TRASH TO MUSIC : Kan Chan Kin, l’artiste de la récup

L’artiste polyvalent Kan Chan Kin sera le 30 août au Caudan Arts Center pour présenter son projet Trash to Music. Sa démarche est à saluer puisqu’il est parvenu à fabriquer des instruments de musique à partir de matières de récupération et de déchets, soutenu dans sa quête par la Commission de l’océan Indien et le ministère des Arts et de la Culture. Sa mission est d’éveiller les consciences à travers l’art. Grâce à Trash to Music, l’artiste montre que jouer d’un instrument fait à partir d’une boîte de conserve peut aider à la sensibilisation. Il véhicule ainsi un message important : transformer les déchets qui polluent l’environnement en opportunités.

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À Beau-Bassin, son lieu de résidence, Kan Chan Kin fabrique des instruments de musique à partir des déchets jetés dans la nature dont des boîtes de conserve, des trombones fabriqués à partir de tuyaux en PVC, le bobre, fabriqué avec le filament du fil électrique, le Hang Drum avec une bonbonne… Chez lui, tout est récupéré, transformé avec ses doigts habiles. Il parvient à assembler des boîtes de conserve et quelques fils qu’il transforme en guitare. Et lorsqu’il égrène des sons de son instrument, son auditoire est sous le charme. C’est principalement de ces instruments qu’il s’inspire pour ses partitions.

Kan Chan Kin a une vocation artistique et une âme écolo. Ancien DJ de musique électronique, créateur de la marque de vêtement Endjoy, il a découvert qu’il était en osmose avec la nature et que c’était une nécessité pour lui de transformer des déchets en instruments de musique. « Nous trouvons ces objets dans les rues, les poubelles sont une vraie menace pour notre environnement. Je ne suis pas resté passif, et j’ai choisi d’apporter ma contribution d’artiste en m’engageant dans de nombreuses campagnes. »

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Dans un premier temps, il s’engagera auprès des enfants, des écoles ZEP et les sensibilisera lors d’ateliers aux dégâts de la pollution sur notre environnement. Ayant une notion dans la fabrication des instruments en bambou et en bois, Kan Chan Kin pousse plus loin l’expérimentation en travaillant avec des boîtes de conserve, des tuyaux en PVC. Lui-même est le premier étonné devant la gamme de sonorités qu’il arrive à distiller à travers ces divers instruments. « Il y a plusieurs choses positives qui découlent de ma mission, comme démocratiser l’accès à l’art, stimuler une vision créatrice du monde et surtout familiariser les jeunes avec le bricolage. »

L’idée fait du chemin et graduellement, son projet prend de l’ampleur et lui permet de produire des vidéos de tutoriels Trash to Music sur YouTube. Son projet est salué à l’international. « L’émerveillement des gens qui découvrent les sons qu’on peut produire avec de simples objets de notre quotidien m’a donné cette force de persévérer, et surtout de continuer à transmettre mes connaissances. Je continue toujours à expérimenter des sons sur le didgeridoo que j’ai fabriqué et même le luth. »

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Des sons musicaux à partir des déchets

Son procédé connu comme l’Upcycling est très apprécié du grand public et consiste à transformer les déchets en matériaux pour en faire une nouveauté. Han Chan Kin exploite donc la filière des instruments musicaux, son dada. Une manière pour lui de combiner sa passion de la musique à l’art et la protection de l’environnement. Fer salte vinn lamizik, la trouvaille semble ingénieuse. Raison pour laquelle il a créé le mouvement Ennlosea Vivab en 2017. Mais le vrai déclic s’est produit chez lui à partir de la fabrication du didgeridoo en 2015 avec des tuyaux en PVC et carton. C’est d’ailleurs lui qui a introduit des ateliers de didgeridoo, instrument propre à la culture des aborigènes d’Australie. « Je fais des ateliers pour conscientiser les jeunes sur les dégâts de la pollution sur l’environnement. Comme graphiste, je vois d’année en année les gens jeter leurs ordures dans la nature. L’expo Trash to Music découle de cette frustration qui s’est muée en une forme de positivité. J’ai agi en prenant conscience des problèmes et en proposant des solutions créatives à ces problèmes environnementaux, c’est cela la force de Trash to Music. »

À ce stade, il a répertorié 23 instruments de musique traditionnellement utilisés dans le monde et dans notre île pour les inscrire dans la mémoire collective. Pour cela, il a aussi écrit un livre, From Trash to Music, avec des conseils pratiques pour fabriquer ces instruments à partir des déchets et en jouer. On apprend ainsi que le bobre ou arc musical est un instrument hérité à Maurice des esclavés malgaches. D’où l’idée de remettre au goût du jour ce patrimoine, pour que l’héritage de nos ancêtres puisse perdurer. Rien n’échappe à l’œil vigilant de l’artiste, il n’hésite pas à plonger ses mains dans les ordures. Et parfois des compagnies ayant des déchets qui peuvent être recyclés font appel à son expertise.
Cette passion s’est déclenchée chez lui durant la période de confinement lié au Covid : il a fabriqué alors un tanbour lamok avec une boîte de conserve et une bouteille en plastique. Ses créations lui ont même valu une visibilité sur la chaîne internationale CNN Africa en 2021. Ses tutoriels vidéo sont aussi bien appréciés dont la fabrication de ravann kare qui est travaillé à partir d’une bouteille en plastique et du bois.

Le 30 août, il invite les Mauriciens à son exposition au Caudan Arts Centre où il présentera également son livre qui sera en vente, From Trash to Music. Il espère que cet ouvrage puisse être adopté dans des écoles et inspire des générations futures pour qu’elles puissent apprendre des instruments de notre culture mauricienne. L’artiste a été décoré en 2021 par la République de Maurice pour sa contribution dans le domaine artistique et environnemental.

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