Difficile de ne pas être interloqué et choqué devant la quantité record de drogue découverte dans le nord du pays dimanche dernier : pas moins de 243,45 kg d’héroïne et 26 kg de résine de cannabis valant plus de Rs 3 milliards. Chapeau à l’équipe de l’ADSU qui a réussi à découvrir ce trésor caché dans le sable. La quantité de sacs saisis et le montant impliqué frappent inévitablement l’imagination du Mauricien lambda, provoquent comme un frisson et une peur au ventre. Qui sait si d’autres cargaisons similaires ne sont pas cachées dans d’autres régions du pays ?

Nous mesurons la gravité de la situation et avons peur pour les jeunes de ce pays, peur pour nos enfants et nos petits-enfants devant ce danger pire que la COVID-19 qui menace de les entraîner dans les couloirs de la mort. Les statistiques concernant le nombre de personnes hospitalisées pour abus de drogue ou pour désordre mental provoqué par la consommation de drogue sont éloquentes. Une grande majorité des victimes sont âgées entre 15 et 29 ans, dont des femmes.

Ainsi, ni les menaces proférées au plus haut niveau de l’État, voire par le Premier ministre, contre les trafiquants, ni les arrestations, ni les saisies qui ont dominé l’actualité, ni les condamnations n’ont pu dissuader les trafiquants. Malgré la volonté exprimée des autorités, elles sont encore sous-équipées devant la complexité des réseaux du trafic de drogue, aussi bien en mer que sur terre. Tout laisse croire que la presque totalité de la drogue à partir de son point de livraison est acheminée par voie maritime, passe par la haute mer avant d’entrer dans les eaux mauriciennes.

Rien d’étonnant que la plupart de trafiquants soient propriétaires de bateaux de luxe capables de faire rapidement la liaison entre les îles de la région ou pour faire des expéditions rapides en mer. Ce n’est pas un hasard non plus qu’ils sont associés à des compagnies de pêche ou aient un lien avec les entreprises associées aux poissons dans la région portuaire. Est-ce que les autorités mauriciennes sont suffisamment équipées en ressources humaines ou en équipements pour assurer une surveillance à ce niveau ?
Sur terre, le réseau de distribution, d’information, et de surveillance des trafiquants est très sophistiqué, et donne du fil retordre aux autorités. Le nerf de la guerre est l’argent.

Dans le cadre des débats suivant la découverte de la drogue à Pointe-aux-Canonniers en début de semaine, beaucoup de voix se sont élevées pour demander comment l’attention des principales institutions compétentes, chargées de découvrir les “unexplained wealth”, n’a pas été attirée par les transactions financières des personnes impliquées dans cette affaire. À quoi sert le principe “Know Your Client” dans le milieu bancaire ? Y aurait-il une défaillance dans le système de surveillance en matière de blanchiment d’argent, comme nous le reprochent parfois les institutions internationales ?

Pour ce qu’il s’agit de blanchiment, les regards sont actuellement tournés vers les jeux de hasard, qui comprennent les casinos, et plus particulièrement les courses hippiques. On raconte que le Champ-de-Mars, lors des journées de courses, serait le cœur d’une industrie dédiée au blanchiment d’argent. On veut y voir de nouveaux riches faire étalage de leur statut social et financier mal acquis en accueillant fièrement des chevaux vainqueurs de certaines courses. Personne ne sait s’ils célèbrent la victoire de leur cheval ou le montant d’argent qu’ils auraient réussi à blanchir à cette occasion. Ces mêmes personnes se targuent souvent de leurs connexions avec le pouvoir politique, aussi bien celui d’aujourd’hui que d’hier. Quand les journées de courses redeviendront-elles ces journées de loisirs en famille où l’on s’amusait à faire des paris sans grand risque et en l’absence de bookmakers qui, dit-on, auraient des connexions mafieuses ?

En dépit de tout cela, Sam Lauthan, un des assesseurs de la Commission Lam Shang Leen sur le trafic de drogue, affirme que des 400 propositions faites au gouvernement par cette commission, seules quelques-unes ont été mises en œuvre. Peut-être que si elles l’étaient toutes, on pourrait alors anéantir le démon de la drogue.