Commenter les querelles au sein de l’entente, réputée fragile, de l’opposition que le bon Dr Arvin Boolell, en tant que leader de l’opposition, avait appelée de ses voeux et à laquelle il avait patiemment travaillé depuis les dernières élections générales? Non. Pas la peine. Parce que ce n’est qu’un énième épisode de la télénovela sans fin de la politique mauricienne. En sachant qu’on passera très vite à autre chose sur ce plan-là.

Supputer des chamboulements au sein de l’opposition à la rentrée parlementaire et une redistribution des rôles de premier plan? Allez savoir, l’art du tout est possible ou presque en politique étant tellement bien ancré dans la culture locale que rien ne peut être exclu. Et que toutes les permutations sont du domaine de l’imaginable et du probable.

Gloser continuellement sur les dinosaures et rejoindre la meute très vocale qui pourfend ceux qui ont les artères un peu abîmées, pourquoi pas? Ici, nous sommes en tout cas ravis que le «dinosaure» Joe Biden, 78 ans depuis le 20 novembre dernier, soit devenu le président des États-Unis après une très longue carrière politique et huit années de vice-présidence aux côtés de Barack Obama. Un début de mandat serein, volontariste, discret et sans tweets rageurs. Et c’est tant mieux pour le monde.

On aime aussi beaucoup la qualité, la pertinence de la réflexion et l’étonnante lucidité d’un philosophe comme Edgar Morin, qui aura 100 ans le 8 juillet prochain. Interrogé sur ce que la pandémie de la Covid-19 a provoqué dans nos sociétés, l’intellectuel au regard toujours juste et pointu sur les humeurs du genre humain a dit espérer que les “forces créatives et les forces lucides puissent s’imposer, bien qu’elles soient encore très dispersées et très faibles”. Il aurait pu dire la même chose sur notre pays.

On peut être dinosaure et avoir encore des choses à proposer pour le bien commun et être jeune et n’avoir pour unique ambition que de se remplir les poches et très vite. Le jeunisme, que les critiques des papis de la politique convoquent à cor et à cri, est déjà bien présent et est même assez prépondérant dans l’hémicycle depuis le dernier scrutin législatif.

Pour beaucoup d’entre eux, surtout sur les bancs de la majorité,  à part chanter en permanence les louanges de “notre Premier ministre”, aucune réflexion intéressante et marquante sur les maux de notre société qui sont pourtant de plus en plus interpellants et graves.

La drogue, la violence domestique, les crimes passionnels chez les jeunes hommes mal préparés pour faire face à leurs tourments émotionnels et à leur frustration, la vraie celle-là, le chômage chez les moins de 30 ans, l’environnement, quand a-t-on entendu un seul discours éclairant et honnête à l’Assemblée nationale de la part des jeunes élus de la majorité? Jamais.

Ils sont toujours en train de revenir sur les frasques de Navin Ramgoolam ou sur les grandes prouesses de Pravind Jugnauth. C’est honteux de la part de la jeunesse et cela fait vraiment regretter les dinosaures qui, heureusement, au Parlement même et en dehors continuent d’animer le débat et sont capables d’analyses justes sur le vécu de l’homo mauricianus.

On pense ici aux dinosaures comme Cassam Uteem ou Jean-Claude de l’Estrac qui ont un regard très aiguisé sur l’évolution de la société mauricienne. Que l’on soit d’accord ou pas avec tout ce qu’ils disent. N’est-ce pas Jean-Claude de l’Estrac qui disait, déjà, la semaine dernière que “Nando Bodha pourrait devenir une épine pour l’opposition”? Bien vu! L’épine a, apparemment, déjà provoqué quelques éraflures ici et là. Et a provoqué même des allergies insoupçonnées, si ce n’est de l’urticaire aiguë chez certains sujets sensibles.

Ce qui est sûr, c’est que le ministre démissionnaire du MSM a, en bon communicant, habilement géré sa sortie. Il a été dans la dénonciation sans être dans le dénigrement ou l’insulte, a vite fait d’égrener ses propositions, même si elles n’ont rien de bien révolutionnaires. Elles ont le mérite d’avoir été énoncées très vite après une rupture qui, généralement, est le temps de l’invective, de l’amertume et du règlement de comptes. Sacré changement de ton!

Célébrer avant même qu’ils aient prouvé quoi que ce soit les sauveurs autoproclamés déguisés en citoyens ou de vedettes pour qui parler au quotidien est déjà devenu compulsif? Attention, il faut voir de plus près. Parce qu’il y trop d’opportunistes qui profitent du contexte pour s’engouffrer dans la mouvance dite citoyenne, un terme tellement utilisé depuis peu qu’il est devenu complètement galvaudé. Et qu’il suscite, avec raison, des doutes et des suspicions.

Il n’y a qu’à voir le nombre de ceux qui sont en train de profiter du contexte pour revenir au premier plan. Alors qu’ils n’ont rien de bien citoyens. Il y a aussi chez ces citoyens une violence langagière qui effraie. Le BLD, le BZTD, cela peut faire sourire le temps d’une marche, faire monter l’adrénaline, exciter les mécontents, mais le cardinal Maurice Piat, cet autre dinosaure, a parfaitement raison: on ne construit rien sur la violence et la vulgarité.

C’est à se demander si cette manière de désigner les vieux, en politique et ailleurs, comme la source de tous nos maux, n’est pas à l’origine de ce phénomène social d’intolérance et d’agression vis-à-vis des plus âgés. Si des statistiques fiables sur la maltraitance des personnes du troisième âge étaient rendues publiques, elles seraient sans doute édifiantes.

Comme la notion du respect a disparu de toutes les sphères de la société, ce sont les vieux qui sont les premiers à en faire les frais. Vieux, moins jeunes, jeunes, un pays a besoin de tous ceux qui ont des choses à dire et à faire pour progresser dans l’harmonie et la réussite. Aucune raison d’avoir une guerre des générations.

Comme dit l’adage “better the devil you know” et que vous avez pratiqué plutôt que le dernier mythomane et beau parleur prêt à vendre de la glace à un esquimau.