C’était un vendredi saint.
Le père d’Oscar, sa mère, ses frères et ses sœurs rentrèrent chez eux après le Chemin de Croix de trois heures de l’après-midi (Neuvième heure romaine), heure de la mort du Christ. 
Descendant de sa voiture, son père se dirigea instinctivement vers la boite aux lettres, alors que le reste de la famille marcha vers la maison.
Il ouvrit la boite, et prit la seule lettre qui s’y trouvait. L’enveloppe semblait bizarre, et était presque impalpable. On pourrait même dire qu’elle avait l’air de venir d’un autre monde. Elle était grise, couleur de terre, et à son recto était écrit :
À mon père, ma mère, mes frères et sœurs Oscar, qui vous aime infiniment
Ce qui vint amplifier l’insupportable chagrin qui l’habitait depuis l’enterrement d’Oscar le matin même, mort noyé à l’âge de 15 ans, d’autant plus que l’après-midi, il avait revu défiler devant lui la route du calvaire avec, au bout, la mort atroce du Christ.
Il se dirigea vers les marches en pierre de leur demeure, s’assit sur la plate-forme du perron, et en commença la lecture.
Ma famille chérie,
Je sais que vous êtes accablés par une grande tristesse depuis que je m’en suis allé. Et il est tout à fait naturel qu’il en soit ainsi, surtout lorsque la mort frappe un enfant de 15 ans qui, j’ai la joie de le réaliser pleinement aujourd’hui, « faisait le jour dans votre âme et dans notre maison ».
Sachez, toutefois, que Dieu a des plans pour chacun d’entre nous qui ne nous sont pas toujours compréhensibles mais qui, en revanche, nous sont invariablement bénéfiques au bout du compte.
Qui peut, en effet, comprendre que « l’herbe pousse et que les enfants meurent » comme dit le poète. Mais lorsque nous y réfléchissons, nous découvrons que c’est parfois dans la souffrance que s’élève le Chant qui nous incite à ouvrir nos âmes aux grandes vérités.
Je ne vais pas être plus long aujourd’hui, mais dans trois jours je me manifesterai de nouveau, quand grands et petits célèbreront l’anniversaire de la résurrection du Christ, et de l’ouverture des Portes du Ciel aux hommes de bonne volonté.
Votre fils Oscar, qui vous aime aujourd’hui d’un Amour infini, celui-là même dans lequel il baigne actuellement, et pour l’éternité.
Le père d’Oscar se précipita alors à l’intérieur de la maison pour en faire la lecture à sa femme et ses enfants.
Après quoi, ils se mirent tous à attendre patiemment le jour de Pâques où, la chasse aux œufs, par les petits et les grands, serait précédée de la lecture d’une autre lettre venant de l’Au-delà.
Le dimanche, à peine sorti de son lit, le père d’Oscar courut vers la boite aux lettres. Allait-il trouver l’enveloppe tant attendue, ou est-ce que la première n’était qu’une mauvaise plaisanterie ? Il ne put s’empêcher de se poser la question, même si, pour être sûr que ce courrier venait bien d’Oscar, il avait fait boucher la fenêtre d’introduction des lettres de la boite.
Il l’ouvrit, et l’enveloppe était bien là avec, au recto, la même adresse que celle qui figurait sur la première. Il imagina qu’elle ait éclos, là, au douzième coup de minuit. Mais cette fois, tout en ayant l’apparence surnaturelle de la première, elle était de la couleur du ciel, et recouverte d’étoiles dorées qui scintillaient. Tremblant d’émotion, il se précipita dans le salon, appelant sa famille à venir vite le rejoindre pour en prendre connaissance. Et c’était, en l’occurrence, un message de joie et d’espérance qu’il allait lire à très haute voix à son épouse et ses enfants.
Ma famille bien-aimée,
Me voilà, depuis trois jours, dans le monde des esprits.
Il faut savoir que dans ce monde, l’intelligence est sans limite, la beauté absolue et l’Amour, infini. Et que tous ces esprits ne font qu’un avec Dieu.
Il faut savoir aussi que les pensées (Puisqu’il n’y a pas de langage), qu’il s’agisse de questions ou de réponses, sont immédiates. Si bien que j’ai compris, bien plus qu’à la vitesse de l’éclair, ce qu’était ce monde dans lequel j’étais entré pour l’éternité, en attendant que vous m’y rejoignez un jour.
Heureusement qu’il est donné parfois aux esprits du Ciel de se manifester sur Terre. Et c’est ainsi, à la seconde même où je pénétrais dans ce monde fabuleux (Je m’exprime là comme les hommes afin que vous puissiez me comprendre), que mes pensées pour vous, il y a trois jours, se sont métamorphosées en cette première lettre très particulière, au fond même de la boite aux lettres à laquelle je les destinais. Rien, en effet, n’est impossible à Dieu, et c’est avec joie qu’il répond favorablement à toute prière que lui font ces esprits dans un élan d’amour, et qui ne va jamais, bien sûr, à l’encontre de ses plans.
Aujourd’hui, je tenais à vous décrire ce monde idyllique où je me trouve depuis trois jours, et où je vous attends le moment venu. Et ce sont ces pensées-là qui se sont métamorphosées en cette seconde lettre. Puissent-elles suffire à atténuer votre chagrin, voire même à vous apporter la joie. 
Votre fils Oscar qui vous aime d’un Amour infini.
La lecture terminée, le père d’Oscar invita sa famille à se mettre à table pour le petit-déjeuner, avant de prendre la route pour la chasse aux œufs.
Et c’est le cœur rempli de joie qu’ils remercièrent le Seigneur pour ce repas et ceux qui l’avaient préparé, et lui prièrent, enfin, d’en donner un à ceux qui n’en avaient pas.
Avril 2023
