Pour lutter ou du moins atténuer le désastre de la marée noire provoquée par la fuite d’huile lourde de l’épave du MV Wakashio qui a échoué au large de Pointe-d’Esny, il fallait le déploiement d’une force herculéenne. C’est la raison pour laquelle il nous faut d’entrée rendre hommage à la solidarité nationale qui s’est manifestée spontanément pour se constituer en véritable marée de citoyens pour essayer de protéger autant que faire se peut la région côtière du sud-est de l’île.

C’est dans ces moments-là qu’on reconnaît la valeur intrinsèque d’un peuple. Il faut reconnaître que le naufrage du Wakashio contre les récifs de Pointe-d’Esny a été ressenti comme une souffrance dans le for intérieur de chaque Mauricien, déjà fragilisé par le confinement, l’état d’urgence sanitaire et la guerre contre la pandémie de COVID-19.

Il n’a donc fallu qu’un signal de la part des ONG qui étaient déjà sur les lieux pour mobiliser la nation mauricienne dans son interculturalité, son interethnicité, dans un esprit intercommunautaire et de manière collective. « San get kouler ou ras nou finn zwin pou reflesi ki nou bizin fer », raconte un des animateurs présents sur le front de mer de Mahébourg. Si cette aide s’est dans un premier temps exprimée de manière chaotique, très vite une organisation s’est imposée avec des tâches spécifiques confiées à chacun. « Quelqu’un, on ne sait plus qui, a émis l’idée de bouées de paille artisanales. Nous étions incrédules dans un premier temps. Mais on a effectué des tests. On les a améliorées en y ajoutant des bouteilles en plastique pour qu’elles puissent flotter. L’idée a été acceptée. En quelques jours, grâce à la participation de milliers de mains généreuses, nous avons confectionné quelque 10 kilomètres de bouées », nous a-t-on raconté.

Tony Apollon, un des membres du comité responsable de la coordination, nous dit la satisfaction des volontaires lorsque les experts français leur ont fait comprendre que ces bouées se sont avérées très utiles pour absorber l’huile lourde dans la mer. « Cet élan collectif est la preuve de ce que peut accomplir la population en dehors des institutions et lorsqu’on leur fait confiance », souligne Stephan Gua. Cette mobilisation et cet esprit de solidarité jamais vus sans doute depuis les Jeux des îles l’année dernière ont été salués par tous les observateurs locaux et internationaux, à commencer par les missions diplomatiques basées à Maurice.

Ce naufrage entrera dans les annales comme une manifestation de la solidarité régionale et internationale face à cette crise environnementale. L’appel à l’aide du gouvernement mauricien, qui reconnaissait son impuissance à faire face à une catastrophe d’une telle envergure, a été entendu immédiatement. La France, à travers La Réunion, a été la première à réagir en mobilisant les équipements et les expertises qui ont beaucoup facilité la tâche des autorités mauriciennes, notamment pour le pompage de l’huile lourde. Les Nations unies ont mobilisé une équipe d’experts dont le pays aura besoin, non seulement pour nettoyer ses lagons de manière à ce que la flore et la faune puissent à nouveau s’épanouir. L’aide de l’Inde, du Japon, de l’Australie, de la Grande-Bretagne, des États-Unis a également été très précieuse.

Aujourd’hui, le Premier ministre Pravind Jugnauth peut affirmer que « nous avons réussi à éviter une aggravation du problème écologique dans le pays » après que le pompage de la presque totalité de l’huile lourde a été effectué. Comme c’est le cas dans toute société démocratique, il est inévitable que ce naufrage prenne une dimension politique. C’est la raison pour laquelle le chef du gouvernement s’est lancé dans une campagne d’explications. Il est normal que l’opposition réclame des comptes au gouvernement parce que la population a le droit de savoir si une telle catastrophe aurait pu être évitée ou pas. Les pratiques autoritaires et les attaques contre la presse ne serviront à rien. La vérité éclatera un jour ou l’autre.

Jean Marc Poché