Le tout premier directeur de la Horse Racing Division (HRD), Wayne Wood, est déjà à Maurice, trois semaines seulement après que la loi sur le Finance Bill a été votée. Autant dire qu’il attendait déjà derrière la porte. Que sa candidature, son éventuelle interview, sa sélection, son recrutement et son contrat d’emploi avaient déjà été faits avant même que l’instance ne soit créée et validée par notre Parlement est une preuve, s’il en fallait, que les dés étaient pipés. Il ne faut pas un gros effort pour savoir qui est son vrai duo d’employeurs, un parasite de l’État et un financier à l’appétit insatiable, qui ont sélectionné celui qui saura canaliser leurs sombres desseins dans le monde hippique mauricien.

S’il était le Messi, le Ronaldo, le M’bappé, des managers dans le domaine hippique, on aurait pu dire que la fin justifie les moyens. Mais ce Wood — paraît-il fait de plywood — qui a eu pour parrain un bad boy des courses mauriciennes, promu Stipe au Sri Lanka, avec qui il a exercé, n’est qu’un personnage controversé dans ce métier. Certes, chacun a le droit de commettre des erreurs et peut mériter d’avoir une seconde chance. Mais on comprend mal comment les autorités mauriciennes l’aient choisi au détriment de sommités pourtant interviewées par la GRA pour lancer une nouvelle étape dans une industrie hippique à qui le gouvernement et son autorité hippique entendent redorer le blason des courses mauriciennes. Nous ne sommes pas vraiment surpris de ce départ raté.

En fait, il ne faut plus s’étonner de rien lorsque même ceux censés véhiculer des valeurs perdent leurs repères, portent des œillères sélectives et abandonnent leur idéal pour des raisons inavouables et finissent par trahir ces valeurs que nos parents et nos éducateurs nous ont enseignées : l’honnêteté, le respect, la loyauté et l’humilité. Ces valeurs sont d’abord dites morales, celles qui renvoient à l’ensemble des pratiques et coutumes communes à une société et qui ont comme finalité d’établir une différenciation entre la manière correcte et l’incorrect. Elles sont ensuite d’ordre éthique, constituées par une des lignes directrices qui régissent la conduite des individus, telles que la vérité, la justice, la liberté, la responsabilité.

Nul n’est infaillible et nous ne prétendons pas l’être. Loin de là. Mais il y a un minimum de valeurs sur lesquelles des personnes censées et réfléchies ne peuvent déroger. Et pourtant, il y a de plus en plus de consciences de ce pays qui les renient parce qu’ils y trouvent dans ce renoncement un vivier pour prendre leur revanche, une occasion de faire partie de cette élite, si mal fagotée qu’elle puisse être. Et il y a de quoi perdre son latin.

Personne ne s’est ému qu’un individu de la trempe de Paul Beeby, qui incarne le professionnalisme et la rectitude, qui a définitivement marqué son passage chez nous, soit humilié dans son lieu de travail. Ostracisé et ignoré parce qu’une enquête — qu’il a menée au péril de son existence à son terme avec des coupables désignés, preuves à l’appui, et qui n’a pas connu le dénouement attendu d’une police, qui prend aussi ses ordres de la Newton House — pointait du doigt des protégés du régime. Personne ne s’est ému que son contrat n’ait pas été renouvelé, que ses employeurs, potentats de l’État, ne l’aient même pas salué à l’occasion de son départ — où sont passées les bonnes manières, the Mauritian way of life ? — probablement parce qu’une autre enquête, qui n’a jamais connu de fin, sur le doping pointait du doigt un parent d’un très haut fonctionnaire.

Cependant, il faut entendre et lire cette félicité qui accompagne la future prise de fonction du nouveau directeur de la HRD, au passé trouble et lourd, comme certains de ses employeurs. On dirait presque que le messie est là. Voilà, aujourd’hui, à quel niveau nous pataugeons. Que des hommes de pouvoir s’entourent de courtisans aux mœurs douteuses qui répondent à certaines dérives normalisées car « birds of the same feather flock together » ne nous surprend plus. Mais le peu de voix qui osent s’élever contre cette ignominie est ahurissant. Pire, il trouve même des partisans chez les soi-disant bien-pensants. Le new normal ne nous sied définitivement pas.

Cette descente aux enfers des valeurs dans notre pays nous mène directement vers le chaos, le même dans lequel les champions du monde de la gestion du Covid — que nos dirigeants projettent fièrement comme nos icônes — sont en train de nous entraîner.

Le Premier ministre, lors d’une fonction d’inauguration de routes, hier, mercredi, insistait justement en référence aux cinq credits au School Certificate que Maurice devrait garder un certain standard. Sur quels critères définit-il ce mot standard quand il confirme la nomination du CE par intérim au poste de CEO de la GRA ? Est-ce parce qu’il exécute les ordres de Dev Beekharry à la lettre ? Car, au vu du rapport Parry, dont le PM dit s’être fortement inspiré pour faire sa HRD, il y a de quoi s’inquiéter pour la bonne marche de l’institution GRA. En effet, le nouveau CEO avait fait, en effet, l’objet de vives critiques dans le rapport Parry quand il était l’acting CEO en 2014 avant d’être remplacé par Mme Ringadoo. À son égard et celui de la GRA sous son autorité, le rapport Parry évoquait avec sévérité « no one with any experience or expert knowledge of gambling », « the acting CEO was unconvincing », « GRA does not actively seek or wish proactively to become involved in horse racing investigations » ; « There is little motivation, impetus or will within the GRA » ; « There is a lack of leadership within the GRA and little or no evidence of any strategic. » Ainsi, la commission avait recommandé « a new dynamic leadership. »

Et pourtant, notre pays regorge de personnes très compétentes, jeunes et dynamiques tout aussi capables de diriger avec vision et indépendance nos institutions. L’une d’entre elles a postulé au fameux poste de Head of Horse Racing Division le 31 août 2020, suite à une « invitation for the appointement of a Head of Horse Racing Division (ref : GRA/EOI/2/2020) », émise par la GRA en date du 5 août 2020. Dans son annonce la GRA écrit : « The Gambling Regulatory Authority is inviting Expression of Interest (EOI) from prospective Mauritian candidates who would be willing to work for the Gambling Regulatory Authority as the Head of Horse Racing Division. »

Le candidat en question répond parfaitement aux critères de sélection qui se lisent comme suit : « Candidate should have a minimum of 15 years’ experience in the horse racing industry. Work experience as racing steward including Chairperson/membership of racing panels would be an advantage ; Eligible candidates should possess extensive equine expertise. » Étonnamment, le postulant, qui a un Curriculum Vitæ impressionnant aussi bien dans le milieu du droit qu’une expérience hippique approfondie, n’a reçu jusqu’ici aucune correspondance concernant sa candidature de la part de la GRA.

À cet effet, le candidat mauricien a adressé une lettre à la GRA le 18 août dernier qui se compose ainsi : « I write in connection with my application for the above mentioned position at the Gambling Regulatory Authority (GRA) dated 31 August 2020, a copy of which is annexed as Document A, following an Invitation for Expression of Interest (EOI) for the said position on 05 August 2020, a copy of which is annexed as Document B.

It has been almost a year since I have submitted my application regarding the said EOI, however as at date I have not received any update on the status of my application.

I shall be very grateful if you could inform me whether the decision-making process for the above-mentioned EOI has been completed and the outcome of same.

I rely on your usual cooperation and look forward to hearing from you at the earliest. »

Entre-temps, l’instance régulatrice, qui pratique assurément une politique de deux poids et de deux mesures, a déjà recruté, dans un manque de transparence flagrant, pour ce poste un étranger, Wayne Wood, dont la réputation en Australie a dépassé les frontières et qui est déjà sur notre territoire prêt à prendre son nouveau poste.

Pas si sûr, car quiconque connaît le candidat mauricien sait qu’il n’est pas du genre à rester les bras croisés. Plusieurs options s’offrent à lui. Une judicial review de la décision de la GRA de n’avoir pas considéré sa candidature, de n’avoir pas été appelé et informé des développements dans un éventuel changement de l’extension de cette offre aux étrangers. Une plainte en cour pour questionner la légalité de la nomination de l’Australien et, mieux encore, une plainte pour en savoir plus sur les conditions dans lesquelles Wayne Wood a été recruté. Quand, comment, par qui, selon quels critères, quel comité de sélection, etc…. Et dans cet exercice, il s’y connaît et les dirigeants de la GRA doivent s’attendre à passer un mauvais quart d’heure et d’être clean sur ce dossier où ils sont largement favoris pour une nouvelle défaite judiciaire.

Ce candidat mauricien est connu de tous les turfistes puisqu’il s’agit de Yahia Nazroo. Il ne faut pas vraiment s’étonner que la GRA agisse de la sorte avec l’avocat de Appleby, car le mentor autodéclaré de cette autorité, Dev Bheekarry, s’est fait régulièrement remonter les bretelles par Yahia Nazroo lors des débats et émissions sur les courses hippiques, au point d’avoir Tuuiiiit (comprenez, décliner) de participer à au moins une émission où l’avocat était récemment invité pour débattre de l’avenir des courses et de ses nouvelles institutions.

Il est vrai que depuis quelque temps, Dev Beekharry esquive le débat avec ses contradicteurs, mais il utilise à profusion les ondes, colonnes et écrans généreusement, comme ceux de la MBC, pour faire sa propagande comme les autres potentats de l’État. Décidément « birds of the same feather flock together… »