Réflexions : Days of ash

C’est le titre qu’a choisi le groupe mythique irlandais, U2, pour son retour  surprise. “Days of ash”, explique le charismatique leader, Bono, parce que rien ne va plus dans notre monde. Cette légende vivante explique dans les interviews aux médias que la sortie de ce mini-album de six titres ne pouvait attendre, tant la situation urge… Dans Days of Ash, il revient sur le génocide perpétré par l’État d’Israël, sous la férule de Benjamin Netanyahou, sur le peuple palestinien. « Comme l’islamophobie, l’antisémitisme doit être combattu systématiquement. Les viols, les meurtres et les enlèvements d’Israéliens le 7 octobre étaient odieux. Mais la légitime défense ne saurait justifier la brutalité extrême de la riposte de Netanyahou, qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de Palestiniens, », a déclaré l’artiste.

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La sortie surprise de Days of Ash, c’était le 18 février, soit pour le mercredi des Cendres, premier jour du carême chrétien. Ce jour qui marque l’entrée dans une période de pénitence. Le mini-album des Irlandais est un cri du coeur à des victimes d’injustices, de Gaza aux États-Unis. “American Obituary”, la chanson d’ouverture, est dédiée à Renee Good, une femme tuée par un agent de l’ICE, la police de l’immigration américaine, en janvier dernier. Les cinq autres titres sont dans la continuité de cette ligne très engagée. U2 évoque l’Ukraine, l’Iran, le mouvement Femme, Vie, Liberté… Comme un glas qui fait résonner les maux qui gangrènent un peu plus chaque jour chaque pays de notre planète.

Quand le discours artistique devient politique, il transcende les clivages de communautés, de races et de religions. Il devient témoin et relais pour une prise de conscience collective. Il annonce la nécessité d’un réveil massif. Dans les années 80, U2 gagnait les coeurs par justement sa brûlante prise de position, avec les violences entre l’IRA (l’armée républicaine d’Irlande) et Britanniques, les attaques, les tueries, le tristement célèbre Bloody Sunday… Si le groupe est toujours l’un des plus grands de la planète, et qu’il est populaire même auprès des nouvelles générations, c’est pour ses discours politiques. Chez nous, Kaya avait galvanisé des citoyens de toutes les couleurs de la même manière. Les oeuvres de tels artistes font fi du temps et des barrières.

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Pendant que les chrétiens observaient le mercredi des Cendres, les musulmans entraient de plain-pied dans le mois sacré du ramadan. Combien de Mauriciens réalisent la beauté et la chance de vivre dans un pays où le carême chrétien et le ramadan sont vécus dans toute leur plénitude et spiritualité ? Librement, sans aucune censure quelconque, sans obstacle ni pression ? Peu avant ces deux grands moments du christianisme et de l’islam, nos compatriotes hindous célébraient le très important pèlerinage du Maha Shivaratree. Et une poignée de jours avant, les Tamouls fêtaient Cavadee. Et il y a quelques jours à peine, les Sino-Mauriciens ont accueilli leur Nouvel An, sous le signe du Cheval de feu.

La force qui est caractéristique des Mauriciens, cette résilience face aux grands maux, a de tout temps triomphé face aux médiocres tentatives de division et d’enfermement. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes épargnés ni à l’abri, éternellement. Aujourd’hui, avec les fléaux modernes que sont les drogues de synthèse, la “black money” a infiltré quasiment toutes les sphères du pays, entraînant la corruption à grande échelle. Rendant notre vivre-ensemble encore plus précaire.

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Nos combats sont multiples. D’abord et surtout, contre ce vilain “simik” qui gangrène notre jeunesse, tue nos rêves et crève nos parents. L’urgence est là. Les autorités en sont conscientes. Reste à prendre les mesures qui s’exigent face, surtout, à l’impatience populaire. Le débat sur la légalisation, ou pas, du gandia est un aspect dans ce combat. Mais il ne recèle pas la solution complète au problème.

Pour limiter la casse, il faut absolument une levée de boucliers commune : gouvernement et population. Le gouvernement ne peut se dédouaner en évoquant la création de la National Agency for Drug Control (NADC) et la nomination de ses responsables. Il a le devoir de soutenir, d’accompagner et de concrétiser les projets que cet organisme préconise.

Et les citoyens ne peuvent se contenter de filmer et de mettre en ligne. Le temps est à l’action.

Husna Ramjanally

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