Réforme électorale et violence de genre

Le lancement des Seize jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, organisés à l’initiative du Parliamentary Gender Caucus sous la présidence de la Speaker Shirin Aumeeruddy-Cziffra au Vaghjee Hall ce mercredi, a été un des moments forts de cette semaine pour plusieurs raisons. Cette exposition met d’abord en lumière une vérité sur laquelle, malheureusement, beaucoup de Mauriciens préfèrent garder le silence : la violence quotidienne, intime, insidieuse, qui écrase femmes, enfants, et parfois même les hommes.
La violence basée sur le genre continue de ronger la société mauricienne. Elle traverse nos communautés, nos classes sociales, nos familles, nos écoles, nos lieux de travail. Elle se manifeste dans les cris étouffés, les silences imposés, les regards baissés. Si les féminicides enregistrés ces derniers mois à Maurice, ou les victimes de cyberharcèlement qui finissent par se donner la mort, provoquent un réveil brutal dans la population, la peur et le silence reviennent souvent au galop.
À travers les tableaux exposés, les vidéos poignantes, les notes accrochées à un arbre symbolique, nous avons entrevu ce que les statistiques ne savent pas dire : la souffrance, la honte, l’isolement. Hans Ansah, jeune artiste et étudiant à l’Université de Maurice, présente un tableau saisissant qui, dit-il, témoigne et dénonce la domination du patriarcat qui subsiste encore dans la société mauricienne aujourd’hui. « Je vois cette violence quotidiennement dans ma propre famille et dans la société en général. Je suis bouleversé de voir autant de femmes subir ces différentes formes de violence et qui choisissent de rester chez elles par peur de se retrouver sur le pavé, ou acceptent de subir leur sort au nom de l’amour. Elles ont une perception de l’amour transmise ou imposée par leur mère et leurs grands-mères. » Il est heureux que les organisateurs aient prévu un cabinet où ceux qui le souhaitent pourront se confier en toute discrétion à des professionnels jusqu’à la fin de l’exposition la semaine prochaine.
L’ambiance conviviale et optimiste dans laquelle se déroulait la cérémonie d’ouverture a sans doute incité le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à annoncer, devant le vice-Premier ministre et les représentants du système onusien, que la réforme électorale et l’introduction de la proportionnelle – qui devrait assurer qu’un minimum d’un tiers des parlementaires soit des femmes – viendraient corriger la sous-représentation chronique des femmes au Parlement. Cette promesse occupe une place prioritaire dans le programme gouvernemental. Si Maurice veut se présenter comme une nation moderne, ouverte, juste, capable de défendre la dignité humaine, alors sa propre architecture électorale doit cesser de reproduire les inégalités qu’elle prétend combattre.
Par ailleurs, la suspension de la séance parlementaire par la Speaker n’est pas passée inaperçue. Il faut reconnaître que, dès le départ, l’opposition parlementaire représentée par Joe Lesjongard et Adrien Duval, mêlant interpellations et remarques politiques à la limite des Standing Orders, a essayé d’acculer le gouvernement, notamment concernant le coût de la vie. Cela avait donné lieu à un mano a mano entre le leader de l’opposition et le ministre Michael Sik Yuen, très combatif et très documenté. Le ton des échanges était tel que la Speaker avait dû donner des avertissements quant à la possibilité de suspendre les travaux afin de ramener les intervenants à la raison. C’est ce qu’elle a fait pour la première fois face à la confrontation verbale entre Adrien Duval et Shakeel Mohamed.
Les travaux ont repris après que la Speaker a reçu les excuses, entre autres, de Shakeel Mohamed, qui était allé la voir en gentleman. On s’attend à ce que l’opposition rebondisse sur cet épisode, avec Adrien Duval qui, dans une communication, dénonce « le recours systématique aux insultes abjectes et au bullying à son égard pour détourner l’attention sur des sujets embarrassants pour le gouvernement ». Il est également intéressant de noter les efforts faits par les backbenchers de la majorité « to keep the ministers on their toes », comme le souligne Shirin Aumeeruddy-Cziffra.

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Jean Marc Poché

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