Rasinn pe brile…

Un autre grand de notre pays est parti. Ram Seegobin a suivi Marsel Poinen. Ces deux-là étaient de fins observateurs de notre quotidien. Seegobin, acteur marquant de l’évolution sociale du pays ; Poinen, de la scène culturelle. Avec ces deux disparitions, coup sur coup, ce sont des pages entières de notre Histoire, notre culture, notre vivre-ensemble qui s’estompent.

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Des devoirs de mémoire – que nous espérons et réclamons fortement, d’ailleurs – perdureront pour que ne se perdent jamais ce que Marsel Poinen et Ram Seegobin ont contribué au pays. Parce qu’actuellement, notre société fait face à un cruel manque de culture, de connaissances, de réflexions, de débats, d’innovation… Et ces hommes, tant lorsqu’ils étaient jeunes que lorsqu’ils étaient au crépuscule de leurs vies, n’ont eu de cesse de garder vivantes ces flammes.

C’est dire qu’il reste peu de Mauriciens habités par le besoin et le désir de voir leur pays s’animer d’un même sentiment d’appartenance autour des idéaux. Ram Seegobin et Marsel Poinen ne faisaient pourtant pas cause commune sur le plan politique. Mais leurs idées, leurs pensées, leurs observations convergent dans une même direction : celle d’une île Maurice appartenant aux Mauriciens. De tous bords. Pas seulement à ceux qui détiennent le plus de parts à la Bourse ou dans les banques.

Il serait très injuste de ne pas reconnaître que quelques jeunes loups montrent leurs griffes. Bourrés de talents et animés de dispositions multiples, ils témoignent d’une ouverture d’esprit et d’un sens de l’engagement, un peu comme ceux prônés par les deux grands disparus. Ils ne sont pas légion. Quelques électrons libres – dont un surtout se revendiquant de la grande famille aquatique – évoluent, égayent, surprennent et, plus important, donnent espoir. À l’humour facile et gras de nombreux autres, celui-ci oppose humour noir, pince-sans-rire, avec, toujours, une lecture au second (parfois même, troisième !) degré. Tout y passe, de la politique aux plaisanteries, mais sans jamais tomber dans l’indécence, ni la vulgarité. L’on peut présumer que la relève est là. Même si pour l’heure, ces « espoirs » se comptent sur les doigts d’une seule main…

Leur terrain de jeu de prédilection : la Toile. À ce qui aurait été la Place aux Jeunes, ou Panorama et d’autres espaces d’expressions des années 80, les réseaux sociaux le sont aujourd’hui pour ceux qui sont nés dans les années 90/2000. C’est-à-dire, ces plateformes où les grandes plumes, les esprits les plus aiguisés et les maîtres à penser, ceux qui ont fait de la génération de Ram Seegobin et Marsel Poinen des fers de lance, des défenseurs assidus, d’autres grands de notre temps.

Ces étoiles filantes ne disposent pas des plateformes comme ceux qui ont vu éclore et s’épanouir les grands qui aujourd’hui tirent leur révérence. Pourtant, elles ont le mérite d’avoir ce petit grain de folie qui fait l’essence de ces mêmes grands. Puissent-ils parvenir à déployer leurs ailes encore plus, pour nous faire rêver, réfléchir et, pourquoi pas, agir !
Cette semaine encore, nos hommes en bleu ont été la cible de quelques citoyens se croyant hors-la-loi. Sans chercher à excuser ni dédouaner qui que ce soit, certaines réactions brutales contre les forces de l’ordre trouvent leur source dans les exemples des brebis galeuses. Ceux qui n’ont pas hésité à trahir leur uniforme pour quelques sous faciles, histoire de mettre du beurre dans les épinards… Malheureusement, les épisodes où nos policiers sont pris à partie tantôt par un groupe de rébarbatifs, tantôt par d’autres à la solde de caïds de la drogue, se succèdent. Et l’on n’en tire aucune fierté, c’est sûr. Quand de plus en plus d’énergumènes pensent qu’ils peuvent se moquer des lois et représentants de celle-ci, n’est-ce pas encore une triste preuve que nou rasinn pe brile ?

Les attentes sur les policiers – garants de la sécurité nationale – sont immenses. Quelques-uns s’éreintent à défendre et faire honneur à l’uniforme, face aux canards boiteux qui gangrènent l’ensemble. Un constat très triste : les locaux dans lesquels ces humains évoluent. Nombre de postes de police disposent de toilettes, coin cuisine, salle de repos ou endroit pour casser la croûte qui donnent davantage le haut-le-cœur. L’on ne demande pas des palaces cinq étoiles, mais des postes offrant des commodités décentes seraient un (bon) début…

Husna Ramjanally

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