Reflexion : Le nerf de la guerre

Pour son message célébrant nos 58 ans d’indépendance, Navin Ramgoolam a mis en exergue le combat contre les drogues et les défis économiques. Deux axes cruciaux qui peuvent faire décoller le pays… ou le mettre à l’arrêt.
Chaque Mauricien est conscient que les drogues causent des ravages sans précédent dans toutes nos familles. Qu’il s’agisse du Brown Sugar ou des “simik”, les ravages sont immenses. Voir et entendre des parents se lamenter sur leur sort, parce qu’ils hébergent leurs fils ou filles toxicomanes ; écouter l’appel de détresse de toxicomanes actifs qui n’arrivent pas à s’en sortir ; être brutalement confronté au détour d’une rue à un jeune qui a consommé du “simik” et qui a perdu tout contrôle de son corps et de son esprit… Ce ne devraient pas être des éléments de notre quotidien. Et pourtant, c’est une triste réalité.
Si dans les années 1990 – 2000, la lutte contre le trafic de la drogue concernait essentiellement le Brown Sugar, le Subutex – médicament dont l’usage a été détourné – de nos jours, on ne sait plus vraiment quelles drogues ont été consommées. Durant ces vingt-cinq dernières années, avec l’apparition des drogues de synthèse – les fameuses “simik” – le manque de réactivité des autorités face au danger qu’elles représentaient, malgré les alertes et les avertissements, a fait qu’aujourd’hui le pays en est littéralement infesté !
Ajoutons à cela un élément très important : la complicité de certains politiques, les connivences entre les caïds et les autorités – spécifiquement la police et la prison – le cocktail explosif qui en résulte est en fait la situation dans laquelle se trouve actuellement le pays. À ce stade, seul le judiciaire ne semble pas avoir été corrompu. Sait-on jamais… Car la black money émanant du trafic a déjà infiltré nombre d’institutions – et non des moindres. Cette confirmation est d’ailleurs venue de la bouche de l’ancien Premier ministre et reste dans les annales.
Ramgoolam et ses chevaliers du Sanzman ont donc un énorme travail à abattre. Titanesque même. Et le temps ne joue absolument pas en leur faveur ! Mais la bonne volonté, la résilience et surtout l’intégrité peuvent, si elles sont cultivées, aider à changer la donne. Il est clair qu’avec la quantité de Mauriciens qui consomment les différentes drogues disponibles, il serait utopique de penser pouvoir gagner la guerre contre la mafia. Par contre, prévenir ceux qui sont vulnérables mais qui n’ont pas été piégés ; protéger les plus jeunes ; ouvrir des centres et des structures pour accueillir, écouter et aider ceux qui sont déjà dépendants ; ce sont là des pistes de sortie de crise.
Le nerf de la guerre, c’est l’argent. À Maurice, pour l’heure, le business du blanchiment en est un qui a conquis plus d’un ! Les descentes des limiers de la FCC dans les résidences de certains citoyens jusqu’ici au-dessus de tout soupçon en sont la preuve. L’étalage de richesses mal acquises fait le tour des réseaux sociaux… choque, sidère, consterne et déconcerte. Éberluant quand on se rend compte que ce sont des gens habituellement “bien”, ces M. Tout-le-monde, qui se laissent happer par l’appât de gains rapides !
L’argent, encore et toujours, cette fois au cœur du conflit au Moyen-Orient. La fermeture du détroit d’Ormuz n’arrange en rien les choses pour le reste du monde. Le commerce mondial en est sérieusement impacté. Et Maurice, même s’il représente un petit marché, ne sera pas épargné.
L’arrogance avec laquelle les “partners in crime” – Israël et les États-Unis – s’acharnent contre l’Iran et le Liban rappelle inexorablement l’obstination des soldats de l’IDF à Gaza. La vue de l’amas de débris qui représente désormais cette ville où survivent et reviennent des Palestiniens est un triste tableau de la folie humaine contemporaine. La famine qui gangrène ces résistants et survivants rend furieux. Et malgré les avertissements du monde entier, malgré les refus de certains États qui refusent de se jeter dans cette nouvelle guerre aux justifications les unes plus discutables que les autres, Trump et Netanyahou ne semblent vouloir faire marche arrière à aucun prix.
Trump brille par son manque total d’humilité et d’humanité. Selon ce shérif autoproclamé de la planète, chaque pays devrait suivre “ses” directives. Pourquoi ? Au nom de quoi ? Et de qui ?
Husna Ramjanally

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