Tourisme – Campagnes de promotion : À la veille du salon de Berlin, les opérateurs s’interrogent

-  Les nombreux scandales, « une mauvaise pub » pour la destination de Maurice -  Hausse du trafic de drogue, érosion des plages, chiens errants  et insalubrité « n’aident pas à promouvoir la destination » -  L’animatrice Christine Bravo dans la presse française : « La côte est complètement ravagée, je suis catastrophée »

Les scandales se multiplient dans le pays de même que le trafic de drogue et ce, alors que le Premier ministre, Pravinbd Jugnauth, vient de concéder que les institutions sont gangrenées  par la mafia.

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C’est dans ce contexte particulier que les opérateurs touristiques se donnent rendez-vous cette semaine pour promouvoir le pays au salon international ITB de Berlin, se déroulant du 7 au 9 mars, grand-messe touristique mondiale qui a lieu chaque année dans la capitale allemande. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’auront pas la tâche facile au vu de la situation prévalant dans le pays ces derniers mois ;  et le moral n’est pas au beau fixe au sein de la délégation. et se permettent de s’interroger sur les perspectives.

Malgré la reprise du secteur touristique à l’échelle internationale et locale, tout ce qui se passe parallèlement dans le pays avec notamment la recrudescence du trafic de drogue, les différents scandales qui défilent jour après jour sans compter les agissements douteux de la police, notamment avec des cas de tortures révélés au grand jour, les cas de corruption qui se multiplient impliquant des personnalités, commencent à peser lourd dans la balance.

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« Tout cela représente une mauvaise pub pour notre destination, » fait-on valoir au sein de la délégation d’une trentaine d’opérateurs en partance pour Berlin, « c’est comme un boulet au pied alors que nous devons relancer la destination et que la compétition est de plus en plus forte parmi les destinations. » Car la sécurité et des institutions, qui fonctionnent correctement, constituent des piliers importants dans un pays, qui plus est pour une destination touristique. Ces piliers contribuent dans une large mesure à rassurer les visiteurs étrangers et même les investisseurs étrangers, explique-t-on.  Mais voilà que le Premier ministre annonce que les institutions sont maintenant infiltrées par la mafia. « Cela fait du tort à la réputation du pays à l’international, une pub dont nous aurions pu nous passer», dit-on à demi-mot, pour ne pas être repris par Lakwizinn.

Face à leurs partenaires étrangers qu’ils vont rencontrer au salon de Berlin, les représentants du secteur touristique mauricien tenteront de faire bonne figure et balayer les difficultés grandissantes de la destination, mais en coulisses, les commentaires vont bon train… Ce n’est pas toujours facile de trouver la parade face aux questionnements des voyagistes, tour-opérateurs et journalistes étrangers sur tout ce qui se passe dans le pays ces derniers temps, explique un hôtelier.

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« Les tour-opérateurs qui vendent Maurice doivent s’assurer que tout est correct dans une destination avant d’y envoyer des voyageurs. C’est normal. Les TO ont un devoir envers leurs clients, c’est pour ça que  la réputation du pays est très importante pour le secteur touristique. Car ils sont au courant de tout ce qui se passe, par internet et ce qu’on peut lire et voir dans les médias », fait-on comprendre.

Outre les voyagistes étrangers, les voyageurs potentiels se renseignent désormais davantage via internet  sur les destinations et ce qui se passe ces derniers temps dans le pays ne les encourage pas vraiment. Un tour opérateur local déclare que « depuis la présence des requins qui est minimisée par les autorités, jusqu’aux cas de vols et attouchements sur touristes, aux enquêtes bâclées, manipulées ou non résolues, aux plages érodées, sans compter les déclarations contradictoires ou le silence parfois assourdissant de nos dirigeants sur certains dossiers importants sont suivis de près à l’étranger, y compris par les ambassades ». Le malaise est tel que certains au sein de la délégation mauricienne espèrent que le vice-Premier ministre et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, fera le déplacement sur Berlin « afin de soutenir les opérateurs » et surtout de « servir de tampon face aux éventuels questionnements des voyagistes et de la presse internationale qui sera présente au salon. »

Le phénomène d’érosion côtière par exemple connaît une accélération alarmante ces derniers temps. À titre d’exemple, la région de Flic-en-Flac aurait perdu  deux mètres de plage en seulement 4 ans. « Il y a des moyens de lutter contre l’érosion mais rien de concret n’est entrepris à ce niveau et le phénomène s’est encore aggravé avec le raz de marée provoqué par Freddy, qui a eu des effets dévastateurs sur certaines plages du littoral Nord et Ouest ; c’est clair que cela n’aide pas à promouvoir la destination », affirment certains opérateurs.

Pire, la célèbre animatrice française Christine Bravo en a remis une couche récemment. Décrivant ses vacances à Maurice en janvier dernier, dans la presse française, l’animatrice fait un constat qui en dit long :  « la côte est complètement ravagée, c’est construction sur construction. C’est un crève-cœur. Moi qui ai connu l’île Maurice d’il y a 30 ans, je suis revenue complètement catastrophée. »

Outre les problèmes d’érosion, la question environnementale revient également sur le tapis, d’autant qu’elle est essentielle pour un nombre grandissant de visiteurs. Si certains professionnels de l’industrie n’hésitent pas à parler d’insalubrité  dans le pays, d’autres parlent du problème de chiens errants « qui n’est pas traité convenablement » et même des chiens empoisonnés sur les plages à la vue de tout le monde.

Pour conclure, un opérateur affirme que : « nous ne disons pas tout cela de gaieté de cœur ou juste pour critiquer, mais ce sont malheureusement les retours que nous avons de nos partenaires voyagistes étrangers. L’autre jour, l’un d’entre eux m’a demandé poliment : mais qu’est-ce qui se passe à l’ile Maurice ? Nous devons travailler sur ces problématiques de manière urgente afin que Maurice ne perde pas encore de sa compétitivité. »

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