Toute personne sera éligible à faire acte de candidature si elle a atteint l’âge de 80 ans à n’importe quel moment de l’année des élections ! Tel est la décision des membres du Comité olympique mauricien (COM), réunis en assemblée générale extraordinaire, lundi en fin d’après-midi à Trianon. Le contraire nous aurait d’ailleurs étonné. Cela, en tenant compte du nombre de «broser soulie» par excellence contrairement aux dirigeants sportifs d’un autre acabit !

Il n’y a donc eu point de surprise. L’amendement à la section 8.12 (d) paragraphe 5 des statuts du COM est passé comme une lettre à la poste. Déjà, faut-il le rappeler, cet article n’existait même pas au 3 septembre 2020, date de la tenue de l’assemblée générale annuelle du COM ! Sauf que sa lecture était complètement différente, même si la démarche était hautement questionnable. À l’époque, il était précisé qu’aucune personne ne sera éligible à faire acte de candidature si elle a atteint l’âge maximal de 80 ans le jour des élections.

Fallait-il cependant chercher loin pour comprendre le pourquoi et le sens de la démarche, mais surtout à qui elle était destinée ? D’autant que la Charte olympique est pourtant très claire en ce qu’il s’agit de la limite d’âge. Et même si le texte fait référence qu’aux membres du CIO, il est un fait que la Charte précise tout de même que la « Mission et Rôle » des comités nationaux olympiques consistent à assurer le respect de la Charte olympique dans leur pays.

Mais depuis, certains ont « kase-ranze», forçant d’abord à l’inclusion de cet article et ensuite à ce changement majeur, ô combien important aux yeux de certains. Car, il est clair — sauf pour ceux qui ne veulent pas voir — que cet amendement n’est pas étranger à la décision du COM de repousser ses élections pour, au plus tard le 31 décembre de cette année, alors qu’elles auraient bien pu être maintenues pour fin septembre. Forcément, dans ces conditions, la démarche devient scandaleuse, voire révoltante.
Le président actuel du COM, Philippe Hao Thyn Voon, sait, mieux que quiconque, de quoi il en retourne. Lui qui n’a d’ailleurs pas caché son désir de se voir confier un nouveau mandat en tant que président, la cinquième de suite ! Lui qui, de manière très inélégante, a déclaré, après l’assemblée de lundi, qu’il méritait de diriger le COM pour un mandat de plus ! Et bien, Philippe Hao Thyn Voon n’a désormais plus à s’en faire grâce à la bénédiction de certains qui, vraisemblablement, parviennent difficilement à mesurer la portée de cet amendement.

Sauf qu’un élément, et non des moindres, nous interpelle. Pourquoi ce renvoi subit des élections, alors qu’il y avait pourtant suffisamment de temps pour permettre aux fédérations d’y tenir les leurs et respecter ensuite celles du COM ? Qu’est-ce qu’il y avait donc de si sensible au point de pousser Philippe Hao Thyn Voon et ses proches à faire encore joujou avec les statuts ?

À bien voir, rien n’empêchait le maintien des élections pour fin septembre. Sauf qu’il a tout de même fallu que certains — pour les vraies raisons que nous ignorons —, décident autrement. Qu’est-ce qui a donc bien pu changer la donne ? Philippe Hao Thyn Voon sentirait-il sa majorité se réduire en peau de chagrin ?

Très probablement. D’où cette décision de jouer des prolongations forcées.
C’est dire à quel point cette décision n’est pas sérieuse. Elle est même très inquiétante venant surtout de la part d’une organe olympique, responsable de promouvoir les principes et valeurs de l’olympisme ! Chose que Philippe Hao Thyn Voon et ses membres peinent à concilier depuis le 3 septembre 2020 surtout. Cela, comme témoignent certaines décisions contraires à la Charte olympique. Une habitude devenue, malheureusement, courante au sein de l’instance de Trianon et ce, en dépit du fait de s’être fait taper sur les doigts par le CIO !

Aussi, cet énième amendement taillé, qui plus est, sur mesure, constitue, si besoin est, la preuve flagrante qu’au COM, on est loin d’oeuvrer pour un fonctionnement selon les règles du jeu. Que les intérêts sont trop souvent ailleurs, pour ne pas dire, se résument uniquement à une question autour du pouvoir et comment faire surtout pour le conserver le plus longtemps possible.

Toutefois, et ce depuis septembre 2020, nous assistons tristement et dangereusement à ce qui peut être qualifié de perversion de l’esprit démocratique du sport. Désormais, tous les coups sont autorisés. Quitte à franchir les interdits et de rouler en sens interdit. Tant que les adversaires restent, eux, hors-course !

Ce qui révolte encore plus — et nous l’évoquions au début de cet éditorial — ce sont ces «broser soulie» par excellence pour qui, le sport passe très souvent au second plan. Cette nuisance qui, sportivement comme politiquement, ne se distingue, ni par la couleur de la peau et encore moins par les considérations ethniques. Ici, on se côtoie allègrement, même si les convictions ne sont pas les mêmes et pire, mêmes si elles vont dans le sens contraire des principes. L’important, c’est de savoir se faire tout petit, plaire et surtout ne pas hésiter à changer de couleur lorsque les circonstances l’imposent !

C’est donc ainsi à cela que se résumerait le fonctionnement de la plus haute instance sportive du pays. Un organisme qui est pourtant censé briller par le sens de la bonne gouvernance et être un vrai modèle de sérieux, capable surtout de renvoyer une certaine sérénité à la communauté sportive. Or, pour l’heure, le COM est encore malheureusement très loin de pouvoir répondre à ces principes.