Sorcellerie et Magie Noire. Voir Juger Agir

À l’ICJM, eut lieu le jeudi 6 juillet une rencontre avec Stefan Gigacz, en transit à Maurice.

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Spécialiste des travaux de Cardijn auprès des jeunes ouvriers, Stefan était à l’écoute des dynamiques et des problématiques mauriciennes dont l’assistance en faisait l’écho.

Voir Juger Agir, une méthode encore d’actualité ? 

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Edgar Morin mettait déjà l’accent sur la complexité croissante du monde, sur l’inadaptation de nos modes de pensée, de nos apprentissages et de nos modèles économiques. Il est ainsi indispensable de changer nos manières d’appréhender le monde, de l’analyser et de décider de nos actions, si petites soient-elles.

Cette complexité du réel sur notre petite île fait partie de l’immense complexité du monde dans laquelle la technologie a un rôle jamais entrevu auparavant. Nos réalités mauriciennes traversant les générations, genres et classes sociales soulèvent des interrogations majeures, répétitivement présentes dans la presse, colloques et conférences…Que faire devant l’impuissance des parents et ceux qui détiennent l’autorité, le désespoir des jeunes, le désarroi des militants, la perte de foi des croyants ? L’assistance, ce jeudi, ne parlait pas de nostalgie de ces années d’antan, façonnées pour beaucoup par Cardijn et marquées par un VOIR JUGER AGIR qui, de la base jusqu’à un certain niveau des décideurs sociétaux, pouvait transformer les voies de la reproduction sociale et économique. Si le feu de l’engagement brûle toujours, à voir l’assistance, il ne fait aucun doute que les jeunes sont ailleurs. Un ailleurs qu’il est très difficile de situer, de comprendre et à fortiori, de faire bouger.

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Le monde a pivoté. Des jeunes, socialisés dès leur plus jeune âge au virtuel, se coupent de la réalité difficile des liens sociaux et se fabriquent un univers idéalisé, désincarné. Leur estime de soi est largement tributaire du regard des pairs, le pouvoir du groupe supplantant celui des parents, éducateurs et autres modèles d’identification structurante. Les normes sont mouvantes, en conflit souvent. Les liens d’affiliation et/ou d’appartenance sont rompus. La transmission générationnelle s’efface devant l’imitation.  Le sentiment de sécurité est provisoire, toujours remis en question, les valeurs toujours changeantes, liées à la consommation.  La recherche d’approbation, d’admiration, impitoyable et toujours remise en question, est constante à travers vêtement, coiffure, chaussures, musique, attitudes comme un badge de reconnaissance afin d’échapper à la morosité ambiante et « exister ». Les réseaux sociaux, la publicité sont alors des pourvoyeurs de sens et de valeurs. L’intériorisation est celle du modèle du marché. Sans ancrage fort, ils naviguent dans un univers tourné vers l’éphémère dans lequel l’engagement n’a pas de sens. Vous avez dit sacrifice, altruisme, sublimation… ? Ne connais pas. La messe ? On s’ennuie. Y aura-t-il des gâteaux à la sortie ? Alors, peut-être….

Comment alors les amener à se réunir, parler, réfléchir et agir ? Le défi est réel. La méthode mise en place par Cardijn est certes toujours d’actualité mais face à un clonage médiatique, la disparition des cultures de classes et une culture mondiale hyper-standardisée, la méthode du VOIR JUGER AGIR attire difficilement. Déjà, à l’époque des aînés, faute de formation adéquate, elle semblait trop intellectuelle. Bla bla bla… a regretté un intervenant. Les vrais formateurs ne sont plus, l’accompagnement exigeant a disparu en cours de route.  Qu’en est-il aussi de l’engagement social aujourd’hui ? Et le Père Jean Maurice Labour d’évoquer les divers mouvements dans la mouvance du Renouveau Charismatique, œuvrant dans l’effusion de l’esprit et répondant à des besoins du surnaturel. Avec le déclin des idéologies, face au vide sociétal, la perte d’identités stables, nous avons basculé dans le repli sur soi, dans la recherche de l’émotionnel. Les affects dominent l’espace social et nous nous y glissons avec une grande complaisance. C’est le règne du fait divers, rapide, facile à raconter, ne demandant aucun effort de raison. Nous comprenons ce besoin fondamental d’expression de soi. Cependant, l’émotion, érigée en culte nous coupe du réel et nous fragilise. C’est dans ce changement du contexte social que les risques existent : excès d’émotion, illuminisme et attention portée sur les fruits de notre imagination, hystérie collective, fondamentalisme, évasion et manipulation.

Face aux souffrances, à la perte des illusions, à la complexité de la vie, sans culture de l’effort, il n’est pas anodin de constater – a témoigné une intervenante – l’ampleur du recours à la sorcellerie et à la magie noire. 

Sorcellerie et Magie Noire

Dès l’Ancien Testament, les pratiques de divination ou de magie sont sévèrement condamnées, dans pas moins de 25 textes différents (1). La croyance en l’existence de puissances surnaturelles, se retrouve dans le Nouveau Testament : « Ce n’est pas à la chair et au sang que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux ». St. Paul. Lettre aux Ephésiens 6, 12.

La sorcellerie a été connue de tous les peuples. Elle a ses rites et ses formules tout comme la religion et tend à se substituer à elle, en faisant croire à un pouvoir surnaturel mais où, il n’y a, le plus souvent que ruse, manipulation et imposture.

Les sorciers, disait-on autrefois, ont fait un pacte avec le diable, pour opérer, grâce à son aide, des prodiges et des maléfices. Ils connaissent les secrets de la nature, jettent des sorts et vont au sabbat. Les peuples primitifs acceptaient de bonne foi les oracles et attribuaient du pouvoir à certains signes, à des formules ésotériques. D’anciens auteurs, philosophes, historiens, poètes ont parlé d’amulettes, philtres, maléfices, prédictions et divination magique.

Exorcismes, invocations à St. Benoît, connu pour ses dons de prophétie, dont la médaille est utilisée dès le Moyen Age dans le combat contre les démons font partie de la tradition catholique. Dans l’Islam, al-Fatiha, al-Falaq, al-Nas et d’autres Sourates sont récités pour se protéger.

 

VOIR JUGER AGIR face à une situation
de « sorcellerie »

Les souffrances de ceux « atteints » et de leur entourage sont bien réelles ; il n’est pas question ici, d’une part, de réduire leur ampleur, d’autre part, de donner à penser que le VOIR JUGER AGIR dans ce domaine précis est un exercice relativement facile à mettre en œuvre. Nous sommes confrontés à des réalités qui dépassent le champ du visible et ce que les sciences exactes, notamment la physique quantique et les neurosciences tenaient pour acquis, est en pleine évolution. Nous avancerons, par conséquent avec prudence, en indiquant quelques pistes d’accompagnement au quotidien.

VOIR : L’écoute dans cette première étape est primordiale. Voir avec les personnes concernées ce qui s’est passé exactement dans l’histoire de la personne, les problèmes rencontrés, le ressenti, l’impact sur l’entourage, les liens avec d’autres événements de la vie de la personne et de sa famille, les actions entreprises pour y remédier. VOIR aussi s’il y a eu des cas parmi les proches ou des épisodes relevant de la maladie mentale. Déceler les suggestions faites quant à la croyance à un sort jeté par jalousie, dépit etc…et le recours à des rituels associés à la sorcellerie, « longanistes » et autres.

JUGER : Il s’agit ici de prendre du recul par rapport à ce qui fut VU. Discerner l’impact des suggestions sur la personne, son degré de crédulité, sa capacité à ne pas confondre des moments de déprime/dépression et autre trouble émotionnel à un sort auquel elle est assujettie, sans aucune défense. Juger, c’est aussi réfléchir à partir des textes sacrés, les replacer dans leurs contextes historiques quant à leur stade de la connaissance et les avancées scientifiques d’aujourd’hui sur l’existence de mondes parallèles, de forces invisibles, d’énergies subtiles. Juger, c’est ne pas rejeter à priori tout ce qui relève pour le moment de l’inexplicable sans pour autant tomber dans la croyance d’un paranormal ou d’un surnaturel, qui enlève la capacité de se ressaisir.

AGIR : L’action peut être réduite et pourtant efficace. Référer la personne à des spécialistes de la santé et/ou des personnes accréditées pour délivrer des forces du mal.

Médiums, chamanes, guérisseurs… selon eux, le monde serait peuplé de champs, d’énergies ou de consciences perceptibles à certains individus dotés de dons particuliers. Saint Benoît en fut un exemple, comme d’autres saints et saintes, proches du surnaturel.

« Le mental distingue le visible de l’invisible, mais les deux ne sont pas séparés. La réalité est uneEn Orient, j’ai rencontré des maîtres dont les capacités peuvent sembler extraordinaires. Mais ces phénomènes sont un peu secondaires si on les compare à la joie qui émane d’eux, à l’amour qu’ils sont capables de donner. Leur joie, leur amour, c’est ça qui est véritablement extraordinaire », dit le psychiatre Christophe Massin.

L’essentiel, ajoute-t-il, demeure l’ouverture du cœur, car « c’est elle qui permet de ne plus résister au courant de la vie ».

  1. Exemple : « Lorsque tu seras entré dans le pays que l’Eternel ton Dieu te donne, tu n’apprendras point à imiter les abominations de ces nations-là. Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. (…) Tu seras entièrement à l’Eternel, ton Dieu. Car ces nations que tu chasseras écoutent les astrologues et les devins ; mais à toi, l’Eternel, ton Dieu, ne le permet pas » Deutéronome 18, 9-11 ; 13-14).

 

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