À quelques jours de l’ouverture des frontières de notre pays aux étrangers, dans une tentative de relancer le tourisme, et par là une frange importante de notre économie, la détérioration de la situation sanitaire est plus que préoccupante. Les Mauriciens, d’abord disciplinés et exemplaires, à cause de l’inconnu et la dangerosité qui accompagnaient le Covid-19 en 2020, ont été en phase avec leurs dirigeants et avaient permis de juguler la propagation du coronavirus dans le pays.

Mais la confiance entre le peuple et le gouvernement a été rompue avec les affaires Wakashio et Sir Gaëtan, et tous les scandales politico-financiers qui ont suivi l’achat des équipements médicaux et des médicaments par la STC et consorts et, cela, avec en toile de fond un meurtre que des institutions étatiques, dont la police, qui tombe directement sous l’autorité du Premier ministre, ne sont pas exemptes de tout reproche pour ce qui a été une tentative honteuse de cover-up entourant cette élimination sommaire de l’un des agents du MSM au N°8.

Quand on ajoute à cela le fait d’avoir présenté la vaccination comme la panacée contre la pandémie, ce qui a incité les Mauriciens à lever la garde, il ne faut pas s’étonner que le virus se soit propagé. De ce fait, la population a perdu foi dans la classe politique, au point de ne plus croire en ce qu’ils disent et de douter de tout, même lorsque la vérité est énoncée. Il faut dire que ce qui se passe sur le terrain et la multiplication rapide des cas positifs et des morts ne plaident pas en leur faveur et entraînent un vent de panique et de colère qui se répercute aujourd’hui dans la presse internationale des pays qui sont des sources majeures de notre tourisme.

Au lieu de chercher des boucs émissaires locaux et de tenter de redorer leur blason à l’intérieur du pays en envoyant au front ceux qui symbolisent cet échec, il est temps que le Premier ministre monte lui-même au créneau et s’adresse à la communauté internationale pour tenter de la rassurer si cela est encore possible. On ne peut pas toujours apporter que de bonnes nouvelles quand on est un dirigeant. Il faut aussi avoir le courage de parler des mauvaises passes et des obstacles qu’il faudra traverser. Il n’y a que le langage de la vérité qui nous permettra de sortir de l’ornière. Ne dit-on pas que c’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon…

La même question, bien moins fondamentale, se pose aussi dans le milieu hippique ces jours-ci. Ce n’est effectivement qu’au pied du mur que l’on verra aussi si Wayne Wood, le nouveau Head de la Horse Racing Division, sera à la hauteur de sa mission de créer les conditions nécessaires pour un changement sain et un environnement intègre pour tout ce qui entoure l’activité hippique dans notre pays. Il faut dire d’emblée qu’il a complètement raté ses débuts. Son entrée en scène a été prématurée, car il a commencé ses opérations alors même que son poste, quoique voté au Parlement, n’est toujours pas validé par les instances appropriées et qu’il opère donc dans l’illégalité totale puisque la loi qui donne force à son poste n’a même pas été, elle-même, promulguée à ce jour. Si l’État, ou peut-être la GRA, a pu l’employer en attendant sa réelle prise de fonction, il ne peut toujours pas exercer son autorité légale sur quiconque aujourd’hui en tant que Head à la Horse Racing Division (HRD). Tout au plus peut-il parlementer, sans préjudice, avec les différents représentants des acteurs pour mieux appréhender la vraie situation de l’industrie hippique à Maurice en comparaison de l’image qu’on lui a présentée.

De ce fait, il aurait donc commis une faute grave d’avoir signé une lettre officielle à l’adresse du Mauritius Turf Club Sports and Leisure Ltd et convoqué des officiels de cet organisme alors qu’il n’avait pas le pouvoir de le faire puisque son poste n’existe légalement pas. De même, Wayne Wood se préparait à mener une enquête illégale sur des professionnels des courses qui ne répondent jusqu’ici pas à son autorité. D’autant que toute contestation de la décision des Stipes doit être faite au niveau du comité d’appel, comme cela a toujours été le cas jusqu’ici.

Autre fait troublant qui contredit les promesses d’indépendance de la HRD dictées par le PM, c’est que le Head de la Horse Racing Division a été le seul à signer une lettre, écrite à au moins quatre, si ce n’est six mains, qui porte l’en-tête de la Gambling Regulatory Authority. Cette preuve flagrante du mélange des genres entre la HRD et la GRA est la marque du manque d’indépendance pourtant écrite dans la loi et promise par le PM au Parlement entre les deux entités. La lettre fait largement état des reproches de l’Autorité, c’est-à-dire la GRA, et non de la Division, sur l’enquête menée par les Stipes du MTCSL concernant la monte du jockey Fayd’herbe sur Canary Island.

Et s’il fallait une preuve de la mainmise de la GRA dans cette affaire, la présence du Legal Officer de la GRA, Nevin Singh — qui se voit déjà dans le rôle de Stipe — lors de cette convocation, est éloquente. Heureusement que Me Nazroo, qui avait accompagné le Chief Stipe Stephane de Chalain et son adjointe Julia Keevy, a fait comprendre à Wood et Singh que leur enquête était illégale et que le MTCSL ne comptait pas participer à cette mascarade.

Cela ne surprendra personne que ce soient des membres de la GRA qui ont incité la HRD à faire référence au cas passé du jockey Bhaugeerothee pour comparer sa monte avec celle contestée de Fayd’herbe. Un cas que Wood ne pouvait connaître, puisqu’il n’était tout simplement pas en poste à ce moment-là. Il est bien entendu que cette enquête a été dictée par la GRA à des fins inavouables. Pour l’indépendance des institutions, il faudra repasser.

L’omniprésence pour ne pas dire l’ingérence permanente de la GRA à ce stade de la carrière de Wayne Wood dans les affaires de la HRD ne fait aucun doute. Il est bien entendu que les pontes de la GRA n’en ont que faire si cette influence gêne le pouvoir politique et ils entendent continuer à peser sur cette division et Wayne Wood pour régler des comptes et faire main basse sur les courses à Maurice.

Depuis, le nouveau Head de la Horse Racing Division s’est rendu au Champ de Mars et a assisté aux courses dimanche dernier. Ceux qui l’ont côtoyé affirment qu’à tous les interlocuteurs qu’il a rencontrés, il a fait état de la nécessaire collaboration que sa HRD devra entretenir avec le MTCSL pour le bien des courses mauriciennes. Nous imaginons qu’il a dû être aussi impressionné que d’autres illustres visiteurs qui sont venus à Maurice et qui estiment que l’organisation des courses du MTCSL est d’un très bon niveau, même si tout n’est pas parfait. Il est vrai que sa dernière référence internationale a été l’hippisme au Sri Lanka et qu’il peut donc mesurer la différence de qualité du professionnalisme entre les deux centres hippiques. Il serait intéressant d’entendre ce qu’il pense réellement de ce qu’il a vu dimanche en comparaison à la campagne de dénégations qui lui a sans aucun douté été martelée par ses nouveaux employeurs.

Pour que la Horse Racing Division soit opérationnelle, il faudra aussi rapidement nommer les membres indépendants du nouveau Comité des courses hippiques qui va chapeauter l’institution et mettre hors circuit la GRA et ses dirigeants le plus rapidement, et permettre à cette nouvelle entité de fonctionner sans influence de la GRA et du MTCSL.

Wayne Wood est arrivé à Maurice avec un passif qui ne plaide pas en sa faveur et permet toutes les spéculations sur celui qui pourrait être l’ « ultimate beneficiary » de ses actes et ses décisions : une institution ou un homme ? Mais l’île Maurice hippique pourrait être pour lui un tremplin d’une réhabilitation s’il travaille en vrai indépendant. Il a pu déjà mesurer l’écart qui sépare les faits qu’on lui a racontés et la réalité du terrain. Il y a de quoi pour lui redorer son blason et se refaire une virginité ou n’être que le vilain maillon d’un système qui finit nos courses à petit feu. Comment réagira l’Australien, se soumettre à ses maîtres ou agira-t-il en indépendant comme le lui permet la loi ?

C’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon et les grands artisans d’un succès exceptionnel. De quel bois est donc fait Wayne Wood ? L’avenir proche nous le dira !