QUESTIONS À …Stefan Gua (Rezistans ek Alternativ) : « Primordial de redonner l’espoir aux jeunes »

Rezistans ek Alternativ (ReA) aborde sa quatrième campagne électorale avec le combat contre la classification communale comme cheval de bataille. Après des revers juridiques, ce parti de gauche penche-t-il pour des changements constitutionnels ? Stefan Gua, le porte-parole, évoque les enjeux pour ReA lors des prochaines élections générales et s’explique sur la démarche pour une plateforme commune avec d’autres partis politiques.

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Quelle est la position de ReA au sujet de la partielle au No 10 ?

Nous sommes d’avis que nus aurions dû aller vers les élections générales directement. Cela, pour des raisons pratiques et logiques. L’Assemblée nationale doit être dissoute le 21 novembre au plus tard. Une partielle au No 10 le 9 octobre voudra dire que le candidat élu ne siégera que quelques jours à l’Assemblée nationale. C’est un non-sens.

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Pravind Jugnauth avait la prérogative d’appeler une partielle dans cette circonscription un mois après la démission de Vickram Hurdoyal. Mais il ne l’a pas fait. Il a attendu le dernier moment au terme des obligations légales. Ce qui m’amène à dire que nous avons un gouvernement qui est en train d’opérer by default, sans prendre en compte les enjeux démocratiques.

Votre parti ira-t-il seul aux élections générales ou en alliance ?

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ReA prépare les élections générales depuis 2022. Dans ce contexte, nous avions dit que le MSM avait franchi plusieurs lignes rouges au cours de son mandat. La première étant l’affaire Kistnen. Dans ce contexte, nous avions lancé un appel aux partis de l’opposition pour la constitution d’une plateforme commune afin d’unir nos forces pour que le MSM ne revienne pas au pouvoir après les prochaines législatives. Car ce parti risquait d’entraîner le pays dans une dynamique dangereuse.

Mais se réunir ne suffit pas. Il faut apporter des changements en profondeur. Par exemple, tout ce que le MSM a fait, il l’a fait dans la limite de la légalité ou en utilisant les faiblesses de la loi. Pour citer une nouvelle fois l’affaire Kistnen, nous constatons que l’enquête en est au point mort, car la police est sous le joug de Pravind Jugnauth. Le gouvernement MSM a exposé beaucoup de failles de notre système. Si nous ne faisons rien pour les changer, un autre parti au pouvoir pourra utiliser ces mêmes failles ou faire pire que le MSM. C’est pour cela que nous avons invité à une convergence. Toutefois, nous ne sommes dans aucune alliance pour l’heure.

Nous allons vers de nouvelles élections, sans l’abolition de la classification communale, votre cheval de bataille. Peut-on dire que ce combat a été un échec ?

S’il y a eu un échec, c’est pour la politique, pour le gouvernement, pas pour ReA. Il y a eu un mini-amendement en 2014, qui allait dans le sens de l’histoire. Avant 1948, les gens votaient selon les biens qu’ils possédaient. Après l’introduction du suffrage universel, nous pouvions voter en tant que citoyen. Il y a eu une émancipation du peuple. Reconnaître le statut de citoyen, c’est reconnaître un Mauricien en tant que Mauricien. Le mini-amendement de 2014 allait dans ce sens. Après les élections de 2014, le gouvernement aurait pu poursuivre pour venir avec une loi Full-Fledged pour les élections de 2019, mais il ne l’a pas fait. Au contraire, le MSM a fait reculer notre société.

Il faut aussi dire que ce combat contre la classification n’a pas commencé avec ReA. En 1695, Anna de Bengale et ses compagnons avaient mené la révolte en mettant le feu à la caserne des Hollandais. Dans les années 70, des partis ont défié la classification communale. Il appartient maintenant aux prochaines générations de poursuivre le combat.

À notre niveau, le combat juridique est terminé. La Cour a rejeté notre plainte. Il faut maintenant réfléchir comment continuer le combat. Notre démarche pour une nouvelle Constitution va dans ce sens. C’est un débat qu’il faut peut-être mener au niveau de l’Assemblée nationale maintenant.

Quelle est la position de ReA concernant le projet de loi sur le financement des partis politiques ?

Avec le projet de loi que le gouvernement a présenté la dernière fois, Pravind Jugnauth a montré qu’il n’était pas un progressiste. Car cela remettait en question le droit des citoyens de participer à la vie politique. Selon cette proposition, c’est l’Electoral Supervisory Commission qui validera l’existence d’un parti ou pas. C’est une violation de notre droit constitutionnel.

Le financement par le Corporate ne peut être légalisé. Au contraire, c’est illégal d’accepter de l’argent du secteur privé, car il y a toujours un retour de l’ascenseur qui est attendu. Cela, en termes de contrats ou de changements de cadre légal, au profit d’un petit groupe et au détriment de la population. Il ne faut pas oublier que le Corporate est là pour faire des profits. Il a des motivations différentes de l’État et du peuple.

Par ailleurs, s’il y a une limite à Rs 80 millions pour les dépenses électorales, il n’y a aucune limite pour le financement des partis politiques. Cela équivaut à une participation aux élections basées sur l’argent.

Quelle devrait être la priorité du prochain gouvernement, selon vous ?

Il y a plusieurs dossiers prioritaires, mais quelque chose que je considère comme fondamental, c’est de redonner l’espoir aux jeunes, à Maurice. Beaucoup sont en train de quitter le pays. Ils ne se sentent pas épanouis ici. Il y a beaucoup d’accidents mortels impliquant les jeunes. Il faut arriver à comprendre la psychologie des jeunes en menant une vie dangereuse. N’oublions pas la drogue qui fait des ravages.

L’une des approches est de revoir la distribution de la richesse. Les jeunes doivent pouvoir accéder à la terre, par exemple. Aujourd’hui, s’ils veulent acheter un terrain, par exemple, ils doivent s’endetter à vie. Il faut revoir la société mauricienne. Aujourd’hui, à part le travail, il n’y a rien. Les loisirs sont inexistants et il n’y a pas de place pour la culture. Le Mauricien ne peut se résumer à un maillon dans une chaîne de production. Il faut une société où toutes ces dimensions sont prises en compte.

Bien sûr, parmi les autres priorités, il y a la question environnementale, l’économie et la politique des terres, entre autres.

Quelle est votre analyse de la situation politique à Maurice actuellement ?

Je pense que nous sommes arrivés à une fin de cycle. Cela se traduit par la défaite de deux partis historiques – le PTr et le MMM – aux deux dernières élections. Cela ne s’était jamais produit auparavant. Il y a toujours eu l’un ou l’autre qui était au pouvoir. Il y a eu une fraction avec le peuple qui a permis l’émergence du MSM, qui n’a cependant pas un statut de parti historique. Le MSM n’a pas vraiment de gouvernail idéologique. Tantôt il nage dans le courant socialiste, avec le salaire minimum, notamment. Cependant, il donne aussi de grosses facilités et même de l’argent au gros capital, à travers la Mauritius Investment Corporation (MIC)  et le Wage Assistance Scheme.

Par ailleurs, nous notons l’émergence de nombreux prétendants qui n’ont pas de vrais repères idéologiques non plus. Peut-être que nous pensons que c’est la norme. Il y a une tendance à la pensée néolibérale. Par exemple, quand Navin Ramgoolam a annoncé le transport gratuit, nous avons tout de suite entendu des questions du genre : combien cela va coûter à l’État ? Où allons-nous trouver l’argent ? Mais on trouve bien de l’argent pour les hôpitaux gratuits et les prestations sociales. La vraie question n’est pas là. C’est comment distribuer la richesse de manière équitable.

Si la société n’a que des repères néolibéraux, c’est grave. Il faudra aussi revoir l’orientation économique, la vente des terres à travers les IRS/Smart Cities, etc. Il y a un modèle qui a été introduit en 2000 et tous ceux qui sont venus après ne l’ont pas remis en question. C’est dommage que les prétendants au pouvoir se contentent de questionner l’administration du pays et non pas l’orientation du pays ! Les jeunes qui quittent le pays ne le font pas parce que les institutions ne fonctionnent pas, mais parce qu’ils n’arrivent pas à trouver leur place.

Pourquoi ReA a-t-il des réserves sur le Counting le jour des élections ?

Nous n’avons pas de réserve sur le principe du Counting le même jour, mais surtout sur les aspects pratiques. Nous sommes en faveur de toutes les mesures qui poussent vers l’assainissement et la transparence, pouvant apporter plus de liberté et de confiance dans le système. Malheureusement, en 2019, la confiance a été entachée par certains éléments, comme des bulletins de vote retrouvés dans la nature. Cela éveille des soupçons.

Toutefois, à notre avis, ce n’est pas à la veille des élections, alors que nous sommes déjà dans une dynamique de campagne, que nous allons essayer un nouveau système. Même si nous l’avons déjà expérimenté pour les villageoises, les générales ne sont pas de la même envergure. Déjà, dans le village où il y avait le plus grand nombre d’électeurs, soit Chemin-Grenier, le comptage a pris fin vers 3h du matin.

Lors de notre rencontre avec le commissaire électoral, il nous a confirmé que ce sont les mêmes fonctionnaires engagés dans les élections le matin qui seront de service pour le comptage. À notre avis, ce n’est pas correct sur le plan humain. Ensuite, il y a des risques que leurs capacités de concentration ne soient plus les mêmes après une longue journée et une longue nuit.

L’autre risque qui se pose est de savoir si après le comptage dans une salle de classe – en attendant que les autres terminent – des partisans viennent manifester leur mécontentement. Cela va déranger l’exercice. À notre avis, il y a déjà un système rodé en place, nous devons y faire confiance en étant plus vigilants. Un changement de système, selon nous, doit être préparé à l’avance, après un débat public.

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