Le jugement dans le litige opposant New Grove Swimming Club (NGSC) à la Fédération mauricienne de Natation (FMN) est tombé. Non pas le 5 avril comme prévu initialement par le Tribunal arbitral du sport (TAS), mais avec un mois d’avance, soit 1er mars ! Pour l’heure, on ne connaît pas la raison qui a précipité ce jugement. En revanche, ce que nous savons désormais, c’est que les dirigeants et les nageurs du NGSC ont pris un gros coup de massue sur la tête, eux qui pensaient pouvoir enfin obtenir une bonne nouvelle concernant leur demande d’affiliation déposée depuis le 10 octobre 2019.

Ainsi, le TAS a donné gain de cause à la FMN étant donné que “all required information and documents were not submitted along” au moment voulu. Le TAS précise même que le président de la FMN, nommément Harold Lai, a accepté — “to his credit and in fairness” — de considérer une nouvelle demande d’affiliation après que le NGSC soit désormais en possession des documents et informations manquants. Le club est donc appelé par le TAS à soumettre une nouvelle demande et la FMN de “process the application in the shortest delay.”

Au-delà de ce jugement, on ne peut s’empêcher de se poser des questions concernant le sérieux même du TAS, notamment d’un point de vue purement administratif. D’abord, le jugement est en date du 1er mars 2020, alors que nous sommes en mars 2021 ! Ce qui est inacceptable à ce niveau. La « late notice » à NGSC concernant le jugement avancé est également à déplorer !

Aussi, la neutralité du TAS est à questionner. Non pas en raison de la désignation de son président, issu de la profession légale, mais en ce qui concerne surtout ses deux assesseurs. Pourquoi des nominations venant du ministère des Sports et du Comité olympique mauricien surtout ? N’était-il pas plus approprié et plus juste de nommer deux personnes totalement neutres ? Cela, afin d’enlever toute éventualité de doute comme tel est le cas actuellement.

Pour avoir suivi ce dossier de près, nous sommes en mesure d’affirmer qu’il y a eu des événements troublants, qui nous forcent à nous demander si le NGSC a bénéficié d’un « fair trial » dans cette affaire. Révoltant aussi qu’un club soit forcé à avoir recours à d’autres instances, autres que fédérale, pour régler un problème pourtant aussi simple que celui-là. Et ce, avant même d’avoir officiellement engagé des nageurs en compétition !
En somme, l’affiliation a buté sur trois informations manquantes, explique le jugement du TAS. Des informations demandées en septembre 2020 par la FMN, soit une année après la demande officielle de NGSC ! Pourquoi ne l’avoir pas fait avant, voire après la réception de la demande d’affiliation ? Ou encore si Harold Laï l’a fait à l’heure où il était appelé devant l’Ombudsperson for Sports en juillet 2020 ?

Si tel n’a pas été le cas, alors toute cette affaire est à remettre en cause. Aussi, faudrait-il savoir si le TAS a pris la peine de questionner Harold Laï sur cette issue ? Ce même TAS qui a pourtant trouvé que la décision de Chandraduth Sarju de démissionner de Blue Bay Swimming Club est intervenu plus d’une année après sa demande d’affiliation en tant que membre de NGSC !

Ce qui est sûr, c’est que le fonctionnement de la FMN interpelle. Même si au niveau de l’organisation des compétitions, elle semble n’avoir rien à se reprocher par rapport à d’autres fédérations. Sauf qu’à la lecture du traitement accordé à NGSC, on constate que la FMN n’a pas joué franc jeu.

Sinon, comment expliquer ce long silence, adopté par moments par la fédération, aux sollicitations de NGSC ? Ou encore cette habitude à réclamer des documents en parcimonie ? Forcément, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Et ça, c’est inquiétant. Notamment la considération qui est accordée à un nouveau venu, alors que les clubs constituent, avec leurs athlètes, le pilier même de toute fédération et sur lequel repose leur avenir.

Forcément dans ces conditions, la FMN est à blâmer. NGSC l’est aussi sur un point très important. Son représentant, Chandraduth Sarju, aurait dû savoir qu’il ne pouvait être, à la fois, membre de NGSC et de Blue Bay. Ce qui n’est pas permis selon la Sports Act 2016. Il a, depuis, déjà soumis sa démission au sein du deuxième club !

Mais là n’est pas le problème. Ce que nous déplorons surtout, c’est la démarche de la FMN en cherchant, visiblement et par tous les moyens, à gagner du temps depuis le 10 octobre 2019. Ce ne sont d’ailleurs pas les dirigeants de Port-Louis Association Swimming Club (PLASA) qui nous diront le contraire.

En effet, cela fait…quatre ans que ce club attend un jugement du TAS suivant une protestation contre la tenue de l’assemblée générale élective de la FMN en mars 2017 ! Des élections qui, selon PLASA, n’auraient pas été organisées en conformité avec la Sports Act 2016. Idem pour ce qui est de la constitution des comités régionaux. Sauf que, quatre années plus tard, nous avons l’impression que cette affaire est loin d’un dénouement. Sans oublier, qu’entre-temps, cette fédération tiendra bientôt de nouvelles élections pour élire un nouveau comité et auxquelles NGCS perd logiquement un droit de vote !

Ainsi donc, le traitement réservé à NGSC et PLASA devrait tous nous interpeller. Car non seulement il est anti-sportif, mais il touche directement aux valeurs et aux principes de la bonne gouvernance, voire à l’intégrité et la crédibilité même d’une fédération. Malheureusement de nos jours, on ne semble pas vraiment y prêter attention. Le sport étant désormais secondaire contrairement aux calculs extra-sportifs peu évidents qui sont, eux, à la mode.

Cette réalité, aussi triste soit-elle, n’est cependant pas prête de changer. Car, tant qu’il n’y aura pas une loi sportive intransigeante, capable de mettre un frein aux largesses de certains, et de l’ordre surtout, et bien, on continuera à tourner en rond et pour très longtemps encore.