La semaine écoulée aura été une des plus éprouvantes aussi bien pour les quelque 17 400 élèves qui se sont présentés aux examens de la PSAC que pour leurs parents. Pour les familles dont les enfants se trouvaient à l’école Philippe Rivalland, à Rose-Hill, où, dès le premier jour des examens, mardi, une surveillante a été trouvée positive à la Covid-19, cela a même été un moment particulièrement angoissant. Ce qui a d’ailleurs donné lieu à un débat passionné sur l’intérêt d’organiser ces examens durant cette période de confinement et sur le protocole sanitaire appliqué à cette occasion. Seule la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookhun, a minimisé la situation. Elle a pris le pari d’organiser envers et contre tous ces examens, ignorant tous les appels en vue de leur annulation venant des parents, des enseignants et d’Ong, mais aussi de l’opposition et de politiciens de tout bord. D’aucuns ont qualifié cette attitude d’un excès d’arrogance.
Il est vrai que ces examens initialement prévus pour l’année dernière ont été reportés une première fois. Bon nombre de parents avaient de fait souhaité en finir une fois pour toutes avec ces examens, soucieux que leurs enfants puissent passer à une autre étape de leur formation et n’accusent aucun retard dans leur programme d’étude. Il semble que c’est ce point de vue qui a primé. Mais à quel prix ? Un grand nombre d’élèves ont abordé ces examens dans des conditions traumatisantes. Déjà, les nouvelles concernant la propagation rapide du virus dans le pays constituent une source de craintes. Le risque d’être contaminé accidentellement dans les autobus, dans les salles de classe, dans la cour des écoles était réel.
De plus, combien d’enfants ont pu réviser dans des conditions acceptables, prenant en compte que le confinement à la maison n’est pas une situation idéale, surtout si les parents se retrouvent dans une situation économique difficile inattendue : perte d’emploi, absence de revenus, problème d’approvisionnement, etc. Un bon nombre de centres d’examens sont en outre situés dans les zones rouges. Ce qui aura entraîné un stress supplémentaire pour les enfants lors de leurs déplacements, plaçant les parents sur le qui-vive. Ajouter à cela le fait qu’un certain nombre d’élèves ont eu à composer les examens dans les centres de quarantaine. Ces examens ont été un pis-aller pour les autorités et pour une catégorie des parents. Mais on ne peut pas dire qu’ils se sont déroulés dans des conditions justes et équitables, et que tous les enfants qui y ont participé ont bénéficié d’un “level playing field”.
Maintenant que les examens sont terminés, la question qui se pose est de savoir si tous les élèves qui y ont participé seront jugés à la même enseigne. Des pédagogues expérimentés, dont Gilberte Chung, du Service diocésain de l’éducation catholique, s’interrogent justement sur cette question, combien pertinente. Quid de ceux qui n’ont pas été en mesure de se présenter aux examens pour certains sujets ou qui ne se sont pas présentés dans les centres d’examens du tout ? Dire que c’est la responsabilité des parents relèverait d’un manque de compassion et d’une indifférence totale concernant le bien-être de nos enfants. Tous les enfants mauriciens sont des enfants de la République, et sont donc nos enfants. Il est de fait du devoir de la République de trouver un moyen pour soulager tous ceux qui considèrent que leurs chances ont été lésées. C’est pourquoi il faudrait dès maintenant songer à organiser « un examen de la deuxième chance », qui pourrait être un moyen de corriger toutes les injustices et tous les déséquilibres constatés durant ces examens cette semaine. Les autorités éducationnelles devraient, en consultation avec toutes les parties prenantes de l’éducation, réfléchir aux modalités en vue d’un examen de ce genre, ou du moins trouver un autre formule tout aussi acceptable.
Le même problème se pose au niveau des examens de HSC. Pourrait-on dire que ceux qui postulent pour les bourses d’État l’ont fait sur une base équitable ? Il ne serait pas étonnant que des parents, considérant que les enfants ont été désavantagés d’une manière ou d’une autre, aient recours à la Cour suprême pour corriger les préjudices subis. Il faudra garder en tête que c’est sur les enfants et jeunes d’aujourd’hui que repose l’avenir de Maurice.