La gouverneure de la Banque de Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor, a tracé la feuille de route du secteur bancaire. Entre transformation numérique et impératif écologique, la Banque Centrale entend consolider la réputation de la juridiction mauricienne sur l’échiquier mondial. Le message est clair : la stabilité institutionnelle de Maurice ne suffit plus. Pour rester compétitif, le Centre Financier International (CFI) doit désormais conjuguer innovation technologique et responsabilité environnementale. C’est, en substance, le plaidoyer prononcé par Priscilla Muthoora Thakoor devant un parterre de banquiers et de professionnels de la finance lors de la conférence de la Mauritius Bankers Association (MBA) à Port-Louis, hier.
Abordant le thème de la conférence, « De la compétitivité à la durabilité : l’impératif bancaire », la gouverneure s’appesantit sur le fait que la digitalisation n’est pas qu’un simple changement de canal de distribution, mais une refonte profonde des services financiers. Elle a évoqué le rôle de garde-fou de la Banque de Maurice (BoM) : « Notre approche est délibérée plutôt que permissive », a-t-elle martelé, soulignant que la confiance des clients est le socle de toute réforme.
D’entrée de jeu, Priscilla Muthoora Thakoor a fait un survol de la situation et les urgences de l’heure « We find ourselves at a critical juncture, where geoeconomic shifts and technological disruption are materializing with unprecedented speed. The world of finance is in a state of flux, and the decisions we make now will have lasting implications for our nation’s trajectory. A unified commitment to progress and resilience is essential. By enhancing our competitiveness, accelerating digitalisation across financial services, and embedding sustainability at the core of our strategies, we can secure the reputation of Mauritius as a trusted and forward-looking financial jurisdiction. Let us seize this moment to chart a bold course, ensuring that our financial sector not only adapts to change but leads it », fait-elle ressortir.
Situant l’enjeu dans le système bancaire, la gouverneure de la Banque Centrale trouve que « today, competitiveness is defined less by scale and more by coherence—coherence between regulation and innovation, between efficiency and trust, and between growth and sustainability. It is this balance that will determine our relevance in an increasingly selective global financial system. Digital banking forms part of this broader recalibration. It represents not merely a shift in delivery channels, but a rethinking of how financial services are designed, accessed and supervised. If properly governed, digital banking can widen access, reduce friction and strengthen system-wide efficiency. If poorly governed, it can amplify risk. The responsibility of the central bank is to ensure that progress occurs without compromising stability.”
Ainsi, Les nouvelles lignes directrices sur la banque numérique (Digital Banking Guidelines) visent ainsi à encourager l’innovation — notamment via l’IA et la blockchain — tout en blindant la cybersécurité et la gestion des risques. « Beyond digital banking, Mauritius is taking measured steps to broaden the depth and sophistication of its financial services ecosystem. Enhancing frameworks for wealth management and family offices, and facilitating the digitalisation of trade finance processes, are part of a wider effort to strengthen the role of Mauritius as a reliable platform for cross-border financial activity », estime-t-elle.
Face aux défis, qui se posent dans le secteur bancaire, la place de la juridiction au sein de l’International Financial Centre, la Banque de Maurice prône une coopération à toutes épreuves des différents Stakeholders. « The Bank of Mauritius continues to work closely with financial institutions, domestic authorities and international partners to reinforce supervisory standards and institutional capacity. Maintaining confidence in Mauritius as a financial jurisdiction requires constant investment in governance, transparency, and regulatory effectiveness. The continued success of Mauritius as an international financial centre will hinge on its ability to adapt swiftly to emerging trends, foster a culture of innovation, and nurture a skilled workforce. By doing so, Mauritius can not only defend its competitive edge but also unlock new avenues for sustainable growth, ensuring its status as a premier financial centre well into the future », recommande-t-elle.
La gouverneure de la Banque de Maurice affirmera que « the future of Mauritius as an international financial centre will depend on its ability to align innovation with trust, efficiency with resilience, and growth with responsibility. The Bank of Mauritius will continue to provide a steady and principled anchor in the transition. Yet, lasting success will require collective discipline and collaboration across the financial sector. »
L’autre pilier de cette intervention a été la finance durable. Alors que le marché mondial des obligations vertes dépasse désormais les 2 500 milliards de dollars, Maurice accélère sa transition. La gouverneure a ajouté que les risques climatiques ne sont plus « périphériques » mais représentent des risques financiers matériels pour les banques. « Sustainable finance should not be approached as a separate agenda, but as an integral part of prudent risk management and long-term value creation, » a-t-elle recnchéri.
D’autre pârt, à travers le Climate Change Centre, la BoM intègre désormais les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) dans la supervision bancaire. Priscilla Muthoora Thakoor a notamment cité le programme SUNREF, en partenariat avec l’AFD et l’Union européenne, comme un modèle de réussite pour canaliser les investissements vers les énergies renouvelables et la protection des écosystèmes marins.
« In addition, international collaborations—such as the SUNREF – Cap sur la Finance Durable programme in partnership with the EU and Agence Française de Développement (AFD)—are embedding climate risk considerations within macroprudential frameworks and supporting the development of climate risk models. Looking ahead, the influence of sustainability on key financial metrics such as asset valuation, collateral quality, and credit risk will only intensify », souligne-t-elle.
En modernisant les systèmes de paiement (MACSS) et en renforçant l’interopérabilité régionale, la Banque de Maurice se positionne comme un ancrage solide dans un environnement géopolitique et technologique en constante mutation.
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MBA: un rendez-vous appelé à devenir régulier
Une initiative sectorielle visant à mettre en lumière les opportunités et pistes de croissance liées à l’industrie bancaire mauricienne.
La Mauritius Bankers Association, en tenant sa conférence – From Competitiveness to Sustainability: The Banking Imperative –, hier, visant à mettre en lumière les opportunités et pistes de croissance liées à l’industrie bancaire, se donne pour ambition d’en faire un rendez-vous régulier. Les échanges d’hier se sont déroulés en présence de Jyoti Jeetun, ministre des Services financiers et de la Planification économique, de Dhaneshwar Damry, ministre délégué aux Finances ainsi que de Priscilla Muthoora Thakoor, gouverneure de la Banque de Maurice.
Intervenant Abrar Anwar, président de la Mauritius Bankers Association, déclare qu’ « en tant qu’acteur clé du centre financier international mauricien (MIFC), le secteur bancaire a souhaité rassembler toutes les parties prenantes pour discuter ensemble des enjeux de croissance, de l’innovation technologique, et de la finance durable. L’objectif de l’événement était de susciter une prise de conscience commune de ces enjeux, et de dégager des pistes concrètes de développement collectif pour ce secteur stratégique de notre économie.»
De son côté, Daniel Essoo, Chief Executive Officer trouve que « les intervenants ont souligné les opportunités qui s’offrent à notre économie et l’importance de maintenir la compétitivité de notre secteur financier par rapport à la concurrence émergente. J’espère que les participants ont dégagé une vision commune de l’avenir du secteur. »
Au cours des délibérations, les participants ont exploré trois principaux thèmes, inhérents au futur du monde bancaire, notamment les opportunités de croissance, la compétitivité et le positionnement stratégique liés au Mauritius IFC; les perspectives d’une banque digitale dans le contexte de la numérisation ; ainsi que les opportunités de la finance durable et le rôle clé des Development Finance Institutions (DFIs).

