Les Jeux paralympiques ont pris fin il y a une semaine à Tokyo. Un mois après la tenue des Jeux olympiques dans cette même capitale nippone. Désormais, c’est vers les Jeux de Paris que les regards sont tournés. En 2024, en France, cette fois.

A trois ans des prochaines olympiades, les grandes manoeuvres sont donc bien enclenchées. A peine les dernières terminées ! Donc, pas le temps de chômer avec ce nouveau cycle, définitivement pas comme les autres. Et qui plus est, raccourci en raison de la pandémie de Covid-19 qui a, du reste, forcé le renvoi des Jeux de 2020 d’une année.

C’est dire à quel point le temps presse et les athlètes le savent tous très bien. Au même titre que le ministre des Sports, Stephan Toussaint, lui qui a placé la barre très haut pour les Jeux de Paris en visant des médailles.

Certes, il est toujours bon de rêver grand. Mais faut-il aussi savoir se montrer mesuré et réaliste surtout. La partie, à Paris, sera très difficile en prenant, pour baromètre Tokyo, qu’importe ce qu’en pensent certains. A moins que les performances réalisées à Tokyo en juillet-août nous contredisent. Car, seul le boxeur Merven Clair (-69 kg) a pu tirer son épingle du jeu en accédant en quart de finale ! Il était alors qu’à une toute petite marche du podium. Et ça, c’est vraiment dommage qu’il n’a pu aller jusqu’au bout.

A Paris, Merven Clair fera, une fois encore, partie de ceux capables d’aller chercher la médaille olympique, 16 ans après le bronze d’un autre boxeur, Bruno Julie aux JO de Pékin en Chine. Qui donc d’autre pour le suivre ? C’est justement là où se situe le réel problème à l’heure surtout où certains tentent de faire croire que seul un plan d’excellence résoudra, tel une baguette magique, tous les maux du sport mauricien.

Malheureusement, on est encore très loin du compte en prenant en considération que ceux qui étaient à Tokyo n’ont même pas été capables d’approcher leurs meilleures performances personnelles ! Et ça, c’est très inquiétant. Comment viser plus haut, dans ces conditions, quand notre élite mondial n’est composée aujourd’hui que d’un boxeur, voire d’une infime poignée d’athlètes de haut niveau ? Comment avoir une élite digne quand, à la base même, il y un dysfonctionnement et qu’on ose, malgré cela, mettre en péril la bourse destinée aux athlètes de niveau régional ?

On dira certes que le centre d’excellence situé à Côte d’Or est en passe d’être opérationnelle, que le comité Horizon Paris 2024 générera un investissement massif à la préparation, que chaque athlète ciblé sera accompagné d’un soutien colossal à la hauteur de Rs 1M par année. Mais est-ce vraiment suffisant quand on est tous conscients que nous n’avons même pas l’essentiel ?

Aussi, faut-il le déplorer, la formation, dans de nombreuses fédérations, se fait au petit bonheur. C’est triste de le dire, mais c’est comme ça et les résultats le démontrent. Alors que pour d’autres, elle n’existe que de nom, pour ne pas dire qu’elle est inexistante ! A l’exception d’une petite poignée qui estime toujours que toute réussite dépend essentiellement d’une bonne base et d’une structure pyramidale bien pensée ! Pas la version de la pyramide inversée que tentent de nous proposer  certains au ministère des Sports dans l’ombre de la fameuse « lakwizinn ».

Les conséquences sont aujourd’hui néfastes, pour ne pas dire chaotiques. Et on n’ose même pas se demander si la relève est suffisamment bien armée pour la mission de haute importance que proposent Stephan Toussaint et sa troupe en 2024. Il est malheureux de le dire, mais à ce jour, le système sur lequel repose notre sport est très loin d’être un modèle de réussite.

Contrairement à ce qui se fait actuellement en handisport en référence, plus précisément, à ce que propose l’entraîneur Jean-Marie Bhugeerathee. Un modèle de « professionnalisme » qui commence à faire ses preuves et qui se trouve être fiable. Les performances réalisées par Noemi Alphonse chez les handicapés physiques (fauteuil T54) le prouvent. Quatre finales disputées et autant de records d’Afrique pulvérisés font désormais rêver. Un brin d’espoir, voire un déclic, qui manquait justement au sport local depuis des années.

Désormais, en Noemi Alphonse, nous avons des raisons de croire au podium aux Jeux paralympiques qui s’enchaîneront en 2024 à Paris un mois après les JO. Mais comme l’a si bien dit Jean-Marie Bhugeerathee et comme l’a souvent évoqué Joël Sévère en athlétisme, la préparation se doit être méthodique. C’est tout un système qui est à revoir, à commencer par le plus petit détail à celui qui est considérée de primordial.

La réussite en handisport devrait donc appeler à une réflexion. Comment une toute petite communauté peut-elle être aussi performante, alors que Maurice repose sur une population d’un peu plus de 1.2M d’âmes ? Comment Madagascar, hier, et aujourd’hui, les Comores, peuvent-ils prétendre à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations de football, et pas nous ? Pourtant, ne disposons-nous pas de moyens beaucoup plus conséquents que ces deux pays, dont la Grande Ile où une partie de son peuple souffre actuellement et dangereusement de la famine ?

A Maurice, fort heureusement, on n’est pas encore arrivé à ce stade, mais s’ils sont nombreux à ne pas manger à leur faim. Alors, cessons de nous cacher derrière toutes sortes d’artifices et autres prétextes. Soyons courageux et surtout déterminer et commençons par jeter les bonnes bases tout en tenant compte des plus petits détails avant de viser la lune !

JEAN-MICHEL CHELVAN