En seulement quelques séances parlementaires et quelques conférences de presse, le ministre de la Santé, nouveau venu en politique, a montré qu’il savait ne pas répondre aux questions et qu’il a d’apparentes crises d’amnésie aussi bien que les vétérans spécialistes de la langue de bois. Il a tout comme qu’il était le ministre de la Santé le moins bien informé sur son ministère et son domaine de compétence. Souvenez-vous : alors que l’épidémie de coronavirus commence à se répandre dans le monde, non seulement il minimise la menace, mais en fait un sujet de plaisanterie au Parlement. Quelques jours plus tard, il est l’invité d’une émission de la MBC. Pendant plusieurs quarts d’heure, le ministre de la Santé soutient avec force que Maurice n’a rien à redouter du virus et que son ministère a pris toutes les mesures nécessaires. Quelques minutes plus tard, le Premier ministre viendra annoncer que, face à la gravité de la menace, Maurice allait passer en mode confinement avec le même ministre de la Santé à ses côtés. Pendant la période de confinement, ce sont des médecins qui ont dialogué avec la population sur l’évolution de la situation, parce que le ministre était occupé à « protéger au mieux la population face à la pandémie ». On a appris, par la suite, qu’il s’était passé des choses bizarres pendant cette période où tous les achats de médicaments et d’équipements médicaux de l’Etat ont été effectués sous l’Emergency Procurement. C’est-à-dire sans passer par les protocoles et autres règlements qui en temps normal doivent être scrupuleusement respectés par des fournisseurs dûment agréés. Hier, en conférence de presse, le ministre de la Santé a déclaré que face à la situation d’urgence, « nou fin aksepte nimport kisanla kinn vinn ver le minister pou vin dir ki li kapav’supply ».

Dans un premier temps, on a cru que le gros lot était revenu à une nouvelle pharmacie dont l’expansion peut rappeler celle de Miss Cotomili dans les boutiques de luxe des centres commerciaux et à l’aéroport de Plaisance. En effet, en quelques semaines, cette petite pharmacie est devenue un gros importateur avec plusieurs établissements à travers l’île. Selon certaines sources, son propriétaire avait tout fait pour obtenir un ticket orange au No 8, sans succès. Ce qui ne l’a pas empêché de s’engager dans la campagne électorale. Selon certaines sources, il aurait également donné un coup de main pour la campagne de celui qui allait devenir le ministre de la Santé. Il a été un des gros fournisseurs du gouvernement pendant le confinement et, profitant de la pénurie, il a vendu ses marchandises au prix fort. Très fort même, selon certains. Interrogé au Parlement sur la manière dont cette pharmacie avait obtenu son contrat, le ministre a commencé par dire que son ministère n’avait rien acheté du pharmacien qu’il ne connaissait pas. Confronté à un document, il a été contraint de reconnaître le contraire de ce qu’il avait affirmé : que son ministère avait acheté pour plus de Rs 98 millions de cette pharmacie. Petit conseil gratuit au psychiatre : il devrait demander à son ami pharmacien de lui importer un médicament efficace contre ses crises d’amnésie

Mais une fois l’affaire étalée au Parlement, les langues ont commencé à se délier et les copies des commandes de médicaments et d’équipements médicaux passées pendant le confinement à circuler. C’est ainsi qu’on a découvert que le ministère de la Santé a permis à des individus et des entités qui n’avaient rien à avoir avec le secteur médical d’importer des produits pour son compte. Parmi ces fournisseurs, on découvre un quincaillier, spécialisé dans la vente du ciment, des barres de fer et des pesticides ; un hôtelier spécialisé dans la restauration et le transport ; une compagnie espagnole non enregistrée à Maurice ; une société spécialisée dans la distribution de fruits de mer et une compagnie spécialisée dans les activités publicitaires et immobilières. Cette dernière compagnie a pour directeur le beau-frère du directeur de la State Trading Corporation, qui est passé, elle aussi ,pendant le confinement, de l’importation du ciment et du pétrole à celle de médicaments. Pour l’opposition tous ces faits troublants autour de l’achat de médicaments par le ministère de la Santé méritent la nomination d’une commission d’enquête sur le ministère et le rôle de la STC. Pour sa part, le ministre refuse toute enquête et se réfugie derrière le fait que vu l’urgence de la situation sanitaire, « nou in ouver laport a tou dimoun ». Est-ce que dans ce cas précis « tout dimum » voudrait dire « nou dimoun ? »

Jean-Claude Antoine

PS : Un autre scandale concernant le ministère de la Santé serait sur le point d’éclater. Il concernerait des équipements médicaux — on parle d’un mini-laboratoire — qui auraient été acheté pour tester les passagers à l’aéroport de Maurice.

Une autre affaire médicale à suivre.