Le président du Comité olympique mauricien (COM), Philippe Hao Thyn Voon, avait demandé à ses membres, pour ne pas dire mendier, un nouveau mandat de quatre ans. C’était il y a un mois. Depuis, les choses ont beaucoup évolué. Trop vite même. En sa faveur, bien évidemment. Désormais, on est en mesure d’avancer que Philippe Hao Thyn Voon est assuré, à 99.9%, de l’obtenir ce mandat tant souhaité et qui lui permettra de représenter le sport mauricien aux Jeux olympiques reportés à l’année prochaine à Tokyo au Japon.
Sauf que l’empressement de tenir des élections le 29 octobre au lieu de la fin 2020, comme annoncé, interpelle. D’abord, parce que le Comité international olympique (CIO) avait laissé aux comités nationaux (CNO) le choix de tenir leurs élections avant les JO de Tokyo 2021, afin de respecter le cycle olympique, ou de les tenir après ces Jeux, tout en respectant certaines conditions.
Le COM a donc opté pour la première option, mais dans des conditions qui sont loin de faire l’unanimité. Pire. En publiant un avis d’élections pour le 29 octobre, soit dans un mois seulement, Philippe Hao Thyn Voon et ses suiveurs ont délibérément limité l’espace démocratique, ne donnant pas le temps à une éventuelle opposition de s’organiser.
Dans cette conjoncture, il est clair qu’on se dirige vers une élection taillée sur mesure. Ce qui est aussi sûr, c’est que cette démarche démontre à quel point le comité que préside Philippe Hao Thyn Voon se sent fragilisé et ne fait plus l’unanimité. D’où cette décision de prendre tout le monde de court, suscitant du coup, des interrogations sur les règles du fair play.
Pourtant, il n’y avait pas urgence. Le COM aurait bien pu organiser ses élections l’année prochaine avant les Jeux olympiques. Mais il ne l’a pas fait. Pourquoi ? De quoi ou de qui Philippe Hao Thyn Voon a-t-il peur ? De perdre les élections à la veille des JO et par conséquent, son fauteuil de président ? Quand on n’a rien à se reprocher et qu’on estime que le bilan plaide en sa faveur, on fait les choses dans les règles et selon les principes fondamentaux étroitement liés à l’olympisme. Or, c’est le contraire qui semble avoir été privilégié. C’est l’impression qui se dégage en voulant éviter, à tout prix, une joute ouverte, démocratique et où le droit de chaque individu sera préservé.
Le fait même d’insister sur la tenue des élections avant celles des fédérations, est révoltant. Cela, en sachant pertinemment que l’éventualité qu’une fédération se retrouve sans pouvoir de décision existe. Peu importe si Philippe Hao Thyn Voon a, lui, trouvé des arguments qui lui sont propres, en évoquant…une nouvelle élection pour remplacer le représentant élu aux élections du 29 octobre, mais qui n’a pu passer lors des élections fédérales ! Heureusement que le ridicule ne tue pas !
Aussi, est-il important pour un dirigeant qui se respecte d’apporter des corrections là où cela s’impose. Venir donc s’appuyer sur le fait qu’il y a eu un précédent n’a rien de valorisant. La démarche est même discréditante. N’oublions pas non plus, cet amendement qui porte atteinte aux droits des représentants de la commission des athlètes et qui plus est, en totale contradiction avec la Charte olympique. Le CIO saura apprécier cette mauritian touch.
Pour l’heure, on semble se diriger vers une élection à sens unique. Sauf retournement de situation spectaculaire. Ce qui est malheureusement quasi-improbable. D’abord, par la qualité de ceux qui ont été choisis pour représenter leurs fédérations et défendre leurs disciplines, mais également les valeurs de l’olympisme au sein d’un organisme qui a, malheureusement, perdu de sa crédibilité. Ces mêmes représentants, dont la plupart, ne jurent que par leur président, oubliant les valeurs fondamentales qui devraient être les leurs. C’est à se demander dans quels intérêts agissent-ils et s’ils sont réellement là pour servir le sport.
Ainsi donc, Philippe Hao Thyn Voon a gagné son pari, lui qui avait appelé ses membres à lui faire à nouveau confiance. à quel prix toutefois ? Gouverner dans la contestation n’a jamais été l’idéal. La crédibilité et l’intégrité, cela se mérite monsieur. Malheureusement, au COM, on est loin de satisfaire, pour l’heure, ces valeurs. Cela par rapport aux décisions qui ont été prises récemment et qui démontrent, si besoin est, que les élections du 29 octobre vont au-delà du fair play sportif et des valeurs que prônent l’olympisme surtout.

Jean-Michel Chelvan