« Ubi pluit, ibi abundantia, ibi donum : là où il pleut, là est l’abondance, là est l’offrande. » – Paroles Gnostiques.
Marie Jacques Laval Panglose G.O.S.K
Ami et élève du Grand E.
Chez les premiers Chrétiens, il se disait que le sang du Christ, sur son trajet du Golgotha, ayant touché la Terre, il ne pourrait cesser de pleuvoir, puisque ce premier don – cette première offrande, cette pluie – est éternel. Plus tard, les Catholiques Romains dirent, aussi, de ce don ineffable et sans pareil : « Hic est enim calix sanguinis mei, novi et æterni testamenti; mysterium fidei; qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem pecatorum. » (Ceci est le calice de mon sang qui sera versé pour vous et pour la multitude, le nouvel et éternel testament, mystère de la foi, en rémission des péchés). Chez ces proto-chrétiens, nul faste, nulle ostentation, car leur vie pesait dans la balance. Il fallait vivre en secret. 
En revanche, depuis Constantin le Grand, les Catholiques Romains sont les maîtres de l’apparat. Le paraître est une mesure de persuasion au grand impact visuel et ce, surtout, au siècle de l’image nouvelle, le vingt et unième.
Ainsi donc, le dimanche vingt août deux mil vingt-trois, Monseigneur Jean Michaël Durhône survint.
Mené par son prédécesseur, son Éminence, le Cardinal Piat, l’érudit éloquent, Grand Évêque de combat, il gravit l’escarpe de Marie Reine de la Paix, au milieu d’une escorte de prêtres et de diacres, tels des moineaux blancs venant doucement en survol vers la colline verte, lui à la chasuble imprimée de colombe et le Cardinal arborant la pourpre de son rang de prince de l’Église Romaine. Car c’est dans un décor dépouillé que se réalise le faste de la célébration de Rome, que s’entend et s’exerce la musique exaltante des chœurs, sous la férule du coryphée, que se comprend le moment mystique du Veni Creator Spiritus, l’hymne grégorien appelant la venue de L’Esprit.
Jésus sur Terre, n’eut comme faste que le jour de Souccot, la fête juive des cabanes et des rameaux symbolisant soit la récolte ou le fait qu’enfin libres d’Égypte, les Juifs errant au désert, eurent une demeure fixe en terre d’Israël. Le Christ fut sans apparat, l’Église Romaine le prit.
Monseigneur Durhône prit la mitre sous la pluie au milieu de l’Église. Cette dernière vient du mot grec, ekklesia, qui veut dire congrégation, l’assemblée de ceux qui furent convoqués. Car on doit être convoqué, appelé, avoir la vocation, afin d’être de la pierre de l’Église Romaine. Par surcroit, la structure architecturale, la Cathédrale, la Basilique, là où se tient le rituel, romain, des présents, ce sera là l’église.
Tout mot a plusieurs significations, selon celui qui le reçoit. Ainsi pierre c’est le roc, matériau de construction, sur lequel le Seigneur Christ dit qu’il bâtit son église. C’est la compréhension du commun des fidèles, mortels, la foule. Pierre, c’est le disciple que suivent les Catholiques Romains dans leur foi et dans leur rituel, c’est la pierre de doctrine, la pierre du canon. Pierre, c’est aussi Simon Bar Jona, le fils de Jona, l’impulsif coupant l’oreille de Malchus, serviteur de Caïphe. Le mot se lit, s’entend, puis il devient Parole et sourit aux Croyants.
Cette Église, donc, qu’érige le Seigneur Christ, c’est la congrégation rassemblée sur Terre. Voilà pourquoi au cours du cérémonial pour Monseigneur Durhône, il fut chanté : ‘Laudate Dominum, omnes gentes’ louez le Seigneur toutes les ethnies’. Il était alors quinze heures vingt-sept.
L’impression visuelle que crée Monseigneur Durhône rappelle Angelo Roncalli, en brun, car son corps est le fruit du métissage. Angelo Roncalli, cardinal patriarche de Venise, issu en novembre 1881 d’une famille nombreuse et modeste de métayers, devint pape prenant le nom de Jean XXIII et plus tard Saint en 2014. Humble, jovial, ami du peuple, empli de bonté il incarnait l’accueil christique. Les visages ont dans leurs traits, des émanations de l’Être, investi dans le corps. Ainsi de la bonté, elle irradie des yeux de celui qui est doux, de l’attention, il émane de celui qui est intelligent. Monseigneur Durhône, écrit son diocèse, arrive d’une famille nombreuse et celui qui voit est frappé par la ressemblance faciale entre les deux personnes.
Monseigneur Durhône est un symbole en lui-même.
Humble dans ses manières, heureux celui qui dit n’avoir pas obtenu de promotion, doux dans son regard, heureux celui qui dit avoir reçu gratuitement afin de donner gratuitement, enjoué dans ses paroles, heureux celui qui chante et fait chanter durant son homélie,
simple dans son approche, heureux celui qui dit qu’il apprendra à devenir évêque, successeur de Pierre, heureux celui qui, dans les mots du nonce apostolique, Tomasz Gryza, prend la suite de deux mille ans de dogme et devient le maillon actuel de cette chaîne romaine, enfin heureux celui qui dit être heureux d’avoir été choisi. Heureux celui pour qui il pleut. Heureux l’Élu Christique.
N’est-ce pas là, de l’obéissance et la paix, Obedentia et Pax, devise d’Angelo Roncalli alors archevêque.
