PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES EXTRÊMES – Incendies à Hawaï – la sonnette d’alarme !

DIPLAL MAROAM

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Les incendies à Hawaï, 50e État des États-Unis, qui ont fait jusqu’ici plus d’une centaine de victimes – bilan encore provisoire –, constituent une des pires catastrophes naturelles de l’histoire récente de l’archipel de la Polynésie du Pacifique nord. Certes, une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances de ce drame, mais ce qui est certain aujourd’hui, c’est que le monde vient de connaître le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré et que le réchauffement climatique augmente, de manière sans équivoque, la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes.

D’ailleurs, si ces incendies se sont propagés avec une rapidité fulgurante, c’est que certaines régions de l’archipel ont enregistré cette année moins de pluie que d’habitude et l’île la plus impactée, Maui, comprenant la ville balnéaire de Lahaina, l’ex-capitale réduite en cendres par les flammes, subit depuis des mois, une grave et pénible sècheresse. Ce désastre intervient également au milieu d’un été marqué par une série d’événements météorologiques intenses partout sur la planète dont une vague de chaleur sans précédent dans le sud des États-Unis, phénomène écologique lié bien évidemment au changement climatique. Même l’hiver cette année dans l’hémisphère sud, y compris chez nous à Maurice, n’est pas celui que l’on connaît d’habitude ; en Amérique latine d’ailleurs, avec la complicité du phénomène El Nino, certaines régions du Brésil, d’Argentine et du Chili ayant même enregistré des températures dépassant les normes estivales en juillet.

Face au problème du dérèglement climatique, il va sans dire que les pays les plus exposés et vulnérables sont les archipels et petites îles tropicales, la nôtre ne faisant pas exception à la règle. Dans l’océan Indien justement, les Maldives, archipel se trouvant à plus de 3000 km au nord de Maurice et composé de plus de 1000 îles, constituent une des zones les plus vulnérables au monde à la montée des eaux. En effet, l’archipel est caractérisé par une faible altitude avec 80% de ses terres à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer et une exiguïté des ilots dont 95% possèdent une superficie inférieure à 1 km². D’ailleurs, depuis ces deux dernières décennies, cet archipel idyllique, très prisé des voyageurs du monde entier – le tourisme représentant plus de 40% du PIB – vit au rythme des catastrophes climatiques. Le tsunami de 2004, par exemple, avait fait une centaine de disparus, détruit deux îles et provoqué l’évacuation de six autres.

Rivière-des-Galets, Riambel, Saint-Martin, Case-Noyale…

Notre pays, également, n’est pas en reste, quoique dans une moindre mesure si l’on tient en ligne de compte la topographie comparative.  Du fait que 20% de la population mauricienne vit dans des zones côtières, la montée du niveau de la mer – 5,6 millimètres par an, soit presque deux fois la moyenne mondiale, selon le Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes naturelles (UNISDR) – constitue une source d’inquiétudes écologiques majeures particulièrement pour les habitants du sud, comme à Rivière-des-Galets, Riambel, Saint-Martin, Case-Noyale, entre autres, où lors des grandes marées, l’eau effleure même des habitations.

En certains endroits, l’érosion a grandement réduit la largeur des plages sur la dernière décennie ; à ce rythme certaines de nos plus belles plages du littoral nord et ouest, atout primordial de notre industrie du tourisme, pourraient même disparaître d’ici 4-5 décennies. D’autre part, en brisant l’énergie des vagues, protégeant les mangroves et les herbiers marins, les récifs coralliens jouent un rôle prépondérant dans la lutte contre l’érosion. Or, dus au réchauffement climatique, l’acidification des océans, la pollution industrielle et agricole, les coraux, un des plus riches écosystèmes, permettant de maintenir l’équilibre de la diversité biologique planétaire, se meurent. À Maurice, seulement 30% de ces cnidaires qui existaient quelques décennies de cela sont encore en vie aujourd’hui.

Par ailleurs, l’impact grandissant du changement climatique devrait non seulement augmenter la fréquence des pluies torrentielles, flash floods et sècheresses prolongées mais également l’intensité des cyclones dont la vulnérabilité des îles du sud-ouest de l’océan Indien n’est plus à prouver. L’hiver que nous connaissons actuellement est déjà un indicateur de ce que seraient l’été et l’intensité des cyclones dans quelques mois. Sans pour autant jouer au prophète de malheur mais vu l’expérience désastreuse d’ailleurs, la consolidation de toutes nos infrastructures importantes susceptibles d’être endommagées par des vents violents, comme les réseaux électrique et téléphonique ainsi que ceux de distribution d’eau de même que des bâtiments et habitations, etc aurait dû constituer une priorité de nos dirigeants. Hélas, tel n’est manifestement pas le cas.

Au fur et à mesure que s’affirme l’effet de serre, l’on observe de plus en plus d’évènements combinés, caractérisés par des impacts cumulés et en cascade qui affectent toutes les dimensions de la vie humaine au point de susciter des crises écologiques profondes qui déstabilisent des territoires, entraînant des déplacements massifs des populations. Au cours de ce siècle, seule la démonstration pratique d’une volonté intransigeante de la part de la gouvernance mondiale mettant l’accent sur une réduction drastique de notre mode de vie et, par conséquent, des émissions des gaz à effet de serre, pourrait constituer le point de départ pour sauver la planète. Et la biodiversité dans son ensemble.

                                                                                                                              

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