situation concernant le secteur offshore. Il a conseillé à tout le monde de lire les Explanatory Notes du budget avant de se faire une opinion.
Il évoque l’introduction du système progressif dans le paiement de l’impôt sur le revenu, avant d’avouer que, concernant certaines annonces, il « n’a pas compris » ce que le ministre voulait dire. S’agissant de la taxe sur les banques, il a souligné que « it came as a surprise… ».

« Ministers should be role models »
Certains commentaires ont fusé durant ce débat entre les trois intervenants et les membres de l’assistance, composée dans sa grande majorité de comptables et de fiscalistes exerçant dans le secteur privé et le Global Business, qui étaient tous quasiment sur la même longueur d’onde, à peu de chose près.
D’abord, Ryaad Owodally a parlé des « scary administrative powers » de la MRA, expliquant : « this is an area of concern, and we need to be careful. Otherwise, it will be difficult for us to sell Mauritius as a business-friendly jurisdiction. It should not be a one-way traffic. We already know that there are measures that are not in the law but in terms of practice, they are being done. » En prenant soin de citer des exemples concrets de certaines pratiques de la MRA qui ne sont pas dans la loi.

Il a été rejoint dans son analyse par certains comptables, qui se sont exprimés à l’heure des questions. Un membre de l’assistance parle même d’Agressive Tax Officers. Un autre ajoutant de manière plus générale que « institutions are not functioning; everything is politics ».

Autres commentaires entendus lundi soir, notamment sur la responsabilité personnelle des ministres dans le développement du pays et dans leurs actes, de manière générale : « Ministers should be role models ! » Alors que plusieurs ont parlé de budget cosmétique.

EN CONTINU
éditions numériques