C’est un cas qui choque. À tel point que ce sont des membres de la force policière eux-mêmes qui ont donné l’alerte sur le cas de cet homme, détenu par le Passport and Immigration Office depuis deux mois. Venu à Maurice pour travailler sur un bateau de pêche, il s’est retrouvé en litige avec son employeur, qui l’a accusé d’avoir abandonné son poste. Faute de billet d’avion pour rentrer à Madagascar, il est maintenu en cellule.
Ce ressortissant malgache était jusqu’à tout récemment le capitaine d’un bateau de pêche mauricien. Mais depuis le passage du cyclone Belal, son employeur a mis un terme à leur collaboration. Un de ses compatriotes à Maurice explique : « ll ne s’est pas présenté après le passage de Belal, car il croyait que le bateau ne sortirait pas en raison du mauvais temps. Son employeur a aussitôt déclaré qu’il avait abandonné son poste. »
Traqué par le Passport and Immigration Office, le capitaine malgache a été arrêté puis placé en détention à Plaisance. « Cela fait deux mois qu’il est là. Il dit que son employeur refusait de payer son billet de rapatriement », fait-on comprendre.
Devant une telle situation, des membres de la force policière ont alerté le Syndicat des Pêcheurs (SDP), car le ressortissant n’a aucune relation à Maurice et on ne sait quand une solution sera dégagée dans ce cas. Judex Rampaul, secrétaire du SDP, déplore cette manière de faire. « Il faut que les employeurs réalisent que ces travailleurs sont des êtres humains. Ils viennent ici pour travailler et n’ont aucune voix pour les défendre. Qu’importe ce qui a pu se passer, il faut trouver un moyen pour régler le litige, et non pas laisser cet homme en cellule tout ce temps », dit-il.
Judex Rampaul fait ressortir que beaucoup de Malgaches sont engagés sur des bateaux de pêche mauriciens, faute de main-d’œuvre. « Même si ce sont des étrangers, il faut bien les traiter. Il y a des lois à respecter », ajoute-t-il. Il se demande ainsi si ce cas n’est pas que le sommet de l’iceberg. « Combien d’autres cas comme cela y a-t-il encore ? » se demande-t-il.
En attendant, il souhaite que les autorités réagissent car selon les lois du travail, l’employeur est responsable de son rapatriement. « Pour faire venir un travailleur étranger, on doit avoir une garantie bancaire », avance-t-il.
Au ministère du Travail, on indique qu’il y a des procédures à respecter avant le rapatriement de tout travailleur étranger. « S’il y a un litige avec un travailleur étranger, l’employeur doit en informer le ministère. Il y aura ensuite une enquête pour voir si les faits sont avérés. Il faut aussi vérifier si le travailler a eu droit à tous ses Benefits avant qu’il ne quitte le pays », explique un porte-parole.
Une enquête sera ouverte sur le cas de ce capitaine malgache.
Par ailleurs, Judex Rampaul attire également l’attention sur le cas de l’équipage de l’Isuru Putha 2, bateau sri-lankais intercepté pour pêche illégale dans nos eaux territoriales en octobre 2023. Il plaide ainsi pour que les procédures judiciaires s’accélèrent et que les pêcheurs puissent être fixés sur leur sort. « L’équipage est maintenu sous surveillance au Seafarers Centre depuis six mois. Ils ne peuvent se déplacer. » Il se demande également si, dans de telles situations, ce n’est pas le capitaine qui doit être détenu pour enquête, et non pas tout l’équipage.
L’Isuru Putha 2 avait été arraisonné le 20 octobre dernier alors que le CSG Barracuda de la National Coast Guard assurait la surveillance dans notre zone économique exclusive. Lors de cette opération, 50 requins avaient été retrouvés dans une cale, selon la police. Le but de l’enquête était de déterminer si cette pêche avait eu lieu dans les eaux mauriciennes ou ailleurs. Le bateau n’était en outre pas en possession d’un permis des autorités mauriciennes.

