En pleine transition énergétique, le groupe Alteo se positionne déjà en pionnier dans l’industrie agricole, ayant pris l’engagement de passer à zéro émission carbone d’ici cinq ans. C’est d’ailleurs dans cet objectif qu’un de ses projets phares est la construction d’une nouvelle centrale dont la production électrique sera à 100% à base de biomasse. Équipée de technologies de pointe, la nouvelle centrale lui permettra de produire environ 140 GWh d’électricité en moyenne chaque année, soit un taux qui est à 1,75 fois supérieur à la production actuelle, et ce en utilisant la même quantité de bagasse. Cela équivaut à une hausse de 60 GWh d’énergie renouvelable dans le mix énergétique à l’échelle nationale.
À quelques jours de la présentation du budget, Javesh Boodnah, Chief Finance Executive d’Alteo, explique l’importance de la transition énergétique pour l’économie et la concrétisation du Biomass Framework, attendu par tous les opérateurs.
Qu’attendez-vous de la présentation du budget ?
Nous avions très favorablement accueilli le National Biomass Framework annoncé par le gouvernement en 2020. Ce cadre permettra de structurer de manière équitable et pérenne les efforts de beaucoup d’entreprises vers la transition énergétique.
Outre d’insuffler une nouvelle vie aux plantations de canne qui se verraient plus facilement produire de la bagasse tout au long de l’année, le National Biomass Framework motiverait aussi le développement d’autres formes de biomasses, tels les copeaux ou sciures, ce qui créerait d’autres opportunités d’innovation dans le secteur.
Il est impératif aujourd’hui que le National Biomass Framework soit mis en application concrète, et c’est ce que nous espérons voir ressortir dans le prochain budget national. Nous nous attendons à ce que les politiques et la législation soient mises en place pour permettre au Framework d’éclairer le chemin de façon tangible et réelle pour l’ensemble du pays en ce qui concerne la transition énergétique. Sans cette application concrète au niveau national, les entreprises se retrouveront sans cadre pour déterminer la marche à suivre, mais surtout sans le soutien dont elles ont besoin.
Faudrait-il mettre en place des partenariats public/privé pour la mise en œuvre de projets de production d’énergie renouvelable ?
À notre niveau, Alteo reste déterminée à donner le ton au secteur en matière de développement durable et responsable. Notre parc de panneaux photovoltaïques, Helios Beau Champ, construit en partenariat avec QAIR, témoigne de notre engagement actif en faveur de l’énergie renouvelable, et nous comptons en ce moment plusieurs autres projets d’énergie éolienne et solaire au-delà de la nouvelle centrale 100% biomasse.
Mais il ne fait aucun doute que la transition énergétique, comme tous les autres aspects du développement durable, n’est pas l’affaire d’une ou de deux entreprises avec une conscience environnementale. L’effort dans ce domaine doit être concerté, que ce soit aux niveaux sectoriel, national, et même mondial.
Alteo tient déjà des discussions ouvertes et régulières avec les autorités, mais nous nous joignons aussi aux associations, notamment la Chambre d’Agriculture et Business Mauritius, et siégeons sur plusieurs comités et groupes de travail autour du développement durable. L’objectif est de travailler ensemble, entre secteurs privé et public, pour que les entreprises et l’économie nationale puissent accompagner et non subir la transition énergétique qui, aujourd’hui, est aussi inévitable qu’elle est nécessaire. Si ensemble nous allons atteindre l’objectif national de 60% d’énergie renouvelable dans le mix énergétique d’ici 2030, il nous faut consolider et approfondir ces collaborations.
En 2022, la part d’énergie renouvelable n’était qu’à 24%, ce qui indique qu’il reste du chemin à parcourir. Et si la rémunération de la bagasse à hauteur de Rs 3,50 le kWh a été une bouffée d’oxygène pour toutes les parties prenantes du secteur, cette démarche ne reste qu’une étape qui doit être suivie d’actions encore plus fortes et réalisables à long terme. C’est là que nous maintenons qu’une mise en œuvre structurée du National Biomass Framework est devenue à présent cruciale.
La guerre entre la Russie et l’Ukraine a tout chamboulé sur le plan énergétique. Un an après, quelles leçons doit-on retenir ?
Dans un monde où les frontières se sont tout récemment rouvertes, et qui se retrouve à maintenant devoir se protéger contre les effets du conflit russo-ukrainien, l’autosuffisance est devenue le mot d’ordre pour beaucoup. À Maurice, malgré notre dépendance considérable sur les produits importés et notre vulnérabilité en tant que petit Etat insulaire, la tendance vers l’autosuffisance n’est pas pour autant hors de notre portée.
En termes d’énergie, avec un bon cadre régulateur, le pays pourrait prétendre à une production d’électricité qui dépendra bien moins des combustibles fossiles, et de plus en plus de la biomasse produite localement, ou encore des énergies solaires et éoliennes.
Concernant les pressions inflationnistes que connaît le pays – pressions qui n’ont pas l’air de vouloir se relâcher dans un avenir proche – l’autosuffisance alimentaire pourrait présenter une solution réalisable dans le court et le moyen termes. Et cette autosuffisance n’est pas impossible.
À Alteo, par exemple, nous avons des serres de tomates cultivées sans aucun produit de synthèse et qui produisent des tomates toute l’année, et dont la production annuelle s’élève à environ 200 tonnes, chiffre que nous prévoyons de tripler à moyen terme. Nous avons aussi lancé un ambitieux projet d’élevage de cerfs en semi-liberté à La Louise, ce qui nous permettra de fournir de la viande de cerf fraîche toute l’année.

