Non, ce n’est pas un joke. Le Premier ministre s’est converti. Il adhère désormais aux vertus de « l’excellence »,  veut voir hausser le niveau, le standard et dit vouloir en finir avec la « médiocrité ». C’est du moins ce qu’il invoque depuis quelques temps et, hier encore au Sun Trust, pour justifier le maintien du pré-requis des 5 « credits » pour accéder en Lower Six ou Grade 12.

Ce nouveau discours et cette soudaine adhésion à « l’excellence » aurait été crédible si Pravind Jugnauth commençait par se l’appliquer à lui même. Celui pour qui le modèle d’excellence dans le champ de l’audiovisuel reste la MBC et, pour qui la référence en matière de direction inspirée et avant-gardiste est Anooj Ramsururun est devenu un véritable va-t’en-guerre contre les médias locaux et internationaux.

La BBC, Al Jazeera et CNN lui en voudraient au point de le ridiculiser expressément et de censurer ses propos. Comme si ces médias reconnus voulaient émuler la MBC qui, elle, a soigneusement dissimulé la réplique premier ministérielle-qui n’a rien à avoir avec l’excellence, au demeurent-au président des Seychelles sur le degré d’exercice et de manifestation de bonnes manières entre les deux îles.

Le président Seychellois, qui répondait à une question de la presse avait, après le désormais célèbre « look at your face » de Sooroojdev Phokeer, avait observé que « le parlement seychellois est bien plus civilisé que celui de Maurice ».

Les petits mignons du PMO, ceux qui, c’est connu, sont viscéralement réfractaires à la médiocrité, s’en étaient terriblement offusqués. Ce qui avait contraint Wavel Ramkelawon à recourir à une vraie contorsion et une incroyable pirouette pour se corriger auprès de la MBC (where else?) et expliquer qu’il voulait dire que les Seychellois étaient plus « timides » que leurs homologues parlementaires mauriciens.

Malgré ce qui a constitué une forme de rétraction, la diplomatie d’excellence du Premier ministre lui a fait dire qu’il envisagerait une visite aux Seychelles « kan nou vinn enn tipe pli civilize ». Cela se voulait de l’humour. Enfin, un trait de l’esprit de notre nouveau pince sans rire.

Le Premier ministre qui entend promouvoir l’excellence n’a pas toujours considéré ce critère lorsqu’il s’est agi de désigner ses collaborateurs. A commencer par son Speaker, ses ministres et les candidats qu’il a promu aux dernières élections générales. Certains sont plus proches de la voyouterie de taverne que de la classe d’excellence.

La parole du Premier ministre pourra commencer à être prise au sérieux le jour où il gouvernera par l’exemple. Pour le moment, c’est tout le contraire. C’est sur le débat des « credits » qu’il a voulu opposer « excellence » à « médiocrité ». Il est allé un peu plus loin en critiquant le gouvernement travailliste pour avoir ramené à 3 « credits » la condition de passage en Lower Six.

« Ti ena enn gouverman ki ti pe get ver le ba! »a-t-il déclaré. Parce que lui et les siens ne regarderaient invariablement que vers le haut! Et là, cà devient particulièrement comique. Celui qui avait porté cette réforme pour les travaillistes n’était autre que le Dr Vasant Bunwaree.

Et c’est ce même mauvais ministre « ki ti pe get ver le ba » qui pourtant portait haut les couleurs du Sun Trust et qui paradait fièrement sur l’estrade de Lalians Morisien le 3 novembre 2019 à Vacoas, encadré pour l’occasion par deux autres transfuges d’occasion Dan Baboo et Asraf Dulull. C’est dire que la découverte de l’excellence est un phénomène très récent.

Ce ne sont pas les collégiens qui ont décidé de ce petit jeu de yoyo avec les « credits » mais les politiciens. C’est pourquoi ces derniers leur doivent un peu d’indulgence et de compréhension et même de repentir pour les tourments qu’ils leur infligent et le bricolage auquel ils les soumettent.

Et avec quel critère juger de l’excellence? Avec le seul 5 « credits »?  Allons. Lorsqu’on sait à quel point même des lauréats sortent quelques fois broyés du système, et qu’ils sont souvent démunis face à certaines exigences sociales de base comme la communication intelligible, il est urgent de réviser les stéréotypes de la réussite.

Si un collégien n’a pas de 5 « credits » il serait médiocre? A quelques points près? C’est l’éducation du siècle dernier et qui n’est plus pratiquée dans les pays qui réussissent et qui produisent des créatifs et des créateurs d’exception.

Combien d’autodidactes ont brillé ici même et dans le monde depuis la nuit des temps? Ils sont innombrables à avoir cassé les codes en s’imposant par leur seule quête de différence et d’inventivité. Albert Einstein, Karl Marx, Frida Kahlo, Jimi Hendrix et Steve Jobs, pour ne citer que ceux-là, ont été des précurseurs et des penseurs, peintres et musiciens de génie qui ont appris sur le tas.  Sans diplômes encadrés dans leur salon.

L’île Maurice a eu, dans les années 70, un ministre de l’Education qui était autodidacte, Sir Kher Jagatsingh. On pouvait lui reprocher bien des choses mais pas la maîtrise de son dossier. Rien à voir avec les ministres de l’excellence et de la finesse de Pravind Jugnauth que sont Bobby Hureeram, Sudheer Maudhoo ou Vikram Hurdoyal.

Face à l’opposition féroce que représentait le MMM après les élections de 1976 et son armada de jeunes attaquants, le ministre de l’Education travailliste ne se dérobait jamais. Pas de réponse liminaire interminable, pas de gain de temps, pas de « I need notice » abusif pour masquer l’incompétence mais toujours des réponses aux questions.

C’est vrai que c’était l’époque où le parlement mauricien, sous Sir Harilal Vaghjee, était vraiment d’inspiration westminstérienne et que le ministre de l’Education Sir Kher Jagatsingh était capable de répondre aux questions des députés du MMM et aller jusqu’à donner, de mémoire et sans consulter son dossier, les différentes offres reçues pour la gestion d’une cantine d’un collège du secondaire.

C’est dire qu’entre diplômés sans personnalité et socialement inutiles et autodidactes géniaux, il y a des nuances à introduire avant de brosser un tableau binaire entre « excellence » et « médiocrité » lorsqu’il s’agit d’un examen de passage.