Dans un entretien accordé à Le-Mauricien, le leader du parti En Avant Moris, Patrick Belcourt, considère qu’en fixant la date de l’élection partielle à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (No 10), « le Premier ministre, Pravind Jugnauth, joue avec la Constitution et ne montre aucun égard pour la représentation parlementaire ». De fait, En Avant Moris ne présentera aucun candidat à cette élection. « L’électorat ne nous pardonnerait pas de participer à une telle mascarade », maintient-il.
La partielle à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (No 10) est prévue pour le 9 octobre. Comment l’annonce de cette élection vous interpelle-t-elle ?
Je me dis qu’il est malheureux que ceux qui conseillent le Premier ministr, Pravind Jugnauth, n’ont pas su l’inciter à rompre avec ce réflexe de tout ramener à la politique partisane. C’est le principal reproche que je lui ai fait durant son mandat et il en apporte une nouvelle fois la démonstration.
Cette partielle, il aurait pu la faire plus tôt, mais il a préféré attendre la veille de la date butoir. C’est comme s’il fallait que la Constitution le rappelle à l’ordre. Et lorsqu’il s’y voit contraint, il étend le processus jusqu’à octobre, au lieu d’organiser ces partielles dans les 30 jours. Il s’agissait de se présenter comme le chef du gouvernement plutôt que le chef d’un parti. Donc, cela m’interpelle que Pravind Jugnauth rate lamentablement cette perspective.
Est-ce qu’En Avant Moris compte, même pour la forme, y présenter un candidat ?
Ce n’est pas sur la forme, mais sur le fond que cela pose problème. L’élu de cette partielle siégera quelques semaines seulement à l’Assemblée nationale. Puis ce sera la dissolution aux termes des dispostions sans compromis de la Constitution. Il n’y a pas à sortir de là. Nous voyons bien que le Premier ministre joue avec la Constitution et qu’il ne montre aucun égard pour la représentation parlementaire, qui est un pilier de notre démocratie. L’électorat ne nous pardonnerait pas de participer à une telle mascarade. Au sein d’En Avant Moris, nous avons du respect pour la Constitution et la démocratie, et donc des citoyens mauriciens.
Nous sommes à la veille de la présentation du dernier budget du gouvernement. Qu’attendez-vous de ce budget ? Auriez-vous des propositions à formuler à cette occasion ?
Je m’attends à l’essentiel : que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, nous parle enfin de la dette. Il doit pouvoir révéler le montant de la dette nationale contracteé avec les divers organismes internationaux et les différents pays, et de l’Inde en particulier.
Quel est le coût du Metro Express ? Quel est le coût des nouvelles installations portuaires et aéroportuaires à Agalega ? Surtout qu’il ne prenne pas la pente du communalisme avec moi, parce que, comme pour bon nombre de Mauriciens, j’ai aussi des ancêtres qui viennent de l’Inde. Sauf que je suis fondamentalement Mauricien, et même si je prenais un passeport PIO, je défendrais d’abord et avant-tout les intérêts de mon pays sans hésitation. Donc, Renganaden Padayachy doit accoucher de toute la vérité sur le montant de notre dette publique et le traitement de cet endettement sur le plan national.
Nous avons vu ce dont il a été capable ou incapable de faire ces derniers quatre ans. Pour son dernier budget, le ministre des Finances doit comprendre que l’heure est au bilan.
Quel regard jetez-vous sur la situation économique et sociale du pays ?
La situation est catastrophique. Quand des gangs se battent à coups de sabres dans la capitale, avec mort d’homme, les investisseurs se demandent s’ils sont à Port-Louis ou à Port-au-Prince en Haïti. Les gens se font justice eux-mêmes quand ils attrapent des voleurs et les images défilent sur les réseaux sociaux. Aucun respect non plus pour nos artistes, qui ont été mis sur la touche. Et pendant ce temps, vous avez le commissaire de police, Anil Kumar Dip, qui voudrait s’improviser Directeur des Poursuites Publiques alors qu’il n’est même pas capable d’assurer sa mission première, le maintient et le respect du Law and Order. C’est comme cela que vous allez convaincre les investisseurs et les touristes que nous sommes un Etat de Droit ? Soyons sérieux ! La situation sociale du pays ressemble au Far West, et pour la situation économique, vous avez la main-d’œuvre locale qui est en compétition avec des travailleurs importés du Népal et du Bangladesh, entre autres
Quels sont les enjeux des prochaines élections générales ? Avez-vous déjà un programme électoral et quels en sont les principaux éléments ?
Nous commençons à présenter certains éléments de notre programme, dont les réformes constitutionnelles et institutionnelles, qui nous semblent essentielles. Comme la protection par le référendum des chapitres 1 et 2 de la Constitution. L’histoire nous l’a démontré : nous ne sommes pas à l’abri d’un 60/0 ou d’une majorité de plus de 3/4, et avec une telle majorité, un gouvernement peut toucher à nos droits fondamentaux. Il faut donc un garde-fou supplémentaire.
Nous préconisons aussi la réforme de la police pour avoir, d’une part, la force régulière et, de l’autre, une police judiciaire, qui soit chargée des enquêtes. La Cour suprême a exprimé ce vœu depuis une vingtaine d’années, mais il manquait la volonté politique.
Bref, nous avons une douzaine de réformes fondamentales comme celles-ci, ainsi que des projets spécifiques aux six circonscriptions où nous serons candidats. Au-delà, notre programme abordera aussi des mesures essentielles sur le plan national.
Vous avez eu des consultations avec le leader du PMSD récemment. Avez-vous rencontré les leaders d’autres partis ?
J’ai eu des rencontres. Certains le font ouvertement et d’autres souhaitent la discrétion. Cela ne me pose aucun problème. L’important, c’est qu’ils se montrent réceptifs à mon message pour qu’il y ait moins de fanatisme dans la manière de pratiquer la politique à Maurice.
Le fanatisme n’aide non seulement pas les gens à réfléchir, mais beaucoup de citoyens en sont victimes. Or, nous sommes à un stade où la jeunesse de notre pays a besoin de réfléchir à la charge qu’elle va devoir porter à l’avenir. En tant que leaders politiques, nous devons ce respect à nos jeunes, qui éprouvent des craintes pour l’avenir et du dégoût pour la chose politique.
Comment En avant Moris se positionne-t-il pour les prochaines élections ?
Nous nous présentons comme un rempart pour défendre la démocratie. Nous serons présents dans quatre circonscriptions urbaines, soit aux à Curepipe/Midlands (No 17), à Belle-Rose/Quatre-Bornes (No 18), à Stanley/Rose-Hill (No 19) et à Beau-Bassin/Petire-Rivière (No 2, ainsi que dans deux circonscriptions rurales, à Grand’Baie/Poudre d’Or (No 6 ) et Savanne/Rivière-Noire (No 14). Nous avons peu de moyens, mais il suffit que l’électorat de ces circonscriptions comprenne notre mission, qui est de faire obstacle à toute dérive totalitaire d’une majorité.
D’autre part, notre programme montre que nous sommes prêts aussi à convenir d’un contrat de gouvernement pour mener à bien certaines réformes nécessaires.
JMP

