Le 8 juin, on a confirmation d’une rumeur qui circulait depuis des mois : des commissions ont été obtenues sur le contrat de la centrale St Louis accordé par le CEB, en 2016. C’est la firme danoise qui l’avait obtenu qui a mené une enquête en interne qui l’a conduite à renvoyer plusieurs de ses employés. Le rapport de son enquête a été envoyé a la Banque Africaine de Développement, qui avait financé les travaux de la centrale. Le ministre responsable du CEB fait une longue plaidoirie au Parlement pour dire qu’il n’était au courant de rien. C’est également ce qu’affirme le Premier ministre. Quelques jours plus tard, il convoque une conférence de presse pour annoncer la révocation de son DPM. Mais ce dernier lui coupe l’herbe sous les pieds en rencontrant la presse quelques minutes avant. Il annonce qu’il a été révoqué parce que son nom et celui de Paul Bérenger figureraient sur une feuille de « papier » – comme ayant été destinataires des bribes. Quelques minutes plus tard, le Premier confirme qu’il a révoqué son DPM parce que le nom de ce dernier et celui de Paul Bérenger figurent sur le résumé du rapport confidentiel qu’il a obtenu de la cellule « Integrity and Anti Corruption » de la BAD (la PAIC). Au nom du respect de la confidentialité, il refuse de donner les autres noms mentionnés dans le rapport. Tout en brandissant le « résumé » au Parlement et en disant à Bérenger « to tassé ladan », il refuse de rendre public le rapport, pour respecter la clause de confidentialité. Fait curieux : des ministres qui ne sont pas supposés avoir lu le rapport tiennent une conférence de presse pour affirmer que Bérenger « tassé ziska la gorge » dans le document.
Lundi dernier, le député Shakeel Mohamed écrit à la BAD pour demander une copie du fameux résumé du rapport. Quelques heures plus tard, le député travailliste reçoit un email du directeur de la cellule Integrity and Anti-Corruption de la BAD (la PAIC). Ce haut fonctionnaire lui explique qu’il ne peut pas accéder à sa requête parce que les documents internes et rapports de sa cellule « are meant for internal consideration only in view of the administrative sanctions that the bank is authorised to undertake. They cannot be shared even with our shareholders because the reports are not conclusive of any due process rights and so the sharing of such material to third parties could violate due process rights. » Une deuxième tentative du député travailliste auprès de la PAIC de la BAD aboutira à la même réponse : les documents et rapports sont internes à la banque et des copies ne peuvent être communiquées à des tierces parties. Il va sans dire que Shakeel Mohamed se fera traiter de plusieurs noms d’oiseaux pour son initiative auprès de la BAD. D’autant plus que sa démarche amène une question fondamentale dans le débat : puisque la politique de la PAIC de la BAD est de ne pas communiquer ses documents internes et autres rapports « even with their shareholders », comment est-ce que le Premier ministre mauricien a obtenu son « résumé » du rapport confidentiel ?
C’est grâce à une déclaration du PM au Parlement que le mystère a été résolu, en partie grâce à la démarche de Shakeel Mohamed. Répondant à la PNQ du leader de l’opposition sur le St-Louis Gate, mardi dernier, Pravind Jugnauth a révélé comment il avait obtenu le résumé du rapport. En faisant appel, le 14 juin, au directeur général de la BAD, l’ex-ministre de l’Agriculture nigérian, Akinwumi Adesina, le 18, le président de la BAD a donné des instructions au Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption de l’institution (le même PAIC) pour que les informations demandées soient mises à la disposition du gouvernement mauricien. En dépit du fait que ce genre de documents « cannot be shared even with our shareholders because the reports are not conclusive of any due process rights and so the sharing of such material to third parties could violate due process rights. » La PAIC a dû exécuter les ordres de son président, tout en assurant Shakeel Mohamed du contraire. Donc, le 23 juin, Pravind Jugnauth a obtenu un résumé du rapport d’enquête qu’il a qualifié de confidentiel tout en révélant les noms de Collendavelloo et de Bérenger, ce qui lui a permis de révoquer le premier et de lancer une campagne contre le second. Mais allez-vous me dire comment est-ce que le président de la BAD a pu passer outre les règlements de l’institution qu’il dirige ? Il faut savoir que le président de la BAD vient de faire l’objet d’une enquête pour, entre autres, « non respect des procédures de la banque ». Il semble avoir, tout comme le Premier ministre mauricien, une définition tout à fait particulière du terme confidentialité.
Il n’est pas certain que la manière dont le Premier ministre mauricien a obtenu et utilisé des documents confidentiels de la BAD vont aider à faire enlever le nom de Maurice de la liste noire de l’Union européenne !