Plus de comptage et pas de bilan à l’issue de l’événement ! Bizarre, non ? Le Premier ministre avait tourné en dérision la marche citoyenne à laquelle avaient participé des centaines de milliers de Mauriciens le 29 août et le 12 septembre, en disant sur le ton du sarcasme que, lui aussi, il allait « mars-marse » le dimanche 4 octobre.

Le 3 octobre est la Journée internationale de la marche. Un grand tam-tam avait été fait par le ministère des Sports des jours durant annonçant cette marche comme une réplique à celles citoyennes monstre de Port-Louis et de Mahébourg. Le chiffre de 100 000 participants à la marche du 4 octobre avait même été évoqué comme pour démontrer que le gouvernement avait les moyens de rivaliser avec les initiatives populaires de ces dernières semaines et qu’il avait l’adhésion du plus grand nombre.

Le blablatage grotesque a vite été démenti par les faits au point où, à l’issue de sa marche, le Premier ministre, plutôt dépité, a dû exprimer le souhait qu’il y ait eu plus de participation la prochaine fois, la marche et les exercices physiques étant bons pour la santé. Réunir 100 000 personnes c’est mobiliser un dimanche matin 5 000 personnes par circonscription, sans compter Rodrigues.

Qui a vu 5 000 marcheurs passer devant chez lui dimanche dernier ? Personne. Dans certaines circonscriptions, il n’y avait strictement aucun mouvement et, chez le Premier ministre, où pourtant tous les suiveurs invertébrés habituels se sentant toujours obligés de se montrer, étaient pourtant bien en vue, pas plus de deux cents accompagnateurs. Le bide complet quoi. Voilà pourquoi après les grandes annonces chiffrées, un black-out total en termes de bilan, même de la part de ceux qui avaient triomphalement relayé le chiffre de 100 000.

Le blablatage ne s’arrête pas aux marches ratées. On a de nouveau sorti les grands mots cette semaine sur la sécurité routière. Après un dernier week-end particulièrement meurtrier, on n’en attendait pas moins. Et déjà un exercice d’autosatisfaction parce que le nombre de morts a diminué de dix par rapport à l’année dernière pour la même période. Sauf que ces statistiques sont faussées dans la mesure où il y a eu deux mois de confinement et que les Mauriciens ont connu l’enfermement.

À part la traditionnelle rengaine du Premier ministre et du ministre du Transport sur le durcissement des pénalités prévues pour certaines infractions routières, rien de bien nouveau ou d’original. Oublions les radars en panne — tout est hors de service dans ce pays et même les équipements de la National Coast Guard sauf la machine à octroyer des contrats juteux aux proches.

C’est depuis 2007 que l’on annonce un train de mesures pour encadrer l’utilisation des bicyclettes et scooters électriques. Treize ans après, rien. L’année dernière, au mois de juin puis en novembre, on prévoyait le port du casque et du gilet fluorescent obligatoire de même que le learner et l’assurance pour tous les utilisateurs de ces engins électriques et, depuis, toujours rien, une année après.

C’est à se demander si ce n’est pas parce qu’il n’y a rien à gagner que cette scandaleuse situation perdure. Les deux-roues électriques, qui seraient au nombre de 12 000, sont certes moins polluants et ne font pas le bruit infernal des motos trafiquées fumantes et c’est tant mieux, mais il y va de la sécurité de leurs utilisateurs et de ceux qu’ils croisent en route. Et il n’y a pas de temps à perdre.

Là où le blablatage n’amuse pas non plus, c’est la gestion de la situation de nos compatriotes en cette pandémie. C’est le gouvernement qui a fermé les frontières et qui a contraint des milliers de Mauriciens à rester là où ils sont et à se débrouiller pour vivre et survivre. Du jour au lendemain, il a été décidé que la quarantaine imposée serait payante pour les Mauriciens. C’est insupportable de traiter ainsi des filles et des fils du sol. Ce gouvernement pratique l’injustice avec un cynisme révoltant.

Lorsqu’il s’agit des proches, le hasard, allons l’appeler comme ça, fait toujours bien les choses. Ils rentrent juste avant le lockdown et pas de quarantaine payante. Parmi ceux qui sont soumis à la règle de la quarantaine payante, il y a des personnes à la retraite qui ont sans doute économisé pendant de longues années pour aller rendre visite à la famille à l’étranger.

En sus de la quarantaine payante rehaussée par un bon mine giraumon, après des billets retour invalidés et de nouveaux tarifs exorbitants imposés, les retraités sont désormais sous le coup d’une autre menace, celle de voir leur pension de base supprimée s’ils ne rentrent pas au pays d’ici janvier.

Pourquoi tant de cruauté ? C’est maintenant que ce gouvernement, fort en promesses électorales, réalise que le « gato » s’est rétréci et que la caisse qu’il a vidée n’est pas extensible à l’infini. Et pendant que les Mauriciens qui ne sont responsables ni du coronavirus ni des décisions arbitraires que prend le gouvernement sont martyrisés, ceux qui se sont retrouvés en infraction des règlements et qui ont « sous-contracté » leurs services sont soumis à un régime de septaine gratuite à Pointe aux Piments !

Tout aussi absurde, la posture qu’a adoptée l’Ombudsperson for Children sur la situation des enfants qui sont dans les squats. Il y sont depuis l’opération démolition de fin mai en plein confinement. Ce n’est que six mois après que l’instance censée protéger les enfants découvre qu’ils ne peuvent pas continuer à végéter dans des abris de fortune. Et qu’il faille leur trouver un abri relais ajoutant ainsi le manque affectif à la misère matérielle.

Le dernier rapport de cette institution, censée travailler en toute indépendance, a été présenté en présence de Steve Obeegadoo. C’était un peu comme parler de corde dans la maison d’un pendu. Entre blablatage screux et mise en scène ridicule, le registre indécent de ce gouvernement est décidément inépuisable.