La fin de la Covid-19, ce n’est pas pour demain. Mercredi dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rapporté le plus grand nombre de nouveaux cas de coronavirus dans le monde en une seule journée depuis le début de la pandémie, soit 106 000 cas. Est-ce à dire que le confinement n’aura servi à rien ? Pas de l’avis des experts. Un rapport de l’équipe de recherche de la Columbia University estime que si les États-Unis avaient imposé les mesures de social distancing et de confinement une semaine plus tôt en mars dernier, ce sont quelque 36 000 vies qui auraient pu être sauvées.

De l’avis général, le confinement a servi à ralentir la contamination, donc à ne pas submerger les hôpitaux au point où ils ne pourraient plus accueillir et prodiguer les soins nécessaires aux malades. On voit hélas ce qui se passe ces jours-ci au Brésil, où le président Jair Bolsonaro a farouchement opté pour « business as usual » : avec plus de 1 000 morts par jour, et des champs de tombes creusées à la hâte, l’économie n’y est pas non plus à la fête

S’arquant fièrement, jusqu’au début de cette année, sur ses jambes de « tigre de l’océan Indien », la République de Maurice a aujourd’hui, elle aussi, les guiboles qui flageolent au point déjà, semble-t-il, de vouloir s’affaisser. Quoi ? Trois mois de crise et déjà nous sommes à genoux ? Air Mauritius qui menace de licencier 50% de ses employés s’ils ne renoncent pas immédiatement à leurs acquis sociaux ? Beachcomber, le « fleuron » de la réputée hôtellerie mauricienne, qui annonce des coupes de 50% des salaires de l’ensemble de ses employés ? Mais où sont donc passés tous ces profits dont on se vantait jusqu’ici ?

Il y a sans doute des raisons objectives à cette fragilité. Mais il y a aussi le sentiment, montant, d’une colère. Colère face au mismanagement, à la manipulation politique et à la surexploitation des ressources au profit de quelques-uns du côté d’Air Mauritius. Colère face à ce qu’ils appellent, en Haïti, la profitasion. Comme celle qui conduit des hôteliers qui ont longtemps tiré profit de nos plus belles ressources à vouloir aujourd’hui, par-dessus le marché, être exemptés du paiement à l’État des baux sur les pas géométriques où se trouvent leurs hôtels

Dans l’attente d’éventuelles mesures à être annoncées lors de la présentation du budget le 4 juin prochain, le gouvernement semble d’ores et déjà avoir choisi de préparer la voie de la manière dure, pour ne pas dire brutale. C’est en tout cas ce qu’augure la Covid-19 Act votée en urgence la semaine dernière. Amendes représentant 5 à 20 fois le salaire minimum et peines de prison de 2 à 5 ans pour non-port de masque ou sortie non-autorisée. Carte blanche à la police pour faire irruption dans les maisons sans mandat. On appelle cela de l’intimidation. Et le privilège de classe par lequel certains se croient protégés pourrait bien voler en éclats.

Il apparaît de plus en plus clairement que cette crise va, chez nous comme ailleurs, créer de nouveaux pauvres. Qui appartenaient jusque-là à une classe moyenne plutôt aisée, salariés d’Air Mauritius, employés de l’hôtellerie, cadres du secteur du marketing, de la communication, de l’événementiel, etc. Des personnes qui vont se retrouver encore plus démunies face à cette réalité que les « habituels pauvres ». Quelles frustrations, quelle colère, quelles rages impuissantes naîtront de ces situations où des personnes ayant travaillé assidûment toute leur vie se retrouvent sur le carreau avec pour tout cadeau d’adieu un mois de salaire, selon ce qu’autorisent les lois nouvellement votées par le gouvernement ? Comment s’exprimera cette colère ? Quelles soupapes trouvera-t-elle ?

La police mauricienne compte aujourd’hui un effectif de 13 000 personnes, tous services confondus. Si on les mettait tous dans la rue, du commissaire aux préposés de la Traffic Branch, cela ferait un membre des forces de l’ordre pour 100 Mauriciens. Peut-on ainsi gérer un pays ? Peut-on ainsi lui permettre de croître et se développer ?

La Covid-19 est une épreuve pour le monde entier. Avec la ressource d’une population travailleuse (celle-là même qui a fait le succès du sucre, zone franche, tourisme et autres secteurs), nous pourrions envisager d’y faire face au mieux. Or, le gouvernement donne l’impression que la lutte contre la Covid-19 s’apparente pour lui à une lutte contre la population. En témoignent, outre les lois précitées, le ton de Père fouettard adopté notamment par le ministre de la Justice à notre égard, et les conditions surstrictes d’un confinement qui n’en finit pas de s’éterniser, alors même que nous n’avons plus de cas déclarés depuis un mois.

Dans une étude publiée cette semaine dans le European Journal of Epidemiology, des chercheurs estiment que face à la persistance annoncée de la Covid, il pourrait être opportun de considérer une stratégie consistant à alterner 50 jours de confinement suivis de 30 jours d’assouplissement. Parce qu’il n’est pas possible de maintenir indéfiniment une population en confinement strict, tant pour des raisons économiques que pour des considérations de santé, physique et mentale. Et que cela permettrait de répartir la pression sur les hôpitaux.

Saurons-nous être inventifs, alors qu’ici on sent de plus en plus monter la pression d’un confinement qui n’a offert aucun allègement alors même que le virus ne circule plus depuis des semaines ? Alors qu’on nous interdit les plus élémentaires soupapes, comme aller marcher ou nager ?

À travers le monde, il ressort de plus en plus que ce ne sont ni les pays qui ont imposé un confinement strict et brutal ou les pays qui n’ont pas imposé de confinement qui ont enregistré les meilleurs résultats. Ce sont les lieux où une stratégie d’étroite collaboration entre autorités politiques, sanitaires et population a été adoptée. Là où c’est non l’antagonisme et la punition, mais la confiance, le respect et le faire-ensemble qui ont été privilégiés. L’exemple de l’État du Kerala en dit long à ce sujet. Et celui de la Nouvelle-Zélande. Pays de 5 millions d’habitants qui, grâce à un confinement strict amorcé en mars, a recensé 1 503 de Covid-19 et 21 décès.

Mercredi dernier, la Première ministre de ce pays, Jacinda Arden, a annoncé son souhait d’encourager les idées créatives et d’offrir de la « flexibilité », dans l’objectif de favoriser la reprise après un strict confinement de sept semaines qui a permis de gérer efficacement l’épidémie de coronavirus, mais a grippé l’économie. Première mesure considérée : la possibilité pour les salariés de passer à la semaine de quatre jours et de bénéficier d’un plus grand nombre de jours fériés afin notamment de stimuler les dépenses dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie. « C’est un moment exceptionnel et nous devrions être prêts à envisager des idées extraordinaires », a déclaré Jacinda Arden. « Il y a plein d’options possibles et nous devons être ouverts d’esprit. »

Oui, elle est vraie, elle existe, et depuis deux ans et demi, elle mène avec succès son pays. Un pays qui attire de plus en plus, et pas en termes d’investissements douteux

Si seulement nos adeptes du « bat lestoma » pouvaient en prendre de la graine