Tandis que le monde continue de se dépatouiller comme il peut face à ce satané virus, dont la seule évocation nous fait frémir tant il aura asphyxié la planète – que ce soit en termes de vies perdues, de fermetures d’entreprises ou de pertes d’emploi –, les dirigeants du monde, eux, s’apprêtent à partir, dossiers en main, vers l’imminent sommet climatique de Glasgow. Toutefois, leurs dossiers risquent d’être bien vides. Entre le fossé séparant nos intentions de nos actions et la somme d’énergie investie dans le combat contre la Covid, combien auront en effet songé à la seule chose véritablement d’importance, à savoir le changement climatique. Assurément, cet item n’est absolument pas, dans la conjoncture, ne serait-ce que dans le Top 5 de nos principales préoccupations.

D’autant que le monde entier reste persuadé que la solution à l’épineux problème climatique nous sera donnée tôt ou tard par la science. Ce qui est bien entendu une gigantesque erreur. D’abord parce qu’à imaginer que nos éminents chercheurs trouveront un « vaccin » contre les hausses létales de température annoncées, cela ne pourrait se faire dans un délai suffisamment raisonnable que pour nous éviter le pire. Et ensuite parce qu’en l’état, les technologies que l’on met chaque jour au point, tous secteurs confondus, à quelques rares exceptions près, ont plutôt tendance à précipiter la planète vers l’abîme plutôt que de l’en extirper.

C’est un fait : nos appareils électroniques, nos ordinateurs, les « data centers » et autres objets connectés sont gourmands en énergie, laquelle puise sa force essentiellement de nos ressources fossiles. Autant dire que ces technologies polluent plus que de raison. Alors certes, il existe bien des technologies « low cost », mais celles-ci sont encore relativement rares, et n’ont donc qu’une incidence peu significative sur le climat.

Prenons le cas du courrier électronique. Nous pourrions en effet logiquement penser les e-mails écologiques, puisque grâce à eux, nous limitons l’usage du papier. Sauf que dans les faits, un e-mail pèse entre 4 g et 50 g de CO2. À titre de comparaison, un e-mail contenant une photo envoyée à 10 personnes équivaut à ce que consomme une voiture sur une distance de… 500 m. C’est donc, au total, pas moins de 410 millions de tonnes de CO2 qui sont générés par ce seul chemin digital chaque année.

Et il ne s’agit ici bien sûr que d’un exemple, loin d’ailleurs d’être le plus frappant, l’usage du mail devenant en effet de moins en moins fréquent, puisque nous y préférons, depuis de longues années déjà, les réseaux sociaux, plus énergivores encore, cela va sans dire. Et que dire encore des films et séries que nous dévorons à longueur de temps ? Eh bien que ce flux de données génère encore plus de dioxyde de carbone évidemment, en atteste une récente étude qui révèle qu’ensemble, nos écrans (téléphones, téléviseurs, ordinateurs, etc.), ainsi que leur contenu, génèrent plus de gaz à effet de serre que… l’aviation civile. Soit 3,9% des émissions polluantes mondiales pour le premier contre « seulement » 2,5% pour le second.

Alors aujourd’hui, tandis que l’on s’attend à une généralisation mondiale de la 5G, l’on peut facilement imaginer que le pire est à venir. Certes, la 5G promet d’être moins gourmande que la 4G. Mais c’est oublier que l’humain, se voyant ainsi offrir un plus grand flux de données, risque rapidement d’abuser de cette nouvelle technologie. Ce qui, au final, rendra la 5G bien plus polluante encore que le réseau existant. Mais bon, tant que la promesse de profiter davantage de notre abonnement Netflix peut être tenue, pourquoi s’en émouvoir davantage, non ?

À cela, nous pourrions ajouter le fait que nos outils hi-tech sont de moins en moins résilients, avec des durées de vie trop souvent encore inscrites dans leur « patrimoine électronique ». Tout comme nous changeons de téléphone tous les deux ans en moyenne, contre plus du double d’années lors de l’apparition des premiers mobiles, tout est fait, aujourd’hui, pour que nous consommions davantage. Certes, nous ne faisons que suivre la loi du marché. Mais attention : à force de jouer avec le réchauffement, les moutons que nous sommes risquent très rapidement de finir en méchouis.