Le débat est clos. Les différents championnats locaux de football ne reprendront pas. La décision de mettre prématurément un terme à la saison 2019/20, à travers le communiqué laconique et unilatéral du 6 avril dernier, est maintenue. La décision est donc irréversible et le président de la Mauritius Football Association (MFA), Samir Sobha, l’a confirmé à la presse, en début de semaine. Même si les clubs, notamment ceux qui aspiraient à un titre de champion, voire une éventuelle promotion en division supérieure, nourrissaient toujours un mince espoir avec la levée des restrictions sur les sports collectifs depuis lundi.

En somme, ces équipes auront à refaire le même parcours — à partir de novembre prochain — tout en espérant pouvoir rééditer, à nouveau, la même performance que la saison 2019/20, désormais de triste mémoire. Et ce, tout en étant pleinement conscient que le sport n’est pas une science exacte. Les joueurs et les entraîneurs devront, eux, être doublement armés, psychologiquement surtout, pour espérer décrocher ce titre tant espéré, en priant que la Covid-19 est bien dernière nous et qu’aucun cataclysme ne viendra, à nouveau, déstabiliser notre équilibre.

Les dirigeants — les vrais —, auront, eux, à reprendre leurs bâtons de pèlerin pour aller frapper aux portes des sponsors pour espérer grappiller quelques sous. Pas si sûr cependant qu’ils en trouvent avec la crise économique. Seule garantie pour l’heure: un budget de Rs 18M du gouvernement prévu dans le « Budget Estimates » 2020/21, même si on attend toujours de savoir si la MFA est (enfin !) en conformité avec la Sports Act 2016 ou pas.

En novembre dernier, ce soutien s’évaluait à Rs 20 M. Sauf que tout cet argent, soit celui du pauvre contribuable, est allé directement à la poubelle avec la décision insensée de la MFA de tout arrêter avant l’heure. Samir Sobha et ses membres avaient-ils au moins mesuré l’ampleur de cette question avant d’aller vite en besogne ? Pas si sûr quand on sait avec quelle rapidité cette fédération s’est empressée de mettre un terme à ses différents championnats laissant, au passage, les clubs dans une impasse.

Pour l’heure, c’est « bef dan disab sakenn guet so lizye.» La MFA a déjà encaissé un gros chèque de quelque Rs 20M de la Fédération internationale de Football Association comme l’a affirmé Samir Sobha, donc pas d’inquiétude. La somme de Rs 8M était aussi attendu de la Confédération africaine de Football. La crise ? La MFA, tout comme les 210 autres associations affiliées à la FIFA, on ne la connaît pas vraiment. Tant que les salaires des employés sont versés, tant qu’on arrive à honorer ses dépenses courantes de la fédération, on n’a que faire du problème de ses clubs. Sauf qu’il ne faut pas oublier que ce sont les joueurs qui font vivre le football ! Sans eux, sans les clubs, il n’y a pas de compétitions. Et ça malheureusement, certains à la MFA peinent toujours à le comprendre.

Il fallait à tout prix arrêter la saison et la MFA n’a pas hésité à le faire avec une rapidité étonnante. Aux membres de cette fédération d’en assumer maintenant leurs responsabilités, notamment auprès des clubs, mais surtout de ces quelques rares mécènes qui continuent à soutenir le sport roi, malgré le fonctionnement et la gestion d’une fédération très souvent sujette — avec raison d’ailleurs — à des critiques.

Ainsi, après l’épisode « Laayoune » de février dernier, notamment la participation mauricienne aux championnats d’Afrique de futsal sur un territoire non reconnu par l’Organisation des Nations Unies, la MFA a fait fort, une fois encore. En décidant d’arrêter sa saison le 6 avril dernier, la MFA devenait l’une des premières fédérations au monde à le faire, sans proposer, qui plus est, des alternatives. Et Dieu sait qu’il y en avait d’autres solutions.

Il suffisait tout simplement d’une bonne dose de volonté et surtout de l’envie, afin de récompenser l’effort et le sacrifice de ces joueurs et dirigeants qui se sont énormément investis pour réaliser la meilleure saison possible. Malheureusement à la MFA, on fonctionne différemment quitte à ce que les intérêts des clubs soient lésés. Le cas présent le prouve d’ailleurs, si besoin est, que la MFA n’a pas agi en tant que fédération responsable.

La crise sanitaire de la Covid-19 ayant été fort heureusement bien maîtrisée dans l’île, la MFA avait une bonne marge de manœuvre pour agir et n’avait aucune obligation de s’empresser pour tout arrêter. Primo : la levée partielle du couvre-feu, le 31 mai, permettant la reprise des activités individuelles, aurait aidé à une reprise physique sur trois semaines.

Deuxio : avec la décision du Premier ministre, Pravind Jugnauth, de «déconfiner» tous les sports collectifs lundi dernier, c’est toute la préparation collective qui aurait pu être enchaînée, avec la collaboration des autorités concernées. N’était-il pas réalisable, dans ces conditions, de boucler les deux semaines de compétition qui restaient, tout cela en respectant la date butoir pour soumettre le nom des représentants mauriciens en compétitions africaines ? 

Malheureusement, on s’est obstiné à prendre une direction qui ne fait pas l’unanimité. Même si les joueurs, les vrais acteurs, veulent rejouer au football au plus vite. Et on les comprend. Pas la MFA toutefois, où on essaie, par tous les moyens, de se justifier. Mettre brutalement fin à la saison n’était définitivement pas la bonne solution et l’Europe du football l’a prouvé – hormis la France – en relançant ses grands championnats tout en s’assurant que les précautions sanitaires soient respectées ! Sans oublier que l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie entre autres, comptent ses morts par milliers. Pas nous. Comprenne qui pourra…

Les solutions étaient donc possibles. Sauf que la MFA en a décidé autrement. Quitte à aller contre les principes fondamentaux du jeu et du fair-play !