Après quatre mois d’une attente insoutenable pour cause de précaution sanitaire due au coronavirus, les turfistes mauriciens pourront enfin se rendre sur l’hippodrome du Champ de Mars pour renouer avec leur passion des courses hippiques, le besoin de la partager avec d’autres, revoir leurs amis et enfin miser après avoir de visu choisi le potentiel gagnant. Seul inconvénient, mais il est indispensable, c’est le port du masque pour se protéger, mais surtout protéger les autres tout en respectant autant que possible les gestes barrières. Et cela non plus, il ne faut pas le prendre à la légère, car s’il y a toutes les raisons de penser que le Covid-19 est pour l’instant contenu chez nous, notre pays doit faire l’économie d’une deuxième vague de la pandémie dont les effets seront encore plus dévastateurs que la première dont nous avons encore tous du mal à récupérer, tant sur le plan économique que social et personnel. Dans cette perspective, il serait raisonnable que nos turfistes fassent preuve de prudence et de perspicacité, bien que l‘industrie hippique compte sur son engouement pour lui aussi tenter de relever la tête dans cette conjoncture morose où l’avenir des uns et des autres est plus qu’incertain.

Mais la conjoncture ne permet pas tout et surtout de transgresser les lois du pays pour faire fi du level-playing field. Et le Question Time du Parlement, mardi dernier à cet effet, a été particulièrement éclairant puisqu’il a mis en lumière de façon officielle des pratiques douteuses qui unissent des opérateurs de jeu, régulateurs et organisateurs.
Ainsi, depuis trois semaines, le non- respect de l’article 156 de la GRA Act, qui avait valu au Mauritius Turf Club (MTC) au début de la saison dernière une remontrance sonnante de la Gambling Regulatory Authority (GRA) pour avoir placardé des affiches annonçant uniquement le début de la saison, est cette année autorisé sur l’hippodrome et à la télévision nationale pour un organisateur de loteries sous le couvert de dons à une organisation charitable qui fait partie de cette organisation dont le leader maximo est connu de tous, mais dont le patronyme ne figurait jusqu’à récemment nulle part sur l’organigramme. Il est vrai que dans ces univers où la philosophie du « Zot mem acheté, zot mem vendé » prime, on retrouve aujourd’hui celle plus appropriée en la circonstance « li mem donné, li mem réprend ».

La demande d’explication du ministre des Finances, Renganaden Padayachy, à cet effet, à la GRA démontre que l’organisme n’a pu fournir une réponse convaincante au ministre pour répondre de facto, car tout contournement de la loi est complexe. Mais, ne nous faisons pas d’illusion, le temps permettra sûrement aux hommes de loi de cette autorité de trouver le « triangage légal » qui viendra justifier l’injustifiable.

Dans le même ordre d’idées, on peut citer l’initiative choquante du président du MTC, Kamal Taposeea, qui découvre après deux ans de long silence qu’il ne faut plus annoncer le début du Pick-6 et du Pick-4 en direct à la télévision, qui sont pourtant deux informations importantes pour les turfistes. Il a sans doute jugé que cela faisait de la pub aux deux Totes au détriment de la concurrence qu’il a abondamment saluée en direct à la télévision le jour de la Duchesse. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre les motivations du président du MTC, qui veut comme lui, qui a viré sa cutie, que nous changions notre ligne éditoriale. Qu’il sache que nous ne faisons pas partie de ceux qui prônent la philosophie « if you can’t beat them, joint them ». Nous comptons fermement, même sans lui, continuer notre combat contre la race des corrupteurs et des corrompus qui sont en train d’entraîner les courses mauriciennes dans la voie de notre football quasi inexistant aujourd’hui.
Cela dit, pour en revenir à l’article 156 de la GRA Act, à Turf Magazine, nous avons toujours trouvé qu’il était inapproprié au monde actuel et relevait d’une patente hypocrisie sur l’autel du combat contre la « nation zougader ». En Australie par exemple, des compagnies de being sponsorisent des hippodromes et évidemment des épreuves hippiques. Pour- quoi a-t-on stoppé cette pratique et ce􏰀e manne de revenus pour le monde hip- pique mauricien ? D’autant qu’il apparaît clairement que le gouvernement a, en la matière, fait volte-face et encourage tous azimuts le gaming et le be!ing à travers l’île, et même à l’international avec son intention déclarée par un appel d’offres, en février dernier, pour faire de notre pays un paradis des paris et jeux interactifs. Il faut donc rayer cette clause de la GRA Act car qui mieux que des organisateurs de paris sur les les événements sportifs sont le plus à même de les financer. C’est un secret de Polichinelle que l’activité hippique a un urgent besoin de sponsors pour se sortir d’un marasme économique qui était déjà au rouge vif avant l’intrusion du Covid-19.

Le deuxième item qui a retenu notre attention au Parlement mardi dernier — hormis les mamours Dev Bheekary (GRA)-Jean Michel Lee Shim SMS Pariaz — concerne la connexion des organisateurs de paris au fameux serveur central de monitoring de la Mauritius Revenue Authority (MRA), qui se trouve être en fait un serveur de la GRA, mais situé à la MRA. Le ministre des Finances a voulu être plus subtil sur ce point-là en disant que SMS Pariaz était connecté à ce serveur au même titre que la concurrence. Mais ce qu’il n’a pas dit de façon claire, c’est qu’il ne l’était pas en direct comme l’est le Loto par exemple. Ainsi, SMS Pariaz comme les deux totes (ASL et GSL) ne sont pas connectés en direct au serveur situé à la MRA. Si, a contrario, des bookmakers qui sont quasiment en ligne avec des décalages de quelques secondes, et les deux totes fournissent leurs don- nées manuellement avec un décalage de quinze à trente minutes après chaque course, par contre, SMS Pariaz envoie ces données, également manuellement, le lundi suivant si les courses sont un samedi, et mardi si c’est un dimanche, donc 48 heures après, ce qui rend tout contrôle de l’autorité financière inopéante. Quand on apprend par ailleurs que ni les loteries locales ni le PMU et ni les Limited Payout Machines appartenant aux compagnies sœurs de SMS Pariaz et les gaming machines des gaming houses et autres casinos du pays ne sont pas non plus contrôlés en temps réel, il y a de quoi comprendre que les autorités régionales et mondiales nous placent allègrement sur leur black ou grey lists.

En effet, il n’y a aucun moyen pour la GRA et la MRA de contrôler les transactions de ces compagnies et leur logiciel et leurs déclarations de paiement aux parieurs pour s’assurer que les paiements effectués aux parieurs sont réelles ou pas. Autant dire que tant que la MRA n’aura pas installé un vrai Central Electronic Monitoring System (CEMS) comme préconisé en 2019, dans la GRA Act, section 109, le bal de l’argent sale peut se poursuivre allègrement pour soutenir les partis politiques afin d’en obtenir des avantages pour leurs activités commerciales, pour nettoyer les revenus du trafic de la drogue, bref, pour combattre le money laundering qui se poursuit à grande échelle chaque semaine avec la complicité des autorités compétentes.

Combien d’argent est donc détourné chaque jour sur le dos des courses hippiques par ce manque de contrôle sur les compagnies de jeux officiels, les bookmakers clandestins, etc. ? L’hippisme et les finances publiques se porteraient nettement mieux si l’argent qui leur est normalement destiné rejoignait leurs caisses au lieu d’enrichir certains magnats, de sou- doyer les politiciens influents pour des échanges de bons procédés et financer les partis politiques pour en recevoir des avantages sur les contrats. Les scandales dévoilés ces derniers jours ne sont que le sommet de l’iceberg de la corruption avec de l’argent sale à Maurice. Mais ce qui est réjouissant, c’est que les malfrats, les money launderers et les voleurs finissent de plus en plus par être démasqués. Pour décourager les autres, il faut maintenant qu’ils soient punis à la hauteur de leurs méfaits. De grands noms de la finance mondiale et de la classe politique ont été condamnés pour des peines de prison tels que Bernard Madoff, le couple Fillon en France, etc. Il y a eu récemment à Maurice un président et un directeur de la Mauritius Ports Authority, Prakash Maunthrooa et Siddick Chady, qui ont été condamnés pour corruption — ils ont fait appel. Il faudrait qu’il y en ait d’autres plus symboliques pour que notre pays soit débarrassé de corrupteurs patentés et de corrompus d’occasion.

En tout cas, ce ne sont pas les arnaques diffamatoires et accusations de racisme qui nous arrêteront dans notre quête de débarrasser l’hippisme de la race des corrupteurs et corrompus. Oui, contre ceux- là, nous sommes racistes !