Le sport, comme les différents secteurs de l’économie — mondial comme national —, n’a pas échappé à la pandémie de Covid-19. L’année sportive avait à peine démarré quand les différents gouvernements, y compris mauricien, ont pris la décision d’imposer un couvre-feu sanitaire, fermant du coup toutes les frontières. Le sport, élément pourtant rassembleur, s’est retrouvé, du jour au lendemain, à l’arrêt total, coupé de tout contact humain pourtant prioritaire aux valeurs qu’il véhicule. Jamais dans le passé, notre génération n’avait connu pareil désarroi, nécessitant des mesures aussi strictes. Désormais, il faudra se reconstruire, voire tout recommencer à zéro. Cela, après 72 longs et interminables jours de confinement pour nous Mauriciens.

Une première étape a été franchie en ce samedi 30 mai à minuit, avec la levée du couvre-feu. Bilan: une situation sanitaire beaucoup moins désastreuse à ce que prévoyaient les professionnels du domaine. La Covid-19 ne nous a qu’effleuré, contrairement à bon nombre de pays où les morts se comptent par milliers. Dieu merci. Sauf que la reprise, économique comme sportive, s’annonce très difficile. Pour remonter la pente, aussi pointue soit-elle, il faudra se retrousser les manches. Il faudra être solidaire, sincère surtout et faire preuve de bonne volonté et de détermination.

La relance du sport, tel le contexte et les conditions sous lesquels elle est présentée, sera très difficile et il faudra être déterminé. Plus de place donc aux pseudo-dirigeants « roder bout ». Car le défi sera énorme et le chemin de croix parsemé d’embûches. Sans compter qu’en cette période de crise économique mondiale, les moyens financiers, déjà insuffisants en temps normal à Maurice, risquent de manquer cruellement.

L’important, maintenant, c’est de savoir comment se reconstruire et par où commencer. Toute mesure importante nécessitera mûre réflexion. Une remise en question est donc primordiale. Il faudra surtout voir qu’est-ce qui n’a pas marché ces dernières années. Car il ne faut pas non plus se voiler la face. Le sport mauricien souffrait déjà de mille maux avant que n’arrive la pandémie de Covid-19 et ça, il ne faut surtout pas l’oublier.

L’euphorie des 10es Jeux des Iles de l’océan Indien de juillet 2019 tombée, les Jeux d’Afrique, au Maroc, a fait descendre certains de leur petit nuage. Car, ces Jeux sont venus démontrer, une fois encore, que l’écart entre Maurice et l’Afrique est toujours aussi conséquent. Il faudra donc bien y réfléchir et se poser pas mal de questions sur le fonctionnement du sport dans sa globalité.

Mais s’il y a bien une chose fondamentale qu’il faudra impérativement revoir, c’est bien la qualité, voire les compétences et la façon de penser, d’un certain nombre de nos dirigeants sportifs, notamment en matière de gestion et d’administration. Car, nombreux sont-ils ceux qui ont failli, au fil des années, à la tâche qui leur avait été confiée. Nombreux sont-ils aussi qui ne sont plus crédibles. La transparence et la bonne gouvernance ne sont plus que de vain mots. On se plaît davantage à se tirer dans les pattes et à se donner des coups sous la ceinture au lieu de définir les priorités qui guideront la discipline vers des lendemains meilleurs.

Désormais, ce sont les intérêts personnels qui priment au-delà des réels défis auxquels fait face le sport. Conséquence : un certain nombre de fédérations est en proie à des conflits incessants, gangrenant du coup, la discipline. En somme, nombreux sont-ils les dirigeants qui devront faire leur mea culpa et décider s’ils veulent ou plutôt, s’ils sont capables et suffisamment crédibles, pour être partie prenante de la reconstruction. Car il est plus qu’impératif de remettre notre sport dans le bon sens, afin qu’il retrouve, comme jadis, ses vraies valeurs et ses dirigeants dignes.

Il nous faudra, pour cela aussi, d’un ministère de l’Autonomisation de la Jeunesse, du Sport et des Loisirs (MAJSL) très fort et capable surtout de venir avec des mesures courageuses et novatrices. Les effets d’annonce n’ont pas leur place à l’heure de cette reprise inédite. Ce qu’il faut, c’est de l’action et rien d’autre.

Ainsi, on attendra avec impatience la stratégie qu’adoptera le ministre Stephan Toussaint, pratiquement très silencieux pendant le confinement, lui qui, pourtant, aime bien être sous les feux des projecteurs ! Espérons tout simplement que le ministre se montrera beaucoup plus créatif que ce qu’il n’a été ces derniers mois, afin de redonner confiance aux athlètes et surtout redynamiser un secteur qui est appelé, selon sa National Sport and Physical Activity Policy, à se développer économiquement.

Enfin, on suivra avec intérêt, les premiers pas de l’ancien Chief Executive de l’ex-comité organisateur des Jeux des Iles, Jean-Pierre Sauzier, nouveau président du conseil d’administration du Mauritius Multisports Infrastructure Ltd. Une année après la mise en activité du complexe sportif de Côte d’Or, construit à coups de milliards de roupies, et toujours critiqué par le banc de l’Opposition parlementaire, il est désormais intéressant de prendre connaissance de la stratégie qui sera développée pour que ce complexe soit rentable et puisse enfin tourner à plein régime.

Les prochains mois seront donc cruciaux et désormais, les attitudes et comportements devront changer, indistinctement de tous ceux qui sont supposés représenter le sport. Une nouvelle opportunité nous est donnée pour repartir sur des bases solides. A tous ceux concernés d’assumer pleinement leurs responsabilités et de jouer franc-jeu.