La vidéo de 4 minutes et 56 secondes est vite devenue virale, hier. On y voit, en images floutées délibérément, A., une jeune Bangladaise de 24 ans, qui s’entretient avec une journaliste d’une chaîne de télévision. Elle raconte comment, alors qu’elle se trouvait à Maurice pour travailler dans une usine, elle a été victime de viol et de chantage, puis déportée. Elle allègue que son agresseur n’est autre que le patron de l’usine où j’avais décroché un job. Suivant la diffusion de ce reportage sur cette chaîne de télévision du Bangladesh, une plainte formelle a été logée et une demande de la part d’un ministre Bangladais a été faite auprès de la mission diplomatique du Bangladesh à Maurice, afin qu’une enquête soit instruite et que la lumière soit faite sur cette affaire.
« J’ai été brutalement prise à partie par le propriétaire de l’usine, où j’avais décroché du travail. Il m’a empêchée de crier, en plaçant sa main sur la bouche, et m’a violée… Il a menacé de circuler la vidéo, afin d’acheter mon silence. Et il a recommencé à me violer à plusieurs reprises », déclare la jeune femme.
« Je ne me suis pas laissée intimider et je lui ai dit que j’allais le dénoncer… », poursuit-elle. À partir de là allaient commencer ses déboires, dont sa déportation même si son permis de travail était de trois ans. Elle dénonce également “des agents recruteurs, qui font partie de ce réseau de Human Trafficking ». À son retour au Bangladesh, il y a plusieurs semaines, A. s’est retrouvée enceinte.
Elle évoque également le fait que “plusieurs autres femmes, toujours des ressortissantes étrangers, sont victimes de ce patron d’usine.” Elle a donné des détails quant aux agents recruteurs, eux aussi Bangladais, qui, selon A. “agissent comme intermédiaire auprès de ce gérant d’usine, pour lui fournir des filles…” Elle parle également d’une « maison où l’homme garde certaines des femmes qu’il viole comme des esclaves sexuelles. Une jeune femme Malgache qui a également été violée, s’y trouve. Elle est aussi enceinte ou alors elle a déjà donné naissance à son enfant. C’est une sorte de prison où il garde ses victimes…», allègue-t-elle.
Pour le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, qui a posté la vidéo en question sur sa page Facebook, depuis jeudi après-midi, « cette affaire salit énormément, une fois encore, l’image de Maurice dans le reste du monde ! Notamment au Bangladesh, où on recrute de la main-d’oeuvre… Il faut absolument que l’État mauricien réagisse vite et bien ! »
Ce qui amène la CTSP de réclamer, également, « des actions rapides et concrètes de la part du gouvernement mauricien ». Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, fait remarquer que « nous avons, à plusieurs reprises, dénoncé le manque d’arsenal légal pour protéger les travailleurs étrangers, qui sont très vulnérables. Cette fois, les accusations sont très graves. Et en ce qu’il s’agit de ce patron d’usine, nous savons qu’il parvient, à chaque changement de régime, à se mettre dans les bons papiers des politiques en place… »
Depuis jeudi, les réactions de la part des travailleurs étrangers pleuvent littéralement et ils se disent prêts à témoigner et le syndicaliste Beegun lance un appel « aux politiciens et à la police, pour faire diligence, et prendre au sérieux les pistes données par A. dans sa vidéo ».