Dr Diplal MAROAM
Le big bang attendu au sommet de Paris tenu les 22 et 23 juin dernier en vue d’instaurer un nouveau pacte financier mondial dans le contexte de l’approfondissement des inégalités entre États du Nord et ceux du Sud, et de la menace grandissante du réchauffement climatique, n’a pas eu lieu. La montagne n’a finalement accouché que d’une souris. 
Sur le plan écologique, les représentants des pays du Sud ne veulent, en aucun cas et à juste titre, payer les pots cassés pour les dommages infligés à notre planète par un développement économique insouciant et polluant des pays riches. D’autant que la promesse de compensation à la hauteur de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, formulée déjà en 2009 lors de la COP15 à Copenhague à l’égard des pays pauvres et en développement, est jusqu’ici restée lettre morte. Et selon l’ONG internationale, Oxfam, cette promesse paraît même dérisoire face aux besoins réels de ces pays, évalués à 27,000 milliards de dollars d’ici 2030 pour compenser leurs dépenses au niveau climatique et social.
En ce qui concerne les inégalités globales, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a tiré la sonnette d’alarme, estimant que « l’architecture financière internationale a failli à sa mission d’offrir un filet de sécurité aux pays en développement ». En effet, les institutions de Bretton Woods – la Banque Mondiale comme le FMI – créées il y a huit décennies de cela ne sont plus à même de répondre aux exigences du 21e siècle. D’ailleurs, à la création de ces institutions en 1944, la grande majorité des pays d’aujourd’hui n’existaient alors pas, comme c’était également le cas pour l’ONU et le Conseil de sécurité une année plus tard. Loin de combattre les inégalités, elles ne font que les exacerber davantage. En 2021, par exemple, selon les chiffres révélés par le Secrétaire général, les pays de l’UE ont reçu, en droits de tirage spéciaux (DTS), 160 milliards de dollars contre seulement 34 milliards pour les pays africains soit, en moyenne, 13 fois plus pour un citoyen européen qu’un citoyen africain.
D’autre part, si les pays riches ont pu générer les liquidités nécessaires pour relancer leurs économies après les crises financières, la pandémie de la Covid-19 et la guerre en Ukraine, tel n’a malheureusement pas été le cas pour les pays pauvres dont bon nombre d’entre eux subissent encore les effets de ces crises et catastrophes car ayant à faire face à des coûts d’emprunts particulièrement abusifs, parfois même jusqu’à huit fois supérieurs à ceux des pays développés, ce qui est complètement inacceptable pour ne pas dire profondément immoral dans les circonstances actuelles.
Et parmi ces derniers, pour des raisons évidentes, personne ne s’en émeut. Ainsi, à ce jour, plus de 50 États se retrouvent en défaut de paiement ou sur le seuil de cette ligne rouge. De nombreux pays à faibles revenus sont même contraints de dépenser plus pour le remboursement de leurs dettes que pour les soins de santé, l’éducation ou la sécurité alimentaire. Ce qui fait qu’en 2023, près d’un milliard de personnes sont en situation de famine et des millions d’autres pourraient, du jour au lendemain, basculer dans l’extrême pauvreté. Un recyclage de vieilles promesses non tenues pousse souvent les nations les plus vulnérables vers une plus grande dépendance sur les marchés des capitaux dont les conditions imposées ruinent, à la longue, toute perspective de sortir du marasme. Tout comme le serpent qui se mord la queue.
À Paris, le président Macron s’est félicité d’un « consensus complet pour réformer en profondeur le système financier mondial ». Mais qu’en est-il dans le concret ? Rien si l’on exclut les sempiternelles promesses telles une réallocation aux pays pauvres de 100 milliards de dollars en DTS, l’intention de la Banque mondiale de suspendre le paiement de la dette par les pays vulnérables en cas de catastrophes naturelles, la restructuration de la dette de la Zambie, etc. D’autres suggestions ont également été émises par Antonio Guterres – des durées plus longues pour les prêts, des taux plus bas et avantageux, etc. Mais, dans le fond, le problème d’endettement et des inégalités, bref, du sous-développement, reste entier. Idem pour le réchauffement climatique.
C’est pourquoi, réformer le système financier et économique actuel sans pour autant remettre en question son ossature même, c’est-à-dire, la croissance à tout prix, d’autant plus si celle-ci est réalisée à partir de la matière première polluante, ne mènera nulle part.
Un autre système complètement décalé de l’exigence des profits coûte que coûte et des intérêts pécuniaires à court terme, mettant l’accent sur le bien-être de l’homme, le développement humain, la sauvegarde du bien commun, comprenant, bien évidemment, la protection de notre maison commune, est tout à fait possible et réalisable. Il suffit tout simplement d’une dose de bonne volonté et d’une détermination inébranlable pour sortir des sentiers battus. Or, parmi les grands décideurs de la politique globale qui extraient, au maximum, les bénéfices du système financier et économique actuel, qui oserait même « clocher » le chat ? Et les divergences qui s’intensifient entre nations pour le contrôle de la géopolitique au niveau mondial et qui constituent un obstacle majeur à toute notion du changement, démontrent que le présent système financier et ses conséquences désastreuses sur les pays les plus vulnérables, ont encore de beaux jours devant eux.
