L’annonce du Premier ministre à 21h15 mardi soir à l’effet que le pays serait en
confinement total le lendemain à partir de 6h a pris de court bon nombre de Mauriciens, qui n’ont eu que quelques heures dans la nuit pour se préparer. Gardons-nous pour l’instant de nous engager dans un « blame game », mais un bref examen de conscience suffit pour nous amener à la conclusion que nous aurions peut-être tous fauté. En premier lieu, faisons ainsi acte de contrition pour nous être laissé emporter, voire anesthésier, par le slogan « Maurice Covid Safe ». Car même si ce slogan était vrai, nous n’aurions pas dû avoir de relâchement quant au respect des protocoles sanitaires.
En effet, nous avons mal porté nos masques, et les avons même laissé tomber à plusieurs reprises pour manifester dans les rues de Port-Louis et d’ailleurs, voire pour participer aux célébrations familiales, aux mariages, anniversaires et autres occasions festives, durant lesquelles un grand nombre d’amis et de proches étaient invités. Nous avons abandonné le port du masque lors des séances de prières familiales ou publiques… En passant, chapeau bas aux églises, temples et mosquées, qui ont  exigé le port du masque à leurs fidèles jusqu’à maintenant.
Nos politiciens doivent, eux, avoir sur la conscience le fait d’avoir baissé la garde. Les dernières réunions politiques aux Sun Trust, celles à Val-de-Vie, à Vacoas ou au SVICC ont fait fi de tout respect du protocole sanitaire. Le vrai drame, c’est que « Maurice Covid Safe » était devenu un slogan politique visant à chanter la gloire de nos dirigeants. On avait réussi à créer l’impression et à croire sincèrement que, grâce à nos dirigeants, Maurice était devenue un paradis terrestre. A chaque rassemblement populaire, on pouvait s’auto-congratuler et se bomber le torse, nous disant que nous étions les seuls au monde à nous livrer à nos activités sans crainte aucune, et les seuls à jouir totalement de notre liberté. Mais nous avions complètement oublié que la Covid-19 n’avait jamais complètement quitté le territoire mauricien depuis son arrivée, en mars de l’année dernière. Car il y a toujours eu un certain nombre de cas importés ou locaux isolés à l’hôpital ENT, à Vacoas.
Or, comme l’affirment certains spécialistes, dont le Dr Gujadhur, on a commencé à observer un relâchement au niveau de la quarantaine. La question du nouveau patient zéro, issu du « cluster » SKC Surat, n’est d’ailleurs pas claire. Celui-ci provient-il ou non d’un centre de quarantaine ? Et a-t-il effectué sa quarantaine comme l’exige le protocole ? Quant à la thèse que le virus proviendrait des fruits et légumes, ou de leurs emballages, elle a vite été démentie.
Ce qui fait la grande différence aujourd’hui par rapport à l’année dernière, c’est la présence de vaccins, considérés comme un
« game changer ». Sauf que les autorités ont sur ce point brillé par leur incohérence, leurs hésitations et leur confusion. Enivré une fois encore par le slogan « Maurice Covid Safe », les « top » conseillers du gouvernement ont jugé qu’il n’était pas nécessaire ni de précommander des vaccins, ni de les commander, alors que la logique la plus élémentaire l’exigeait. La question a d’ailleurs été évoquée en vain au Parlement par l’opposition à plusieurs reprises. La confusion a prévalu après l’arrivée d’une première cargaison de vaccins, don du gouvernement indien en janvier dernier.
Qui avait décidé que le « Covidshield » n’était pas recommandé à ceux âgés de plus de 60 ans ?
Il avait fallu par la suite faire machine arrière et perdre ainsi un précieux temps. Alors que les spéculations relayées par les médias sociaux allaient bon train autour des effets secondaires des vaccins, à aucun moment le gouvernement n’est venu de l’avant pour rassurer les indécis. Beaucoup de personnes ont refusé, pour de multiples raisons, de se faire vacciner. D’où la lenteur décriée de la campagne de vaccination, jusqu’à la semaine dernière, lorsque le Premier ministre et ses ministres ont donné l’exemple et… avec l’apparition des premiers nouveaux cas locaux.
Fort de l’expérience de l’année dernière, on peut affirmer que la lutte contre la Covid doit dépasser l’orgueil et les clivages politiques. Alors que nous célébrons ensemble la fête nationale, tout le monde – que ce soit le gouvernement, l’opposition, le secteur privé, les syndicats ou les forces vives – doit être partie prenante afin d’éviter des erreurs telles que l’interdiction de la distribution et la vente directe de pains par
les boulangeries. Pourquoi ne pas avoir une séance spéciale du Parlement consacrée à la Covid à l’Assemblée nationale ?

Jean Marc POCHÉ