Pravind Jugnauth n’a pas besoin de ses adversaires pour le décrédibiliser et le ridiculiser. Ses conseillers, officiels et occultes, publics et privés, le font efficacement. Leurs « stratégies » ne lui rapportent que des claques et des calottes politiques.

On commençait à le penser depuis un moment, mais la dernière opération désastreuse de communication au caveau du Père Laval, mardi dernier, l’a confirmé avec éclat ! Mais qui a donc imaginé ce bain de foule politique au milieu d’un pèlerinage, ce déplacement d’une partie du gouvernement se faisant des selfies au milieu d’une cérémonie religieuse ? Qui a pu croire qu’après l’expulsion des squatters, le refus de la MBC d’accorder un droit de réponse à l’Eglise, les multiples scandales et les dénonciations des maux dont souffre la société mauricienne, scandée le 29 août dans les rues de Port-Louis, le cardinal allait prononcer une homélie politiquement correcte.

Un de ces discours remplis de louanges comme le Premier ministre les aime et qu’il entend à longueur de cérémonies officielles. Contrairement au Premier ministre, le cardinal sait entendre, comprendre et exprimer ce que les Mauriciens lui disent. Car malgré ce que les spin doctors susurrent à l’oreille du Premier ministre, TOUTES les composantes de la population mauricienne se trouvaient dans les rues de Port-Louis le 29 août et, s’il avait encore des doutes sur ce sujet, il n’a qu’à regarder les images de la foule rassemblée hier à Mahébourg. Mais déjà, dimanche dernier, à Grand-Bassin, il avait pu mesurer que la stratégie du nou bann versus bann la ou celles des minorités contre la supposée grande majorité n’avait pas fonctionné.

A Port-Louis, comme à Mahébourg, comme sur les réseaux sociaux, les Mauriciens disent, écrivent et répètent sur tous les tons la liste énoncée mardi dernier à Sainte-Croix par le cardinal Maurice Piat, que les maux qui rongent la société mauricienne sont, dans le désordre, la corruption, les passe-droits, les scandales, les nominations, l’étendue du trafic de drogue, la visible inefficacité de la police, le manque de logements sociaux, les disparités à tous les niveaux, la manière dont le Parlement est géré et l’arrogance et l’indifférence du gouvernement et de son Premier ministre, qui persiste à dire qu’il n’a pas « fauté » dans la gestion du naufrage du Wakashio et de la marée noire, dont les conséquences commencent à peine à se faire sentir. Maurice Piat a compris ce que le gouvernement s’obstine à ne pas vouloir reconnaître : que ses mauvaises décisions ou les décisions pas prises concernent tous les Mauriciens, l’ensemble de la nation et pas seulement une communauté qui, selon les stratèges autoproclamés du gouvernement, ne se retrouvent pas dans le MSM.

Au lieu de conseiller à Pravind Jugnauth de faire amende honorable et de reconnaître qu’il avait « fauté » et de garder profil bas après le succès de la manifestation du 29 août, ses conseillers l’ont poussé à réagir pour montrer qu’il contrôlait la situation. D’où la calamiteuse déclaration de lundi dernier à la télévision. Les critiques justifiées des Mauriciens ont été transformées en « préoccupations » dans sa déclaration télévisée. Des « préoccupations » que le gouvernement partage, a déclaré son chef sans réaliser que la préoccupation qui revient le plus souvent sur les pancartes et dans les slogans est « bour li deor », qui le concerne directement. Plus ridicule que ça, c’est pas possible ! Non contents de cette déclaration, qui ne voulait rien dire, les conseillers de Pravind Jugnauth l’ont poussé dans une opération de communication vis-à-vis de l’Eglise et de ses fidèles en profitant de la fête du Père Laval.

Premier acte de l’opération : la remise solennelle d’une copie du certificat de décès du Père Laval au cardinal Piat. Deuxième acte, après cette remise de la copie de l’acte de décès de l’Apôtre des pauvres, la participation du Premier ministre, de quelques-uns de ses ministres et autres députés orange à la messe du Père Laval. C’est là, au cours de l’homélie, que Maurice Piat, inspiré par le Père Laval, retrouvant les accents de Jean Margéot, et devant les caméras de la MBC, a répété à Pravind Jugnauth ce que les Mauriciens lui disent de plus en plus fort. On sait quel impact a eu cette homélie qui, en dépit du fait qu’elle a été effacée du site de la MBC, a été diffusée des centaines de fois sur les réseaux sociaux.

Je le répète : Pravind Jugnauth n’a pas besoin de ses adversaires pour le ridiculiser et le décréditer: ses conseillers suffisent amplement et ajoutent à la période de soy qu’il traverse. Mais finalement, au vu du nombre d’opérations calamiteuses auxquelles il accepte de participer, une question commence à s’imposer : est-ce que le Premier ministre ne serait pas un maso qui aime bien se faire ridiculiser ?