TOUR D’HORIZON : Pâques sous tension

Alors que la flamme pascale s’allumera dans les églises de Maurice, nos consciences sont interpellées par l’embrasement du Moyen-Orient. Le Pape Léon XIV rappelle un Dieu « qui refuse la guerre », tandis que Mgr Michael Durhône, évêque de Port-Louis, insiste : la paix commence dans nos choix quotidiens – respect, parole apaisée, solidarité. En ce temps de Pâques, cet appel à la fraternité résonne avec une acuité particulière dans un monde marqué par la violence et l’incertitude.
Sur la scène internationale, la guerre entre l’Iran et Israël, avec l’implication directe des États-Unis, s’inscrit dans une escalade inquiétante. Frappes aériennes et tirs de missiles dépassent désormais le cadre bilatéral. Malgré l’annonce du président américain selon laquelle la fin de la guerre serait proche, le risque d’un conflit régional durable, aux conséquences économiques et sécuritaires globales, est bien réel.
Maurice, bien que géographiquement éloignée, en subit déjà les répercussions. Notre économie ouverte, dépendante des importations, est particulièrement exposée aux chocs extérieurs. Les projections évoquent une inflation pouvant atteindre 6% et une croissance limitée à moins de 3% si la crise perdure. Les effets se font déjà sentir dans la vie quotidienne.
La hausse du prix du diesel constitue un facteur central : elle entraîne une augmentation en chaîne des coûts de transport, qui se répercute sur l’ensemble des biens et services. Cette pression inflationniste touche directement les ménages, déjà fragilisés. La menace d’une pénurie d’essence n’est pas à écarter dans un contexte d’approvisionnement incertain et de tensions sur les routes énergétiques internationales.
Le gaz ménager a déjà connu une hausse significative, la bonbonne passant de Rs 190 à 250, accentuant la difficulté pour les foyers les plus modestes. Dans le même temps, les boulangers réclament une augmentation du prix du pain afin de compenser la hausse de leurs coûts de production – énergie, transport, matières premières. Cette revendication illustre une réalité plus large : l’inflation ne se limite plus à certains secteurs, elle se diffuse progressivement dans toute l’économie.
Les prix des denrées alimentaires importées continuent d’augmenter sous l’effet combiné des coûts logistiques et des tensions internationales. Le secteur touristique, pilier de l’économie mauricienne, pourrait lui aussi être affecté par la hausse du coût du transport aérien et le climat d’incertitude globale, avec des conséquences possibles sur l’emploi et les recettes en devises.
À ces fragilités économiques s’ajoute une crise politique interne au MMM qui accentue le climat d’incertitude. Le conflit opposant Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall à quinze autres élus du MMM se poursuit et prend une tournure décisive. La majorité des élus a déjà entériné, au sein du bureau central et du bureau politique, une motion en faveur du maintien au gouvernement.
L’assemblée des délégués, instance suprême du MMM, est convoquée le 11 avril afin d’entériner ou non cette orientation. Si Paul Bérenger reconnaît être minoritaire au sein des instances dirigeantes, il maintient sa position après sa démission du gouvernement et évoque plusieurs options, dont, en dernier recours, la création d’un nouveau MMM. Il a également exprimé des doutes quant à la validité de la liste des délégués appelés à participer à cette assemblée, laissant planer la possibilité d’une non-participation.
L’absence de Paul Bérenger et de ses deux alliés à plusieurs séances parlementaires récentes renforce l’incertitude politique. Une prise de position est attendue dans les jours à venir. La question centrale demeure : à 81 ans, Paul Bérenger risque-t-il de perdre le parti qu’il a contribué à fonder en 1969 et qu’il a façonné pendant plus d’un demi-siècle ? Cette possibilité est envisagée malheureusement avec écœurement même en dehors du MMM.
Face à ces défis multiples – économiques, énergétiques et politiques – le gouvernement de l’Alliance du changement continue ses activités. La majorité des nominés politiques est encore en place. En termes de gouvernance, un important projet de loi sur les services financiers est actuellement examiné par le Parlement. La nomination d’un administrateur judiciaire (receiver) pour Silver Bank est considérée comme positive.
Maurice doit faire preuve de lucidité, de cohésion et de responsabilité alors que la menace d’une dégradation par Moody’s est réelle. En ce temps pascal, dans un monde traversé par les crises, c’est dans notre capacité à rester unis et solidaires que se construit l’avenir du pays.
Joyeuses fêtes de Pâques à tous !
Jean Marc Poché

EN CONTINU
éditions numériques