Russie: le Kremlin confirme le blocage de WhatsApp

La Russie a décidé de bloquer la messagerie américaine WhatsApp, très populaire dans le pays, du fait de la « réticence » de l’entreprise à respecter la loi russe, a confirmé jeudi le Kremlin, au moment où Moscou cherche à promouvoir une application locale plus facile à contrôler.

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Selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, l’autorité de régulation a pris la décision de bloquer WhatsApp et l’a « mise en oeuvre ». Mercredi, cette filiale du groupe américain Meta a dénoncé une tentative de la Russie de la « bloquer complètement ».

Dmitri Peskov a dans le même temps appelé les Russes à utiliser comme alternative l’application russe MAX, lancée en 2025, la présentant comme une « messagerie nationale en émergence ».

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« Chercher à priver plus de 100 millions d’utilisateurs d’une communication privée et sécurisée constitue un recul qui ne peut que réduire la sécurité des personnes en Russie », a dénoncé WhatsApp.

Pour l’heure, le blocage n’est pas uniforme sur le territoire russe. Un journaliste de l’AFP a ainsi pu joindre jeudi sur WhatsApp des personnes en Russie n’utilisant pas de VPN, un outil permettant de contourner ce type de restrictions.

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– Alternative russe –

Interrogée par l’AFP, une Moscovite a, elle, rapporté que l’application russe MAX, qui revendique plus de 75 millions d’utilisateurs, avait de fait déjà remplacé WhatsApp depuis près de deux mois dans les échanges avec l’école de sa fille.

Elle raconte que le professeur principal de sa fille leur a annoncé fin décembre que « toute la communication liée aux activités scolaires des enfants se ferait désormais via l’application Max », car « WhatsApp ne marchait plus du tout ».

« Les enfants ont aussi leur propre +chat+ de la classe sur MAX et utilisent cette appli pour échanger des messages et des photos entre amis », ajoute cette femme, sous couvert d’anonymat.

Interrogé dans le centre de Moscou jeudi, Vilguelm, ingénieur de 32 ans, balaye pour sa part toute crainte d’un isolement de la population russe, du fait des restrictions croissantes visant les moyens de communication étrangers.

« Il est peu probable, compte tenu du poids international de la Russie et de ce qu’elle représente pour le commerce mondial, que nous nous retrouvions dans une situation à la nord-coréenne où tout serait complètement bloqué », estime-t-il.

Cet homme qui ne donne que son prénom juge néanmoins préoccupant que les autorités promeuvent « activement » MAX. « Tout cela paraît un peu trop alléchant », dit-il, précisant qu’il teste des alternatives, notamment une application sud-coréenne.

– « Pigeons voyageurs » –

Natalia Nikolaeva, 23 ans, pense elle que ces restrictions nuisent aux échanges avec les personnes âgées qui « ne peuvent tout simplement pas passer » à l’utilisation de nouveaux moyens de communication.

Le régulateur russe a aussi imposé cette semaine des restrictions sur l’application Telegram, lui reprochant de violer la loi russe, dans un contexte de répression plus large menée contre les réseaux sociaux basés à l’étranger.

Telegram est l’un des deux services de messagerie les plus populaires en Russie, avec WhatsApp, dont le fonctionnement était déjà en partie bloqué dans le pays depuis janvier pour les mêmes motifs.

« Toutes ces ambiguïtés juridiques doivent être réglées dans le cadre légal et ne pas affecter les citoyens », plaide Ekaterina, une actrice de 47 ans qui affirme avoir encore réussi, la veille, à se connecter sur WhatsApp sans utiliser de VPN.

« Pour l’instant, il semble que cela fonctionne toujours, mais nous espérons que cette décision sera annulée », affirme-t-elle.

La messagerie MAX est pour l’heure beaucoup moins populaire. Proposée par le géant russe des réseaux sociaux VK, elle est présentée comme une super-application donnant accès autant à des services de l’administration qu’à des commerces en ligne.

Mais MAX ne propose pas de cryptage de bout en bout des conversations et des avocats craignent que l’application ne devienne un puissant outil de surveillance.

L’été dernier, la Russie avait déjà interdit aux utilisateurs de passer des appels sur Telegram et WhatsApp.

Vilguelm, l’ingénieur moscovite rencontré par l’AFP, ne semble pas plus inquiet que cela à ce stade. Il est « curieux » de savoir quelles alternatives s’imposeront. « S’il le faut, j’utiliserai des pigeons voyageurs », ironise-t-il.

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