Alors que la direction de la Private Secondary Education Authority (PSEA) a refusé d’accepter leur Bachelor in Business Administration, trois enseignants du secondaire à Rodrigues ont obtenu gain de cause devant la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation, auprès de laquelle ils ont déclaré litige. L’absence de la PSEA aux auditions organisées par la commission en septembre a été mise en exergue dans le rapport de cette instance de médiation. La PSEA a jusqu’au 22 décembre pour mettre en pratique la recommandation de cette commission en faveur de ces trois enseignants.
Ce verdict rendu par la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation risque d’avoir un écho retentissant à Maurice dans les jours à venir. En effet, depuis deux ans, la PSEA refuse d’accepter un certain nombre de diplômes universitaires dans différentes disciplines octroyés pourtant par l’Université de Maurice et d’autres institutions universitaires publiques, et figurant dans les dossiers des demandeurs pour une Teaching Licence. Ce refus de la PSEA a causé des préjudices à ceux concerés. Le plus controversable est que les mêmes diplômes sont acceptés dans le secondaire d’Etat…

S’agissant des trois contestataires à Rodrigues, se basant sur l’article 64 (1) de l’Employment Relations Act, Marie Francine Sarangue, Marie Claudette Azie Guillaume et Hans Denis Claude Albert (trois enseignants du REDCO) ont logé chacun une contestation auprès de la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation (instance du ministère du Travail) au mois de février de cette année, et ils ont bénéficié du soutien de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE) dans leur démarche. Les plaignants ont demandé à cette commission de statuer s’ils peuvent être considérés « as fully qualified educator » sur la base de leur Bachelor in Business Administration.

Cette commission avait alors convoqué toutes les parties concernées (les trois plaignants, l’UPSEE, le management du REDCO, qui est l’employeur, et la PSEA) a une réunion le 16 septembre et, le lendemain, à des auditions. Mais la PSEA n’était pas présente à ces deux rendez-vous. En effet, à la dernière minute, la direction de l’organisme de Beau-Bassin avait envoyé un fax à la commission pour lui demander d’organiser les travaux par visioconférence. Or, la loi stipule que cette instance de médiation « may conduct its proceedings in a manner it deems appropriate in order to determine any matter before it fairly and promptly ». Étant donné que toutes les autres parties étaient présentes, la commission a alors procédé aux auditions.

Lors des travaux, le président de l’UPSEE a affirmé que la PSEA avait, en 2017, accepté le diplôme Bachelor in Business Administration et que le syndicat avait appris, l’année suivante, que cette autorité ne reconnaissait plus le diplôme en question, et ce, sans donner d’explications. Les dirigeants de l’UPSEE ont souligné les « huge sacrifices » des trois plaignants « to complete their studies » et que ces derniers n’ont jamais été informés de la décision de la PSEA d’ignorer ce diplôme.

L’employeur des trois enseignants a déclaré que « la PSEA n’a jusqu’ici émis aucun communiqué à l’intention des écoles, ni fourni aucune justification » concernant sa décision de ne pas accepter ce diplôme universitaire. Dans son rapport en date du 23 novembre, cette commission écrit que lors des auditions, le représentant des trois plaignants ainsi que l’employeur de ces derniers ont affirmé qu’il n’y avait pas eu de circulaire ou de communiqué de la PSEA en 2018 pour les informer de sa décision de « non-recognition of Bachelor in Business Administration to teach in private secondary schools ».

Dans la conclusion de son rapport, cette commission de conciliation et de médiation déplore l’absence d’explications de la part de la PSEA pour justifier son refus, ainsi que le manque de communication de la part de cet organisme. « The PSEA has provided no justification for not recognising the qualifications of the disputants and failing to adjust their salaries accordingly. The PSEA also failed to inform the employer and disputants of their stand with respect to the Bachelor in Business Administration Degree in a timely manner », dit-elle. A la lumière de ses observations, cette commission « recommends the PSEA to recognise Marie Francine Sarangue, Marie Claudette Azie Guillaume et Hans Denis Claude Albert as fully recognised eligible to cross the Qualification Bar with effect from 13 octobre 2018 at latest by 22 december 2020 ».

On relève aussi dans ce rapport cette remarque de la commission au sujet de l’absence de la PSEA à la réunion organisée le 16 septembre ainsi qu’aux auditions du 17 pour permettre à cet organisme « to give its stand ». On peut ainsi lire dans le rapport : « The Director of the PSEA failed to appear in person or to be represented. » Selon des recoupements d’informations, la direction de la PSEA avait déjà décidé de ne pas être présente ni d’envoyer de représentants à Rodrigues pour ces auditions.

Soulignons que la Commission for Conciliation and Mediation est présidée par John Milazar, un haut gradé de l’administration à Rodrigues siégeant aussi dans plusieurs instances de haut niveau. « Il a de solides expériences en ce qu’il s’agit des résolutions des litiges entre employeurs et employés », confie un cadre de l’administration à Rodrigues. Les deux autres membres de cette commission de médiation sont Mary Jane Raboude et Marie Anick Sophia Tolbiz.

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UPSEE : « Un camouflet à la PSEA ! »
Encouragée par ce jugement rendu par la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation en faveur de ses trois membres dans l’île, l’UPSEE, qui a été partie prenante dans cette affaire, dénonce les nombreux cas de non-acceptation de diplômes universitaires par la PSEA survenus depuis 2018. Une question qu’elle compte d’ailleurs aborder lors d’une assemblée de ses délégués ce samedi.

Les dirigeants de l’UPSEE se disent en tout cas « très heureux » des conclusions de la Rodrigues Commission for Conciliation and Mediation, tout en « appréciant la manière dont se sont déroulés les travaux ». Ce syndicat a déjà envoyé une copie du rapport au président de la Commission de Conciliation à Maurice, car cette instance de médiation serait, elle aussi, en présence de plusieurs cas de litiges par rapport aux diplômes.
Il faut savoir que ce refus de la PSEA d’accepter certains diplômes a été décrié plusieurs fois par des managers de collèges privés.

Dans les milieux du secondaire privé, on laisse entendre que cette décision, qualifiée « d’arbitraire » et « d’injuste », de la PSEA a pénalisé de nombreux jeunes pour l’obtention d’une Teaching Licence, de même que certains enseignants ayant fait une demande de promotion ou d’augmentation de salaire auprès de leur employeur. Ce refus de la PSEA n’a pas permis aussi à certains enseignants qui voulaient se lancer dans d’autres matières, ayant bien sûr un lien avec le diplôme universitaire qu’ils ont obtenu, de le faire« À cause de cette décision arbitraire de la direction de la PSEA, plusieurs jeunes diplômés ont été privés d’un job d’enseignant. Nous sommes aussi au courant de cas d’enseignants qui n’ont pas eu l’autorisation de la PSEA d’enseigner dans des classes de HSC, alors qu’ils sont d’excellents enseignants selon leurs employeurs », nous dit Bhojparsad Jugdhambi, président de l’UPSEE. Le syndicat estime ainsi que la PSEA « ne pourra être indifférente » au verdict rendu par la commission. « C’est un camouflet pour la PSEA ! Après ce verdict, la PSEA devrait changer d’attitude, dans l’intérêt de l’éducation. Cette décision de la direction n’a jamais été avalisée par le board de cet organisme », affirme le président de l’UPSEE.

Selon nos informations, des nutritionnistes voulant enseigner la “Food and Nutrition” au secondaire, et qui auraient eu des propositions d’emploi en ce sens, se sont vus refuser une Teaching Licence par la PSEA. Alors que cet organisme exige un Degree en “Design and Technology” pour enseigner cette matière dans les collèges privés, le MGI, dans un appel à candidatures ces jours-ci pour des postes de Supply Teachers dans cette matière, accepte aussi, selon le document à notre disposition, un “Degree in Mechanical Engineering or Civil Engineering”.