VIGILANCE, VOLONTÉ ET “EXTREME CAUTION” : Secteur financier : des leçons à tirer !

NANDO BODHA
Député et ancien ministre

La Financial Action Task Force (FATF) plaçant Maurice sur la liste grise avait envoyé une onde de choc à travers le pays et créé un certain traumatisme dans le secteur financier car cette décision mettait en cause la réputation et l’intégrité même du centre financier. On a mis en exergue les problèmes essentiels de « effectiveness » et « technical deficiencies ». S’en est suivi un combat incessant depuis pour faire que Maurice sorte de cette liste, car la décision de la FATF plaçait le pays automatiquement sur la liste noire de l’Union européenne.

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Les autorités, le secteur privé et le secteur financier lui-même ont entamé toutes les démarches pour trouver des solutions. Ainsi, depuis mai 2020 et ce, pendant un an, jusqu’à ma démission (en février 2021) j’ai œuvré, à mon niveau dans cette voie.

J’ai personnellement entamé des efforts auprès de tous les ministres de l’Union européenne et des représentants des pays membres de la FATF, l’Elysée et la Home Office, entre autres; il y avait un grand problème au départ même, il fallait surtout pour que l’Union européenne n’ajoute pas de critères additionnels propres une sortie de sa liste après une éventuelle décision favorable de la FATF.

Il y a eu ensuite les engagements auprès des institutions européennes, notamment la Commission, les experts et au niveau des cabinets-conseils recrutés par le public et privé. C’est une bonne chose pour le pays que la session plénière de la FATF de ce mois permet à Maurice de sortir de la liste grise de « jurisdiction under increased monitoring ».

Maintenant, pour que notre centre financier puisse être à nouveau crédible et de grande réputation, il faut absolument qu’on prenne bonne note de ce qui vient de se passer et que l’on maintienne une vigilance accrue et que « l’Extreme Caution » soit de mise quant à l’intégrité et la transparence à tous les niveaux.

La vérité est qu’on vient tout juste de sortir d’une liste peu enviable. C’est comme si nous avons purgé une peine de 18 mois pour des erreurs commises. Et notre passé est toujours marqué par des failles, des erreurs ou des négligences.

Ce n’est pas une victoire politique. On est contents mais le plus dur est devant nous. On doit reconstruire la confiance, et le chemin est long. Il nous faut la volonté politique et le respect des institutions pour que Maurice devienne un vrai centre financier crédible, respectable et au-dessus de tout soupçon d’irrégularités et de maldonnes financières.

La lutte contre le blanchiment doit se faire à tous les niveaux, à commencer dans le pays. La « non-effectiveness » des institutions avait été une des faiblesses majeures. Il est grand temps que Maurice redore son image.

La situation dans le monde financier est devenue encore plus complexe avec l’avènement de la pandémie de Covid-19. Il est aussi question de nouveaux défis relatifs aux flux de transferts financiers transnationaux, et à la mise en oeuvre de plus en plus évidente de la Global Minimum Corporate Tax pour exiger que les grandes compagnies soient incorporées dans leur pays d’origine.

Il reste aussi à accomplir tous les efforts pour qu’on parvienne à honorer les critères imposés par la Grande-Bretagne et ainsi sortir de sa liste noire à elle. Il importe de tirer les leçons de ce qui nous est arrivé quand Maurice s’est retrouvée sur la liste noire de l’Union européenne.

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