Le confinement imposé en mars à cause de la COVID-19 n’a pas permis la tenue de la cérémonie de remise de diplômes dans des universités à Maurice. Une fois les mesures de restrictions allégées, des institutions tertiaires, à l’instar d’Amity Mauritius et l’Université de Maurice, ont renoué avec cette tradition depuis le début de ce mois. Les nouveaux diplômés des universités s’ajoutent au marché du travail, qui devient de plus en plus restreint dans un environnement, il va de soi, de plus en plus incertain. Le sentiment unanime parmi ces jeunes, qui célèbrent la réussite de leurs efforts, est une d’appréhension totale. Quel est accueil leur sera réservé sur le marché du travail avec le passage du virus COVID-19?

Ils sont 39 étudiants d’Amity Institute of Higher Education et d’Amity Global Business School à avoir reçu leur diplôme en Business Administration et en Information Technology la semaine dernière. Le secteur du Business Administration semble attirer le plus d’étudiants. Le diplôme de cette institution est validé par une université britannique. Et la raison d’avoir opté pour un diplôme étranger se rapporte à son acceptation à l’international.

Après ses trois ans d’études, Marie Willyna Jena Jasmin a reçu son First Class en gestion d’entreprise. « J’ai choisi un diplôme du Royaume-Uni même si j’ai obtenu un siège dans deux universités locales. J’ai préféré une université anglaise car celles de Maurice ne répondaient pas à mes attentes », avance-t-elle. Le premier accomplissement de cette diplômée aurait dû la projeter automatiquement sur le marché du travail. Or, trouver du boulot n’est guère chose facile. « Je suis à la recherche d’un emploi en ce moment. J’ai fait quelques stages mais rien de permanent… », confie-t-elle, entourée de ses amis de cours.

Garde-t-elle espoir de pouvoir travailler alors même que la COVID-19 a chamboulé l’économie mondiale ? Marie Willyna Jena Jasmin est confiante que chaque personne a sa place quelque part. « Peut-être que je n’obtiendrai pas un emploi tout de suite mais je crois que je l’aurai bientôt », dit-elle. Cependant, sa grande crainte est de ne pas obtenir l’emploi qu’elle recherche en particulier. Elle ne cache pas que sa filière d’études est compétitive et qu’il sera « très difficile » d’obtenir un poste car les entreprises « rechercheront les meilleurs ». Évoquant son état d’esprit vu qu’elle est au chômage, notre interlocutrice ne cache pas qu’elle se sent quelquefois découragée. Elle dit postuler pour un emploi presque tous les jours.

Le taux de chômage chez les jeunes sur le plan national préoccupe cette nouvelle diplômée. Selon elle, il faut que des mesures soient mises en oeuvre pour que les nouveaux diplômés puissent avoir un job malgré leur manque d’expérience. Et pourquoi ne pas se tourner vers l’entrepreneuriat si aucune autre opportunité ne se présente? La jeune fille estime que s’inscrire dans cette voie sera difficile. « On n’est pas sûr que l’entreprise marchera car beaucoup de compagnies ont fermé leurs portes depuis la COVID-19 », souligne-t-elle.

Drishtee Jeewoolall est une autre diplômée de la filière de Business Administration. Son choix d’études a été motivé par le fait que ce cours couvre divers domaines dont le marketing, les ressources humaines, ou la finance; et détenir un diplôme britannique est à son avantage. Bien qu’elle soit employée dans une société, Drishtee Jeewoolall compte quand même poursuivre ses études en vue d’obtenir sa maîtrise. Elle affirme que trouver un poste approprié repose aussi sur l’expérience et les qualifications académiques plus poussées. Néanmoins, poursuit-elle, l’importance des « soft skills » n’est pas à négliger dans ce contexte.

« Le taux de chômage a certainement augmenté après la COVID-19 à Maurice. Mais ma plus grosse crainte c’est que la compagnie où je travaille me licencie ou choisit une personne qui accepte de travailler pour moins d’argent. » Et Drishtee Jeewoolall d’ajouter que le monde est plus « challenging » pour les jeunes qui terminent leurs études vu la forte évolution de la technologie. Pour elle, détenir un diplôme est aussi important pour évoluer dans la société mais cela ne signifie pas pour autant que le jeune ne pourra pas réussir s’il devient entrepreneur.

Jeshna Sooklall a aussi terminé son diplôme en Business Administration et vient d’être recrutée dans une compagnie à Ébène. Un emploi qu’elle ne pouvait refuser après avoir été au chômage de longs mois durant. « Dès que j’ai obtenu une réponse positive de la compagnie je n’ai pas hésité », indique au Mauricien la Corporate Administrator dans une compagnie offshore. « Heureusement que cet emploi est très lié à mes études tertiaires ! » se réjouit-elle. Croyant qu’elle n’aurait jamais accepté un emploi de 9h à 17h, elle se voit aujourd’hui contrainte de consentir à des sacrifices. Cette situation, affirme-t-elle, ne doit pas se produire à Maurice car ces jeunes méritent aussi leur chance de contribuer au développement économique. Elle confie que trouver un emploi dans le contexte du post-confinement sera encore difficile, et ce qui pourra décourager bon nombre de jeunes. Elle demande à ces derniers de faire preuve de patience, voire de lancer leur propre entreprise.

Le choix pour des études en Business Administration de Jinesha Meghoo, que Le Mauricien a contacté, a aussi été motivé par le nombre de domaines au sein desquels elle pourra trouver un emploi. Dans un monde incertain, elle se dit confiante que des opportunités de travail s’ouvriront à elle mais se rend compte toutefois que de nombreuses personnes ont la même qualification. Elle se dit heureuse d’avoir déjà obtenu un travail et compte poursuivre ses études tertiaires. Et d’estimer que cette démarche ne peut en aucune manière lui garantir l’obtention un meilleur poste à l’avenir. Par ailleurs, bien que craignant que le niveau de chômage augmente davantage, elle dit croire dans le sens de la persévérance et le mérite lié aux qualités professionnelles.

Le cours de Business Administration a aussi été le choix d’Alexandre Etiennette. Âgé de 22 ans, ce jeune diplômé ne compte pas rester à Maurice. Il entend se rendre bientôt en Belgique. Quitter Maurice pour lui est synonyme d’une aide financière qu’il souhaite étendre à sa famille. « Aucun obstacle ne pourra m’empêcher de le faire », fait-il ressortir en toute confiance. Au chômage actuellement, Alexandre Etiennette avance qu’il faut toujours être prêt pour un entretien. « Si nous ne sommes pas confiants , l’interviewer verra que nous ne sommes pas prêts pour le marché du travail », estime-t-il. Évoquant la situation du chômage à Maurice, il dit connaître des diplômés qui cherchent toujours du travail mais estime que certains d’entre eux n’acceptent pas un emploi ne reflétant pas l’étendue de leur diplôme. « Il convient de gravir les échelons et acquérir de l’expérience. On ne peut devenir directeur juste après les études… », laisse-t-il entendre, réaliste.

Le marché du travail compte donc 39 nouveaux diplômés d’Amity Institute of Higher Education et d’Amity Global Business School ainsi que 617 nouveaux diplômés de l’Université de Maurice. Le combat se poursuit inlassablement pour une place au soleil dans la sphère du travail mais les incertitudes sont tenaces…