Contrairement à son premier discours où le sport avait été résumé à sa plus simple expression, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a fait mieux cette fois. Du moins dans le registre littéraire ! Une série de mesures annoncées et accompagnées surtout du fameux et traditionnel « tap latab » de la majorité. Qu’importe si le budget attribué au ministère de l’Autonomisation de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, a connu une baisse globale de Rs 84M ! Ce qui est quand même énorme. Pas pour ceux toutefois, qui ne semblent pas saisir toute la complexité entourant le sport.

Gardons-nous donc de rester mesurés et de ne surtout pas s’emballer face à certaines mesures populaires annoncées par Renganaden Padayachy. Des mesures qui, dans certains cas, interpellent ! Et ça, il faut le dénoncer, notamment cette pratique à vouloir trop lancer de la poudre aux yeux. À trop vouloir impressionner d’ailleurs, le ministre a fini par laisser une ouverture. Et, c’est justement par le biais de cette fente que nous estimons que l’on pourrait avoir une meilleure performance.

Ainsi, le ministre des Finances, avec la bénédiction du Premier ministre, Pravind Jugnauth, a décidé de « fer labous dou » à 125 jeunes sportifs d’élite. Ces derniers bénéficieront chacun d’une allocation de Rs 10 000 pour l’achat des équipements. Tant mieux pour eux. Tant mieux aussi pour leurs parents qui devraient voir, par l’entremise de cette annonce, un soulagement. Même s’ils sont aussi nombreux à reconnaître qu’une telle somme, sur une saison, n’est pas significative. Certainement pas dans un contexte où le coût de la vie flambe incroyablement et à une vitesse vertigineuse à la moindre étincelle !
Aussi, nous apprenons que le High-Performance Centre qui sera basé au complexe héritera d’une enveloppe de Rs 23M. Cela, afin de fournir aux athlètes « un soutien scientifique, médical et technologique de pointe. » La préparation des jeunes sera également soutenue en marge des Jeux de la Commission de la Jeunesse et des Sports de l’océan Indien (CJSOI) qu’organisera le pays, l’année prochaine.

Idem pour ce qui est de la préparation menant aux Jeux des Iles de l’océan Indien de 2023 à Madagascar. Une évidence et à laquelle le gouvernement ne pouvait y faire l’impasse. D’autres millions de roupies seront aussi dépensés sur la jeunesse, la rénovation des infrastructures et la construction d’un Blue Bay Arena, dans le cadre de l’organisation des Jeux de la CJSOI.

Si feu Sir Anerood Jugnauth disait: « moralite napa ranpli vant », et bien nous, on dira, dans une certaine mesure « ki infrastriktir napa fer viv ». Certainement pas dans l’état où ces mêmes infrastructures se retrouvent ensuite et en si peu de temps, et dans la conjoncture économique actuelle !
Ce qui est agaçant, voire révoltant, c’est que ces dépenses avoisinent les Rs 325M ! Sans compter l’annonce d’un complexe multisports au coût de Rs 225M à Triolet. Raison sportive, dites-vous ? En revanche, le budget accordé aux fédérations perd, lui, en épaisseur, chutant de Rs 67M en 2019/2020 pour tomber à Rs 50M avant de passer à…Rs 40 500 000 pour 2021/2022.

Dans ce cas précis, une question s’impose : si les fédérations n’ont pas les moyens de se structurer dans des conditions optimales, alors comment pourraient-elles « nurture promising athletes to attain excellence and ensure socio-professional integration of high level sportsmen and sportswomen ». Ou encore, à quoi serviront les millions injectés à Côte d’Or si, au départ même, les fondations sont fragilisées ?

Demandez du reste à n’importe quel dirigeant d’expérience et qui se respecte, et il vous dira le fond de sa pensée. Cela, en tenant compte des frais à encourir pour joindre les deux bouts, notamment organiser les compétitions, mais aussi se déplacer à l’étranger, même si tel n’est pas le cas actuellement avec les restrictions sanitaires. En revanche, ceux habitués au fameux « bros soulier » vous diront, eux, que c’est un bon budget, réalisé, qui plus est, dans un contexte économique très difficile !

Aussi, personne ne trouve à en redire concernant le budget alloué dans le cadre des bourses de haut niveau. Après avoir perdu Rs 4M entre deux années financières, le ministère des Finances a, cette fois, estimé nécessaire de « fer enn lazout ». Tant mieux, diriez-vous ? Et bien, sachez que seulement Rs 1.3M ont été adjoints aux Rs 12M existants ! Si ce n’est pas faire de la charité et bien, voyez-vous, cela y ressemble tristement ! On s’arrêtera donc à ces exemples aussi déplorants que flagrants et auxquels le ministre des Sports, Stephan Toussaint, a, lui, quand même trouvé l’audace de qualifier le budget de son collègue ministre d’«audacieux » !

En somme, les athlètes de haut niveau, dont certains font déjà face à une réduction injuste de leurs allocations depuis plusieurs mois, devraient se contenter de ces « quelques sous » et continuer à travailler dans l’humilité et…la colère. Tout en estimant, comme dirait l’autre, que cela aurait pu être pire en ce temps de pandémie !
C’est désormais à cet te “New Normal” que les athlètes et les fédérations devront s’y habituer. Certes, il n’est un secret pour personne que, pour le petit pays que nous sommes, l’économie vacille face à la Covid-19. Ce qui n’est malheureusement pas le cas des gaspillages publics comme démontré dans le dernier rapport du bureau du Directeur de l’Audit. On attendra donc de voir ce qu’il en sortira du prochain rapport et si ce gouvernement appliquera surtout
la même rigueur en ce temps de crise.

Jean-Michel Chelvan