Un joke fait en privé a, cette semaine, pris une ampleur considérable, démesurée même. L’auteur de la blague, pas particulièrement fine, s’est même retrouvé sous le coup d’une suspension de son poste dans le privé. On ne sait pas ce qu’il y a derrière cette décision aussi rapide et s’il y a des contrats en négociation avec les autorités qui expliquent cette sanction, mais elle est suffisamment radicale pour que toutes les interrogations soient de mise.

Pierre Noël, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a dû s’expliquer à la police. Celle-ci a, comme d’habitude et comme dans le cas des frères Dardenne, été très prompte dans les heures qui suivent ou le lendemain, à agir suivant une dénonciation d’un membre d’un groupe socioculturel jadis dénoncé pour ses méthodes peu orthodoxes par nul autre que Harish Boodhoo.

Il sera désormais très intéressant de voir comment se comportera la police après les dépositions d’internautes qui ont, par exemple, rapporté des propos insultants, menaçants, diffamatoires et racistes visant, eux, des personnalités bien mauriciennes et vraiment religieuses celles-là, comme le cardinal Maurice Piat.

La blague de Pierre Noël est un lieu commun. Désuet, certes, mais encore utilisé pour des rires gras sans grande conséquence. Il y a des personnes de toutes les communautés à Maurice qui sont capables de rire d’elles-mêmes, mais aussi des autres. Le profil du monsieur n’aide pas, parce qu’il y a des choses qui sont encore enfouies dans le subconscient populaire. Mais pas de quoi provoquer un tel ramdam.

Il fut pourtant un temps où les hindous de Maurice regardaient de haut les Indiens, certains les associant à des quadrupèdes écervelés et désordonnés. Le même qualificatif fut, un temps, appliqué à nos frères et soeurs rodriguais au motif qu’ils étaient moins “développés” que nous. Ils nous ont largement rattrapés depuis, sur le front de la préservation de l’environnement, notamment. Personne n’en est décédé et pas de victimes connues à ce jour.

On se moque toujours abondamment, et même dans des sketches publics, de l’accent des descendants de la colonisation sans qu’ils aient déclaré la guerre à qui que ce soit. D’autres vont jusqu’à donner des pseudonymes ironiques à leurs collègues sans qu’ils soient offusqués.

On a pu entendre quelqu’un de très foncé de peau être interpellé ironiquement en tant que “blanche neige” ou un autre de peau blanche rosâtre ou transparente s’entendre dire “get sa siras-la”, comme si la cire à chaussure ne pouvait qu’être noire, sans que cela n’ait déclenché une bombe nucléaire.

Les plus stigmatisés pour leurs attributs physiques ont longtemps été les créoles et les personnes de type africain, et ils ont vécu avec jusqu’à ce que leur mérite et leur contribution commencent à être légitimement reconnus, même si les préjugés à leur égard restent tenaces. Alors que nous sommes tous des créoles, parce que sommes venus de tous horizons dans cette île, nés sur cette terre et issus d’un “ras melanze”.

Ceux issus du métissage ont, eux aussi, été affublés de tous les sobriquets possibles dépendant de la couleur de leur épiderme. Certains étaient décrits comme des “fers-blancs”, d’autres, un peu plus basanés, étaient des “demiklé” ou des “zesui zela”, parce qu’ils avaient adopté le français comme médium de communication. Il y a des épithètes qui sont plus dénigrantes, méprisantes et offensantes que d’autres, mais autant que l’on sache, personne n’a été rapporter une offense de lèse-majesté à la police.

C’est dire qu’il faut savoir où s’arrête la blague, aussi discutable soit-elle, et où commence l’incitation à la haine communale et raciale. Le climat délétère et épidermique qui règne en ce moment a commencé à l’Assemblée nationale lorsque, prenant pour alibi une expression attribuée à la députée Joanna Bérenger et qui n’a jamais figurée dans les procès-verbaux officiels, des élus de la majorité se sont laissé aller à un lynchage raciste d’une partie de la population, nous ramenant aux pires jours de 1983.

Les difficultés s’accentuant pour le gouvernement, le recours à l’argumentaire communal est devenu une arme, celle des faibles de toute façon, et qui n’augure rien de bon pour le vivre-ensemble. Lorsque l’affaire des squatters a éclaté, elle a été suivie d’une campagne malsaine contre une catégorie de Mauriciens.

Drwa a enn lakaz, des prêtres ainsi que Bruneau Laurette sont ensuite apparus pour les aider, lorsque le naufrage du Wakashio est venu cristalliser un ressentiment généralisé contre les nominations, les passe-droits, le népotisme, la corruption et une administration publique “get figir”, qui a débouché sur des manifestations populaires.

Ces démonstrations de force n’ont fait qu’alimenter l’agenda des pyromanes de l’ombre qui n’attendaient que ça pour y aller de leur petite analyse fondée sur l’ingénierie sociale. Le noubanisme s’est alors étendu sur les réseaux sociaux où des décomplexés ou se cachant derrière des profils anonymes se sont défoulés sans retenue. De dangereux embusqués tolérés par les partis au pouvoir.

On y retrouve d’ailleurs des proches de ministres, des conseillers et des nominés politiques. Qui a élevé la voix pour les condamner? Personne au sein du gouvernement. Trop occupé à concocter des montages ridicules sur les inondations, comme si un drame pouvait justifier un autre. Ils vont essayer, mais ne pourront briser l’élan de cette jeunesse qui veut croire à un destin commun, fraternel, sans haine et sans violence.

Tout cela dit, il y a de vrais “bad jokes”, comme la MBC. Le cirque continue. Au lieu d’être sanctionné, Anooj Ramsurrun a presque supplié le conseil d’administration de le laisser partir en congé le temps de l’enquête sur la vidéo scandaleuse. Il est remplacé par un cadre administratif et Ravin Joypaul, celui qui avait été la voix affirmant que la manifestation de Konversasyon solider du 11 juillet n’a pas attiré grand monde. Une récompense peut-être pour avoir été associé à une triste manipulation.

Mais la MBC, c’est le symbole même de la gestion du MSM. Pensez-vous, cinq directeurs en six ans, faut le faire. Pritam Purmessur, Amoordalimgum Pather, Mekraj Baldowa, Anooj Ramsurrun, l’éternel p.i. congédié pour propos déplacés et réintégré à la veille des élections, Beejaye Ramdenee, puis re-Anooj Ramsurrun. Aio, bé kot mone fote…