… And all the men and women merely players. » Pour reprendre intégralement la citation de Jacques, dans la scène VII de l’acte 2 de la comédie shakespearienne As You Like It. Une citation on ne peut plus appropriée en cette rentrée 2021, qui s’est déroulée dans une ambiance empreinte de tensions et d’étincelles ! Provoquée principalement par l’imposant déploiement de la force policière, toutes unités confondues, lors de la comparution en cour de Port-Louis du ministre du Commerce et colistier du Premier ministre dans la circonscription No 8, Yogida Sawmynaden. Du coup, on se serait cru propulsé en plein dans un blockbuster américain signé des maîtres du genre, style Jerry Bruckheimer (Bad Boys, Armageddon, Con air, The Rock…) ou Roland Emmerich (Independence Day) ! Était-ce du cinéma ou la réalité qui s’étalait sous nos yeux ébahis, voire traumatisés, de voir une aussi soudaine tension s’installer ?
Policiers en uniforme et en civil, tireurs d’élite (snipers) sur les toits des bâtiments environnants, “garde-bâton”, SMF, GIPM, SSU, blindés et autres véhicules parés à toute éventualité et tout un périmètre sécurisé autour de la cour de Port-Louis, paralysant ainsi la circulation dans les artères avoisinantes de la capitale. Quasiment tout l’effectif de la police du pays était de sortie ! Non pas pour assister ou participer à quelque activité nationale, ou pour effectuer quelque “drill”. Ni pour assurer la protection, la sécurité et le bon déroulement des choses dans le cadre de la présence d’une forte personnalité internationale, du gabarit du pape François, chez nous. Non. Tout cela parce que dans une “private prosecution”, l’épouse de l’agent du MSM décédé, Soopramanien Kistnen, a logé une accusation contre le ministre Sawmynaden, pour emploi fictif. Kistnen qui, il convient de le rappeler, a trouvé la mort il y a quelques mois dans des circonstances douteuses qui attendent toujours d’être élucidées, avec une enquête judiciaire en cours. On aura compris, hier, que le ministre Sawmynaden est donc (très ?) cher aux yeux de la police et du gouvernement du jour, et qu’il a fallu déployer l’artillerie lourde pour assurer sa protection.
Contre qui ? Question sans réponse ! Parce qu’autant que l’on sache, ce ministre n’a pas évoqué être en danger. Il a, plutôt, en brisant son silence, peu avant la fin de l’année, expliqué qu’il était « serein ». Donc, à quoi rime tout ce ramdam ? Était-ce un excès de zèle de la part du CP Servansingh ? Un message codé de la part de Pravind Jugnauth, à l’égard de son “poulain”, qui est son colistier au No. 8 depuis les deux dernières élections générales, envers ceux qui en ont après lui ? Nous n’aurons, évidemment, jamais les vraies réponses à ces interrogations. Les supputations ne manquent pas. Et nous nous gardons bien évidemment d’en faire des affirmations !
Une chose est sûre : un tel déploiement de forces indique, d’une part, que ce gouvernement est prêt à utiliser et abuser des institutions et agences étatiques à sa guise, peu importe si c’est justifié, ou pas. Et de l’autre, que cet étalage de moyens peut aussi connoter un signe de panique, d’affaiblissement, de manque de confiance de la part de ceux qui se sentent visés.
Plusieurs autres politiques locaux ont défilé dans les cours de justice de notre pays avant Yogida Sawmynaden. Parmi, il y a l’actuel Premier ministre, Pravind Jugnauth, et son prédécesseur, Navin Ramgoolam. Des chefs de gouvernement. Et d’autres personnalités politiques, de l’étoffe de sir Gaëtan Duval, également, se sont prêtées à cet exercice. Mais jamais, avant ce 7 janvier 2021, n’avait-on assisté à un tel déballage de forces armées, pourtant ! Encore une fois, pourquoi dans ce cas précis ?
Au-delà de ces imbroglios politiques qui n’ont pas fini de nous intriguer, 2021 a démarré avec du sang. Celui d’Annick Lafleur, mère de famille de 43 ans, qui a péri sous les coups d’un ex-conjoint, quelques minutes seulement après les 12 coups de minuit, le 1er janvier. Et celui également d’Harmawati Dhunnoo, grand-mère de 80 ans, dont le meurtre reste toujours à être élucidé. Ces crimes qui nous rappellent que notre société s’enlise dans une violence sourde qui a des sources multiples. Mais à laquelle nos institutions nationales semblent accorder peu d’intérêt, hélas !

Husna Ramjanally