Le cardinal Maurice Piat a marché mardi dans les pas du Père Jacques Désiré Laval, dont on commémorait ce jour-là l’anniversaire de la mort le 9 septembre 1864, en prononçant un sermon courageux et empreint de vérité. C’était à l’occasion d’une messe solennelle devant une grosse foule à Sainte-Croix. Il a dit tout haut ce que beaucoup de Mauriciens pensent tout bas. Il a pris sur ses épaules toute la souffrance ressentie souvent dans le silence par beaucoup de Mauriciens de tous les horizons pour la déposer au pied du Père Laval. De ce fait, il a, en ligne avec sa mission pastorale, pris l’option des plus faibles, des plus pauvres, de ceux qui souffrent, de ceux qui sont sans logis, de ceux qui sont victimes de la drogue, des chômeurs, de l’injustice et de ceux qui ont perdu l’espoir dans l’avenir du pays.

Qui jusqu’ici ne s’est pas senti bouleversé par la situation dans laquelle vivent les sans-abri dans plusieurs régions du pays ? Et le cardinal a trouvé les mots justes pour l’exprimer : « Le manque de logements sociaux affecte des familles dans leur chair. Elles sont obligées de vivre sous les tentes. Ils ne sont pas tous des fraudeurs. Il y a des familles qui attendent depuis dix ans, 15 ans, 20 ans. Beaucoup de familles sont dans cette situation.

Un système qui produit cela doit être changé. Je suis bien chagrin mais cela doit changer pour le respect de la population mauricienne. » Des propos humanistes qui contrastent avec l’approche punitive et légaliste du ministre du Logement, qui affirmait la veille que « enn dimounn ki anba latant skwater pa pou gagn enn lakaz NHDC ».

Le cardinal est allé encore plus loin en dénonçant l’inaction de la force policière devant les trafiquants de drogue notoires et en déplorant les zones d’ombre autour du naufrage du Wakashio et de l’accident du remorqueur Sir Gaëtan. Il a résumé la situation en ces mots : « Oui le peuple mauricien souffre (…) C’est toute cette souffrance qui s’est exprimée le 29 août. C’est cette souffrance qui était derrière les critiques, la colère, la grande déception qui se manifestait. C’était le cri d’un peuple qui aime son pays passionnément et qui pleure de le voir secoué par des vagues. Pa zis vag lamer ki kapav devie enn bato me vag ladrog, lakoripsion, kominalism ki kapav devir enn pays. »

Souhaitons que ce message apolitique auquel adhèrent tous les vrais patriotes ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et arrive à changer les cœurs. Espérons que le gouvernement accepte de corriger le tir là où le bât blesse et que toutes les mesures soient prises pour redresser le bateau national et le mettre sur la bonne voie. Les problèmes et les défis auxquels le pays est confronté peuvent être résolus dans le dialogue et dans la solidarité.
En cette année exceptionnelle où le pays connaît une des pires crises économiques de son histoire, il est dommage que le Parlement ait été ajourné pour une période aussi longue.

Au-delà des confrontations politiques normales dans une démocratie, le Parlement est la plate-forme idéale pour le gouvernement d’écouter les cris de la population, de répondre aux interrogations et de communiquer les informations. Les leaders des partis de l’opposition ont confié au leader de l’opposition le soin de faire pression sur le gouvernement pour un rappel du Parlement. On verra quelle suite sera donnée à cette démarche.

La relance de l’économie ne peut se contenter d’un “brainstorming” entre les employés de la fonction publique et ceux du secteur privé in camera. Un développement solidaire passe par un dialogue solidaire ouvert entre le gouvernement, le secteur privé, les syndicats et la société civile. Ce qui permettrait de résoudre de nombreux problèmes du moment dont celui que pose la Contribution sociale généralisée qui continue à être contestée par le secteur privé. Maurice dispose de tout le potentiel nécessaire pour sortir plus fort de la crise actuelle et redonner à la population sa fierté.